GIOVANNINI Delphine

Par Renaud Poulain-Argiolas

Née en 1914 à Salin-de-Giraud (Bouches-du-Rhône), morte en 1991 ; militante et élue communiste de Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) ; une des animatrices de la solidarité des femmes d’ouvriers lors du lock-out des Chantiers et Ateliers de Provence de 1949 ; féministe.

Port-de-Bouc, hiver 1958, lors du « rallye de ballons » pour la paix en Algérie. Delphine Giovannini se tient au milieu sur la photo du haut. C’est celle qui porte une grosse écharpe.

Durant les rassemblements de 1936 à Salin-de-Giraud, on l’aperçut avec son mari, Lionel Giovannini, communiste italien, le poing levé, en compagnie des ouvriers de Solvay et de Péchiney. Pendant la guerre d’Espagne, Delphine Giovannini participa aux collectes de lait et de vêtements pour les enfants espagnols, s’opposant à la politique de non-intervention du gouvernement de Léon Blum dans l’affrontement entre la jeune république et les troupes putschistes du général Franco.
En 1939, elle emménagea à Fos-sur-Mer avec son époux, celui-ci y ayant trouvé du travail à la Compagnie des Salins du Midi.

En 1940, Lionel Giovannini reçut un ordre d’expulsion motivé par son statut d’Italien et de communiste. Bien décidé à rester en France, il se cacha à Fos-sur-Mer dans une manade du Cavaou. Sa femme dut faire face aux visites quasi quotidiennes de la police, puis de la Gestapo, qui voulaient mettre la main sur lui. Pour échapper aux recherches il s’engagea dans les FTP et resta dans un maquis des Alpes jusqu’à la fin de la guerre. Sympathisante de la résistance, elle dut alors trouver du travail pour subvenir aux besoins de ses trois filles.

Après la Libération, la famille Giovannini s’installa à Port-de-Bouc. Delphine fut membre de la liste menée par René Rieubon aux élections municipales, une liste incluant des femmes qui venaient tout juste d’obtenir le droit de vote et de candidature. Elle siégea au conseil municipal jusqu’en 1965.
Lors du « lock-out » de 1949 décidé par la direction des Chantiers et Ateliers de Provence, des centaines de femmes animèrent l’organisation de la solidarité avec les ouvriers de l’entreprise. Depuis les collectes de fonds et de vivres à la soupe populaire, de la « Marche de la faim » jusqu’à Marseille (rassemblant environ 3 000 personnes qui s’y rendirent pour certaines à pieds) aux affrontements avec la police à chaque étape du trajet, et jusqu’au comité d’accueil féminin harcelant presque tous les jours le directeur de l’entreprise pour le pousser à négocier, Delphine Giovannini fut une figure de proue de cette lutte populaire qui dura quatre mois.

Le 7 février 1950, elle fut frappée par une terrible tragédie. Dans le quartier de la Lèque, un réservoir d’acide de l’usine Saint-Gobain surplombant la rue céda. La rue Albert Rey fut engloutie sous une vague corrosive, emportant les trois filles de Delphine : Marie-Thérèse, 4 ans ; Solange, 7 ans ; Josette, 11 ans ; ainsi qu’une vieille femme, Madame Baretta. Alertée par le vacarme, la mère se jeta dans l’acide pour tenter de sauver ses enfants. Les fillettes moururent le lendemain.
Leur enterrement rassembla environ 15 000 personnes venant de toute la région. Saint-Gobain proposa de l’argent aux familles des victimes qui refusèrent. La catastrophe suscita une polémique dans les médias de l’époque. Le tribunal d’Aix reconnut plus tard la responsabilité de la direction de l’entreprise, qui fut contrainte de raser l’usine.

Après avoir suivi deux mois de lourds traitements, passé un an et demi dans un fauteuil roulant et fait une cure au bord du Lac Balaton (Hongrie), réputé pour ses propriétés curatives, elle retrouva en partie l’usage de ses jambes. Elle reprit ses activités militantes, notamment contre la guerre d’Indochine et pour la paix en Algérie. Elle eut deux autres enfants, sa dernière fille, Danièle, naissant en 1954.
Au cours des années 1957 et 1958 plusieurs articles de La Marseillaise la montrèrent entourée d’autres femmes lors d’actions contre la guerre destinées à sensibiliser la population et les autorités locales. En 1965, affaiblie par les conséquences de ses blessures dues à l’acide, elle dut limiter ses activités politiques.

La ville de Port-de-Bouc se souvient d’elle comme une militante des droits des femmes. C’est dans cet esprit que fut inaugurée en 2016 une Maison des femmes, pour celles qui sont victimes de violences conjugales, nommée Delphine Giovannini.

Il n’y a pas de Lionel Giovannini sur le site Mémoire des hommes, du Ministère de la Défense, dans les listes des résistants. On trouve seulement un Emmanuel Giovannini, né le 1er septembre 1906 à Treffila (Italie), FFI, SHD Vincennes, GR 16 P 256975.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article231780, notice GIOVANNINI Delphine par Renaud Poulain-Argiolas, version mise en ligne le 6 septembre 2020, dernière modification le 6 septembre 2020.

Par Renaud Poulain-Argiolas

Port-de-Bouc, hiver 1958, lors du « rallye de ballons » pour la paix en Algérie. Delphine Giovannini se tient au milieu sur la photo du haut. C’est celle qui porte une grosse écharpe.

SOURCES : Roland Joly, Antoine ou La passion d’une vie : Une histoire de Port-de-Bouc, ville mosaïque (auto-édition, 2005). – Charles Crétinon, Esteban Morata et Joseph Ros, Port-de-Bouc (Éditions Alan Sutton, 2002). — Article de La Marseillaise de l’hiver 1958 : « Magnifique succès du rallye de ballons pour la paix en Algérie » - Article de Maritima Info du 21/03/2016 : https://www.maritima.info/actualites/societe/port-de-bouc/7534/port-de-bouc-une-maison-pour-les-femmes-victimes-de-violences.html

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