GONZALEZ Léonce, Félix

Par André Balent

Né le 16 mars 1917 à Grenade (Andalousie, Espagne) ; mort en action de combat le 12 juin 1944 à Saiguède (Haute-Garonne) ; réfugié républicain espagnol, domicilié à Toulouse (Haute-Garonne) ; résistant, membre du maquis de l’Armée secrète (AS) de Saint-Lys (Haute-Garonne)

Léonce Gonzalez (1917-1944)
Source : Memorial François Verdier Forain Toulouse

On sait peu de choses sur les antécédents de Léonce Gonzalez avant son engagement dans les rangs de la Résistance française de Toulouse. Il a combattu dans les rangs de l’Armée populaire de la République espagnole. Il s’est réfugié en France à Toulouse où il vivait pendant la Seconde Guerre mondiale avec sa mère, infirme en 1944.

Engagé dans la résistance française, on peut supposer qu’il fut proche du noyau militant animé par Jean Chaubet, socialiste et franc-maçon, animateur département du mouvement Franc-tireur puis des MUR (Mouvements unis de la Résistance). On sait cependant qu’il diffusa des tracts et des journaux clandestins espagnols et français ; qu’il aida des « parachutistes » à qui il procura des pièces d’identité.

Dès l’automne 1943, Chaubet avait recruté des volontaires disposés à rejoindre le maquis qu’il projetait de créer dans les environs de Saint-Lys (Haute-Garonne). Beaucoup habitaient le même quartier, adhéraient ou sympathisaient avec la SFIO ou avaient des liens avec la franc-maçonnerie. Léonce Gonzalez fut l’un d’entre eux.

Le 7 juin, des hommes recrutés pour gagner les cantonnements du le maquis de Saint-Lys, quittèrent leur domicile, à Toulouse ou dans les environs immédiats. Le maquis s’installa initialement au château de Gagen situé sur le territoire de la commune de Bonrepos-sur-Aussonnelle, à proximité de la RD 67 qui relie Saint-Lys à L’Isle-Jourdain et du croisement de cette dernière avec la RD 68 qui relie Fonsorbes à Bonrepos-sur-Aussonnelle. Dès le 11 juin, les hommes qui s’y trouvaient étaient en train d’être dirigés vers d’autres cantonnements, au château de Candelé, à proximité de Gagen, et vers Mérenvielle (Haute-Garonne), commune limitrophe du Gers. Ce transfert ne put s’effectuer du fait de l’attaque allemande. Le 12, il ne restait plus qu’une trentaine d’hommes à Gagen. Le 12 juin, 1944, en fin d’après-midi, surgit, à proximité de Gagen, une colonne de la division blindée Das Reich. Celle-ci, formée de trois compagnies cantonnées jusqu’au 10 juin au matin dans des villages du sud de Toulouse Les 9e, 10e, 11e et 12e compagnies du 3e bataillon du régiment SS Deutschland de la division blindée SS Das Reich quittèrent les villages où elles stationnaient, au sud de Toulouse, en Haute-Garonne, dans les basses vallées de l’Ariège et de son affluent, la Lèze. Leur mission de destruction de maquis et de répression des populations civiles commença au petit matin d’un samedi pluvieux. Le 10 juin leur action meurtrière s’exerça en Comminges (Haute-Garonne), marginalement en Couserans (Ariège) et, le 11 juin en Bigorre (Hautes-Pyrénées). Les SS se livrèrent à des massacres de civils et de résistants. Ce ne fut pas par hasard que les SS attaquèrent le château de Gagen, cantonnement du maquis de Saint-Lys. Ils connaissaient apparemment le lieu car, la veille une voiture conduite par un militaire allemand avait été attaquée par des résistants d’un autre maquis, celui de Mangane. Or, les Allemands ont attaqué sans hésiter le maquis de Saint-Lys. Disposaient-ils de l’information avant leur départ, ce qui justifierait qu’ils aient un détour, pour leur retour, par le Gers. Ou ont-ils glané des informations auprès de civils locaux pendant leur passage dans le secteur ? Ou, encore, ont-ils été informés par des « traîtres » présents dans les rangs du maquis ? Toutes ces hypothèses ont été formulées. Ils ignoraient cependant que le transfert des hommes du maquis de Gagen vers le Candelé était déjà bien avancé. Les maquisards présents à Gagen furent surpris. Ils essayèrent de se replier vers le Candelé en se réfugiant dans un premier temps dans les bois proches. Un groupe comprenant Eugène Lozes, André Bousquairol, Abel Autofage, Lucien Lafforgue, André Cavagnol, Joseph Vié*, Bordes, Rucosa et le père Séguela couvrait la retraite du gros de l’effectif, parmi lesquels Jean Chaubet. Eugène Lozes fut le dernier à pénétrer dans le bois après avoir vidé son chargeur. Les cinq premiers furent tués. Les fugitifs se déplaçaient en petits groupes qui couraient vers le Candelé. L’un d’entre eux fut intercepté. Jean Chaubet ainsi que Joseph Vié*, Eugène Lozes et Jean Micoud* furent à leur tour tués. Les maquisards eurent aussi des blessés. Le Candelé fut attaqué par les Allemands qui ignoraient que se trouvait là le gros des effectifs du maquis. Ils détruisirent par le feu une partie des bâtiments du Candelé qu’ils pillèrent au préalable. La plupart des maquisards se cachaient dans les environs et eurent la vie sauve. Seul Léonce Gonzalez trouva la mort dans sa fuite vers Saiguède*, dans le territoire de cette commune. Son compagnon, Peyre, l’exhortait à le suivre vers ce lieu vers lequel tous deux se dirigeaient avec d’autres maquisards. Gonzalez s’étant ravisé, il voulut revenir au Candelé. Il fut tué à l’orée du bois de la Taillade. Philippe Viguier, présent lors de ce combat a pu en décrire les diverses phases dans ses ouvrages sur maquis de Saint-Lys.

