CALVINHAC Gustave, François, Louis

Par J. Raymond, M. Rebérioux

Né le 24 juillet 1849 à Montauban (Tarn-et-Garonne), mort le 5 juillet 1902. Sympathisant de la Commune de Paris ; député socialiste indépendant.

Calvinhac appartenait à une « famille fort honorable ». Après avoir été aide-major interne à l’hôpital d’Alger, il servit comme aide-major auxiliaire dans l’armée de la Loire pendant la guerre avec la Prusse et paraît avoir été blessé au combat de Briare ; il vint à Paris le 15 ou le 25 mars 1871, pour y voir, dit-il, un de ses cousins, M. de Lescure ; il fut membre de l’Alliance républicaine et orateur habituel du club Séraphin qui, sous la Commune, tenait séance dans le petit théâtre de ce nom.
Avec A. Lambert et L. Rabuel, il signa, le 28 mars 1871, à Paris, la déclaration suivante : « Les délégués de l’Algérie déclarent, au nom de tous leurs commettants adhérer de la façon la plus absolue à la Commune de Paris. » (J.O. Commune, 29 mars 1871).
Calvinhac fut inculpé « pour avoir, par des discours proférés dans des réunions publiques, provoqué les citoyens à la guerre civile sans que cette provocation ait été suivie d’effet » ; il avait à son dossier une recommandation de l’évêque de Versailles. Le 4e conseil de guerre le condamna, le 31 octobre 1871, à un an de prison et 500 F d’amende ; il ne semble pas avoir demandé sa grâce.

Comme journaliste et orateur, il prit part aux premières manifestations de renaissance socialiste. Élu en 1876 du quartier de Charonne (XXe arr.), à l’Hôtel de Ville de Paris, il vit son élection cassée en 1877 parce qu’il ne remplissait pas les conditions de domicile exigées. En 1878, à Lyon, du 28 janvier au 8 février, il participa à la deuxième session du congrès ouvrier français où il représenta l’Union démocratique des travailleurs de Paris. Il intervint le 1er février sur « les crises industrielles et le chômage ». Calvinhac voyait une cause de chômage dans « la parcellarisation du travail » qui réduit le travailleur à l’état de machine et le met « dans l’impossibilité de pouvoir faire autre chose que la partie infime du travail qui lui est dévolu ». Un remède pouvait être trouvé dans l’instruction professionnelle, mais la vraie solution était dans la propriété collective. Il terminait en demandant, non sans soulever des protestations, de se méfier de l’État, « notre ennemi ». Le 8 février, Calvinhac intervenait à nouveau sur « vagabondage et mœurs dans les centres industriels » (Cf. Séances du Congrès ouvrier de France..., Lyon, 1878).
Fixé à Toulouse, il fut conseiller municipal radical-socialiste du 16 janvier 1881 à mai 1884, et, en 1885, il échoua aux élections législatives sur une liste républicaine avancée. Le 17 avril 1887, lors d’une élection partielle en Haute-Garonne, après avoir été devancé au premier tour par le candidat conservateur, il battit celui-ci au scrutin de ballottage par 55 022 voix contre 52 209 sur 143 815 électeurs inscrits. Le 19 mai 1894, il contresigna, avec Rouanet, Jules Guesde, Marcel Sembat, Édouard Vaillant, Viviani et Millerand, la proposition Jean Jaurès sur la nationalisation des mines, ce qui montre qu’à cette époque il était encore très proche des socialistes (cf. Bulletin de la Société d’Études jaurésiennes, n° 14, juillet-septembre 1964, « Jaurès et la nationalisation des mines », par G. Lefranc).
Au premier congrès général des organisations socialistes à Paris, salle Japy, en 1899, il représenta le Comité des Droits de l’Homme adhérent de la fédération socialiste indépendante. L’année suivante, à Paris, au congrès de la salle Wagram, il était délégué du comité républicain socialiste du canton sud de Toulouse affilié au PSR.
Calvinhac siégea à l’extrême-gauche jusqu’à sa réélection de 1902 obtenue par 10 738 voix à Toulouse avec l’appui des amis de Vaillant contre 923 au docteur Bach, candidat guesdiste.

L’extrême popularité de Calvinhac à Toulouse surprenait encore le préfet à la veille des élections de 1902 : « M. Calvinhac est très populaire à Toulouse sans paraître rien faire pour cela » (Arch. Dép. Haute-Garonne 2 M 48). Il allait jusqu’à se présenter sans profession de foi ! Et le docteur Bach qui fut candidat contre lui à cette occasion ne pouvait se faire entendre sinon comprendre d’une salle de 1 300 personnes qu’en affirmant : « Mon programme est absolument le même que celui du citoyen Calvinhac » et en expliquant que s’il posait sa candidature dans la même circonscription au nom du PS de F., ce n’était pas « pour être contraire au citoyen Calvinhac, mais pour affirmer un principe socialiste révolutionnaire » (ibid, rapport de police s.d. n° 9 422).
Rien d’étonnant dans ces conditions si le journal des guesdistes toulousains, le Peuple socialiste du Midi, pouvait écrire en apprenant quelques semaines plus tard qu’il venait de tomber gravement malade de la maladie qui devait l’emporter : il est vrai que sa situation électorale à Toulouse le tient attaché au Parti radical-socialiste et que, ces dernières années, « il s’est placé à droite des socialistes parlementaires », mais « il fut bon républicain, bon démocrate et même, en certains votes qu’il n’a pas assez suivis, bon socialiste » et « nous ne pouvons oublier sa longue vie de lutte pour la République » ni sa « tendance démocratique très généreuse » (6 juillet 1902).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article213230, notice CALVINHAC Gustave, François, Louis par J. Raymond, M. Rebérioux, version mise en ligne le 11 mars 2019, dernière modification le 11 mars 2019.

Par J. Raymond, M. Rebérioux

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/763. — Arch. Ass. Nat. : dossier biographique. — Arch. Dép. Haute-Garonne, 2 M 48. — Hubert Rouger, Les Fédérations socialistes, II, pp. 80 et 103 (Encyclopédie socialiste de Compère-Morel). — J. Jolly, Dictionnaire des Parlementaires français, t. I (cet ouvrage donne le 24 juin 1849 comme date de naissance). — Notes biographiques sur les membres des Assemblées municipales parisiennes et des Conseils généraux de la Seine de 1800 à nos jours (2e partie) : Bibl. Nat., 4° Ln 25/667 (1-2), (cet ouvrage donne le 24 juillet 1849 comme date de naissance). — Le Peuple socialiste du Midi, 6 juillet 1902. — Cl. Willard, Les Guesdistes, Éditions sociales, 1965.

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