OST Lisa

Par André Balent

Née vers 1899 à Frankfurt am Main [Francfort-sur-le-Main] (Prusse / Hesse, Allemagne), exécutée sommairement le 26 juin 1944 à Servas (Gard) ; antifasciste allemande vraisemblablement membre du Parti communiste d’Allemagne (KPD) ; infirmière ; volontaire en Espagne républicaine ; réfugiée en France associée au « Travail allemand » organisation impulsée par le KPD clandestin en France auprès des réfugiés allemands et autrichiens, des militaires des troupes d’occupation ; membre de la Brigade Montaigne (maquis de l’AS dans les Cévennes gardoises et lozériennes)

Alès (Gard), cimetière, tombes de Lisa Ost et d’Hedwig Rahmel
Midi Libre, 5 octobre 1997

On connait moins bien la trajectoire allemande de Lisa Ost que celle de sa camarade et amie allemande Hedwig Rahmel-Robens. Une fiche sommaire de la DAVCC de Caen indique qu’elle était mariée et avait 45 ans en 1944. Ayant quitté l’Allemagne nazie, elle alla en Espagne pendant la guerre civile où peut-être elle fit la connaissance d’Hedwig Rahmel, infirmière dans le service sanitaire des Brigades internationales.
Nous ignorons comment elle finit par se réfugier dans les Cévennes. À la fin de 1943 ou au début de 1944, elle se trouvait à La Fabrègue (Lozère) en compagnie d’Hedwig Rahmel. Elle intégra comme beaucoup de ses compatriotes un maquis de l’AS (Armée secrète) formé dans les Cévennes par François Rouan* alias « Montaigne » et connu sous les noms de « Brigade Montaigne » et de MOI (Mouvement ouvrier internationaliste). Ce maquis avait pour particularité de ne rassembler, à quelques rares exceptions près, que des étrangers, principalement des Allemands et des Autrichiens, anciens combattants des Brigades internationales (BI). Rouan, son fondateur, était un lui aussi un ancien des BI. Il avait été exclu du PC français pour « trotskisme ». Résistant, il avait milité à Combat avant de participer à la création de l’AS dans l’Hérault. Comme ces Allemands et ces Autrichiens étaient regroupés dans le « Travail allemand » organisation impulsé par le KPD en France, certains d’entre eux purent pense que le MOI de Rouan* était le MOI, organisation clandestine du PC français destiné à encadrer les résistants étrangers. À la Fabrègue, Lisa Ost et Hedwig Rahmel soignaient les maquisards blessés ou malades et assuraient les liaisons de la brigade Montaigne en acheminant les courriers.
Le 12 février 1944, après l’attaque de la Brigade Montaigne (renforcée en janvier 1944 par le groupe (AS) de Louis Veylet /Otto Kühne, formé initialement dans l’Aubrac, au nord de la Lozère) à la Fare par les miliciens, les deux Allemandes allèrent chez les Folcher, agriculteurs qui exploitaient une ferme isolée en amont de Gardon de Saint-Germain-de-Calberte (Lozère). Elles rejoignirent la Brigade Montaigne lorsque celle-ci se regroupa, en début avril 1944 dans une ferme inoccupée se la commune de Saint-Germain-de-Calberte, le Galabertès. Après les combats de la Vallée Française (Lozère) du 7 au 12 avril 1944, Lisa Ost se retrouva à Trabassac avec quelques isolés. Auparavant, Lisa avait soigné Ernst Bützow, charpentier de Prusse Orientale, blessé accidentellement par balles en marge de ces combats. Elle-même fut blessée au genou après une chute (le 8 ou le 12 avril ?). Malgré leur état ils purent gagner Trabassac où ils furent soignés avant de d’être transférés chez les Servière au Magistavol, point de repli des résistants. Lisa y retrouva Hedwig Rahmel.
Le 30 mai 1944, les « Waffen SS » français de la division Brandenburg [dépendant en fait de l’Abwehr] cantonnés à Alès entreprirent une opération de démantèlement de la Résistance, déguisés en résistants français. La résistante lozérienne Anna Rousseau* (Combat, AS), professeure à Mende et dont le mari avait été tué deux jours auparavant pendant les combats de La Parade (Lozère), se rendit à Nozières. Elle se rendit compte, avec les deux Allemandes et les deux résistants présents à Nozières, l’Espagnol Saturnino Gurumeta et l’Allemand Albert Stierwald, quelle était la véritable identité des « maquisards » … Le 5 juin 1944, Hedwig Rahmel, Lisa Ost et Anna Rousseau qui les avaient aperçus abandonnèrent la maison et partirent. Les assaillants se vengèrent en pillant et en incendiant la maison. Ils rebroussèrent chemin et furent interceptés par la résistance (Français, Allemands, Italiens) aux Portettes près de La Rivière (commune de Saint-Hilaire-de-Lavit (Lozère).
Elles quittèrent les Cévennes et décidèrent d’aller à Nîmes. Antonin Combarmond* alias « Mistral », un des chefs des FTPF gardoisavait pour mission de les amener à la gare de Rouve-Jalcreste sur la ligne de chemin de fer à voie étroite des CFD reliant Florac (Lozère) à Sainte-Cécile-d’Andorge (Gard). Là elles prirent un train qui avait pour terminus Alès. On leur avait fourni de faux papiers d’identité qui étaient sensés faire d’elles des Lorraines. Devant passer la nuit à Alès avant de prendre un train le lendemain matin pour Nîmes, elles décidèrent d’aller passer la nuit à l’hôtel. Elles se rendirent au Rich’Hôtel (où logeaient des Waffen SS). L’hôtelier trouva bizarre que des Lorraines éprouvassent tant de difficultés avec leurs fiches d’hôtel. Il alerta la Milice qui procéda à l’arrestation des deux femmes dans la soirée du 6 juin 1944
Hedwig Rahmel et Lisa Ost furent amenées au Fort Vauban d’Alès où les Waffen SS les torturèrent sauvagement. Après la Libération, Auguste Aubaret interné lui aussi au Fort Vauban du 7 juin au 1er août 1944, raconta leur calvaire : « [Elles] ne savaient pas le français et se prétendaient Lorraines » (…) « Elles étaient toutes les deux condamnées à mort et conservaient, malgré ça, l’une et l’autre, un admirable moral. Je faisais, lorsque cela m’était possible, passer des cigarettes à ces deux femmes. Un jour, elles me montrèrent leurs doigts mutilés qui avaient été tordus et disloqués par leurs tortionnaires au moyen de tenailles et de pinces ». Après la Libération un ouvrier d’Alès détenu à Fort Vauban indiqua à leur camarade de maquis Richard Hilgert « ce que furent leur courage et leur fermeté. Par leur tranquille résolution, elles donnèrent de l’énergie à leurs compagnons de souffrance ».
Le 26 juin 1944, à cinq heures du matin, les Waffen SS les amenèrent, avec deux autres détenus le Montpelliérain Paul Bayle et le Gardois Étienne Gervais, à Servas (Gard) au puits désaffecté de la mine de lignite de Célas dans une camionnette Peugeot de l’armée allemande. Tous les quatre furent abattus avant d’être précipités dans le puits.
Lisa Ost fut inhumée avec Hedwig Rahmel-Robens au cimetière d’Alès où deux simples pierres rappellent le souvenir de ces deux Allemandes qui furent assassinées pour avoir lutté contre l’ennemi nazi et leurs alliés français, ces derniers ayant provoqué leur arrestation, les ayant torturées et assassinées. Il est signalé, de façon erronée qu’elles furent « tuées par la Gestapo » alors qu’elles furent assassinées par de Waffen SS français. Il existe à Alès, sur la rive gauche du Grabieux, un quartier dit « des Allemandes ». Un pont, en construction en 1970, dit « pont des Allemandes », a été détruit, alors qu’il n’était pas achevé, par la crue du Grabieux du 15 septembre 1970.
Le nom de Lisa Ost figure sur le monument commémoratif du puits de Célas, à Servas (Gard).