Après sa mort, Léonce Gonzalez fut inhumé au cimetière toulousain de Terre Cabade. Le conseil municipal de Toulouse donna son nom à une des rues de la ville (rue Léonce Félix Gonzalez), dans le quartier Saint-Agne, à proximité de la gare ferroviaire du même nom et de la prison Saint-Michel. Le nom de léonce Gonzalez est également inscrit sur le monument commémoratif érigé à la sortie du village de Bonrepos-sur-Aussonnelle, vers Saint-Lys. Sur cette plaque est gravée, avec les noms, l’inscription suivante : « Le maquis de Saint-Lys à ses camarades des Corps francs de Libération morts au combat du 12 juin 1944 ». Une plaque y a été apposée à sa base avec leurs noms et l’inscription suivante : « Aux victimes civiles de la barbarie nazie du 12 juin 1944 ». Il est également gravé sur le monument aux morts de Saint-Lys appartenant à toutes les catégories de victimes de la Seconde guerre mondiale, parmi lesquelles celles du maquis de Saint-Lys (on y a rajouté ultérieurement les morts de la guerre d’Algérie).

En janvier 2020, la tombe de Léonce Gonzalez dans le cimetière de Terre Cabade était dans un état de déshérence. Elle a été signalée à des organisations mémorielles toulousaines afin qu’elle soit préservée et restaurée. Ce fut la belle-sœur d’une personne liée à une association mémorielle du camp de Rieucros (Lozère) qui, lors de l’enterrement de sa mère, aperçut la tombe de Léonce Gonzalez sur laquelle les services municipaux avaient agrafé un papillon indiquant qu’il s’agissait d’une « sépulture échue ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article222924, notice GONZALEZ Léonce, Félix par André Balent, version mise en ligne le 14 février 2020, dernière modification le 15 février 2020.

Par André Balent

Léonce Gonzalez (1917-1944)
Source : Memorial François Verdier Forain Toulouse

SOURCES : Michel Goubet, « Le maquis et le combat de Saint-Lys 12 juin 1944 » in La résistance en Haute-Garonne, CDROM, Paris, AERI (Association pour des études sur la résistance intérieure), 2009. — Guy Penaud, La « Das Reich » 2e SS Panzer Division, préface d’Yves Guéna, introduction de Roger Ranoux, Périgueux, La Lauze, 2e édition, 2005, 558 p. [pp. 395-397, p. 542]. — Philippe Viguier, Le maquis de Saint-Lys 1944, sl., sd [1985], 22 p. — « Léonce Gonzalez, une tombe oubliée », Pour le souvenir du camp de Rieucros, n° 29, janvier 2020, p. 2, en ligne sur le site camp.rieucros.com — Site MemorialGenWeb consulté le 14 février 2020. — Site Mémorial Verdier François Forain, consulté le 14 février 2020.

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