BESACIER Louis

Par Marie-Cécile Bouju et Régis Le Mer

Né le 7 décembre 1910 à Lyon (2e arr.), mort le 21 novembre 1967 à Lyon (5e arr.) ; maître imprimeur, résistant.

Fils de Paul Besacier, typographe, et de Jeanne Marguerite Maridet, Louis Besacier était propriétaire d’une imprimerie à Lyon, qui se trouvait 3 rue Gustave-Nadaud (7e arr.)
Ce fut son père qui avait créé l’imprimerie dans les années trente dans laquelle a il a fait entrer ses deux fils, Lucien et Louis. L’entreprise travaillait pour des établissements proches du Nouvelliste et de la société des Missions Africaines, en particulier les institutions religieuses lyonnaises. Par ailleurs, en qualité d’imprimerie de labeur, l’entreprise exécutait aussi bien des travaux de ville (papiers à lettre, cartes de commerce, cartes de visite) que des publications plus importantes telles que dépliants, plaquettes, livres pour l’industrie et le commerce.
Les deux frères, Lucien et Louis, ont été mobilisés en 1939. Lucien a été fait prisonnier et ne revint qu’à la fin de la guerre. Louis fut affecté dans la région de Modane en Savoie. Démobilisé, il revint à la vie civile et entra rapidement en résistance en mettant à sa disposition son atelier et ses compétences. Son père, Paul, l’approuvait et lui venait en aide.
L’atelier prit la suite d’Eugène Pons, l’imprimeur attitré du journal clandestin Témoignage Chrétien, lorsque ce dernier fut arrêté. Il lui était arrivé de s’occuper du brochage du journal quand Pons en assurait l’impression. Cette répartition des tâches permettait, le jour où l’un était arrêté, de continuer à imprimer. Ce fut vraisemblablement par l’intermédiaire des clients de l’atelier et surtout des pères jésuites, et aussi par Eugène Pons, que des membres du mouvement “Témoignage Chrétien”, le père Chaillet et Adrien Némoz, vinrent le solliciter. Catholique pratiquant, Louis Besacier accepta de poursuivre l’impression de la feuille clandestine chrétienne, en parallèle avec l’Imprimerie de la démocratie sociale à Paris et l’imprimerie Vernier dans le Doubs.
En Juillet 1944, Besacier imprimait 120 000 exemplaires du Courrier Français du Témoignage Chrétien n° 10 et 40.000 Cahiers du Témoignage Chrétien intitulé “Espoir de la France”. En août, sortirent encore de ses presses 120 000 exemplaires du Courrier n° 12.
A partir du début de l’année 1942, Louis Besacier fabriquait aussi des faux papiers. Son contact était le capitaine Michel Menu. Ces papiers servaient à l’évasion de prisonniers français en Allemagne. En effet, Michel Menu s’était rendu compte quand il était prisonnier de la facilité qu’avaient les travailleurs du Service du Travail Obligatoire (STO) à circuler en Allemagne ; il avait donc décidé de fabriquer ce type de papiers et de les transmettre aux prisonniers afin qu’ils puissent, une fois évadés, circuler facilement. A l’aide de Jacques de Fayet de Montjoye et de Camille Gennetay, Michel Menu commençait à établir une filière à Lyon. Par la suite, il empruntait ou achetait de vrais papiers à des alsaciens sous régime allemand, faisait fabriquer les faux et Louis Besacier ou Eugène Pons se chargeaient de les imprimer. Ensuite, ces papiers étaient, en général, confiés par valise entière à une personne que le réseau avait fait évader. Rapidement, Michel Menu a été mis en contact avec le Bureau Central de Renseignements et d’Action (BCRA), le service de renseignements de la France libre. Il l’intégrait et recevait le pseudo de “Sultan 10”. C’est dans son sillage que Louis Besacier a été, lui aussi, recruté comme Agent P1, c’est-à-dire non rémunéré, du réseau Sultan-Évasions. Au cours de la guerre, plusieurs centaines de prisonniers ont ainsi pu être libérés.
A une seule reprise, Louis Besacier a été légèrement inquiété par les Allemands au cours de la guerre. L’imprimerie était située au bas d’un immeuble dans lequel se trouvait une antenne allemande. Les allemands empruntaient la même allée que le personnel de l’imprimerie, avant de gagner les étages où ils séjournaient. Une seule fois Louis Besacier a trouvé un officier allemand dans l’entrée de l’atelier. Il s’était simplement trompé de porte.
En 1949, Louis Besacier a reçu le diplôme de “passeurs” pour tous ses services accomplis pour l’Union Nationale des Évadés de Guerre. Il est cité à l’ordre de la division avec attribution de la Croix de Guerre avec étoile d’argent.
Louis Besacier s’était marié le 28 octobre 1933 à Genas (Isère, Rhône) avec Hélène Guerguy et était père de deux enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article212637, notice BESACIER Louis par Marie-Cécile Bouju et Régis Le Mer, version mise en ligne le 2 mars 2019, dernière modification le 6 mars 2021.

Par Marie-Cécile Bouju et Régis Le Mer

SOURCE : CHRD (Lyon) fonds Besacier, Ar. 1773 ; - SHD GR 16 P 55661 ; - Régis Le Mer, Imprimeurs clandestins à Lyon et aux alentours (1940-1944), Lyon : Mémoire active, 2014. — État civil en ligne cote 2E2674, vue 80.

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