Voir Servas, Puits de Célas (9, 10, 26 juin 1944 ; 11, 12 juillet 1944)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article221315, notice OST Lisa par André Balent, version mise en ligne le 17 décembre 2019, dernière modification le 24 avril 2021.

Par André Balent

Alès (Gard), cimetière, tombes de Lisa Ost et d’Hedwig Rahmel
Midi Libre, 5 octobre 1997

SOURCES : Arch SHD, Caen, DAVCC, il n’y a pas de dossier au nom de Lisa Ost mais une fiche avec quelques renseignements sommaires. — Arch. com. Alès, tableau synoptique des victimes des Waffen SS de Fort Vauban à Servas (puits de Célas) à de Saint-Hilaire-de-Brethmas— Éveline & Yvan Brès, Un maquis d’antifascistes allemands en France (1942-1944), Montpellier, les Presses du Languedoc/Max Chaleil éditeur, 1987, 348 p. [pp. 130, 140, 157, 205, 257, 258 -261, 262, 265, 268, 284-285, 287 (note), 313-314, 335]. — Éveline & Yvan Brès, « Des maquisards allemands dans les Cévennes », Hommes et migrations, 1148, 1991, pp. 30-35. — Éveline et Yvan Brès, « Des Allemands maquisards dans les Cévennes des camisards », in Philippe Joutard, Jacques Poujol, Patrick Cabanel (dir.), Cévennes, terre de refuge, 1940-1944, Sète, Nouvelles presses du Languedoc et Club cévenol, 5e édition, 2012, pp. 95-101. — Claude Émerique, Laurent Pichon, Fabrice Sugier, Monique Vézilier, La Résistance dans le Gard, Paris, Association pour des Études sur la Résistance intérieure (AERI), 2009, CDROM avec un livret de présentation, 36 p. — Aimé Vielzeuf, Terreur en Cévenne, Nîmes, Lacour, 2003, 171 p. [en particulier, les pp. 111-112, 155 — Midi Libre, « Le pont mort-né des Allemandes », 28 septembre 1997 ; « Les tombes des deux Allemandes », 5 octobre 1997.

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