SUBRA Jules, Raymond, Pierre

Par André Balent

Né le 11 juillet 1883 à Ercé (Ariège), mort à Esplas-de-Sérou (Ariège) le 16 juillet 1944 ; instituteur ; adhérent du Parti communiste ou sympathisant communiste ; victime d’une « bavure » du maquis du col de la Crouzette (Ariège), exécuté sommairement après un « procès » expéditif

Jules Subra était le fils de Raymond instituteur public à Ercé (Ariège) et de Marie Maurette, sans profession. Ses parents étaient, à sa naissance, âgés respectivement de vingt-sept et vingt-trois ans. Ercé est un village pyrénéen du sud-est du Couserans dans la vallée du Garbet, affluent du Salat. En 1903, il est mentionné qu’il vivait à Mirepoix (Ariège), dans l’est du département et à Castelnau-Durban, entre Foix et Saint-Girons au pied du massif pré-pyrénéen de l’Arize. Ayant poursuivi des études afin d’accéder à la profession d’instituteur public, il avait acquis, lors du conseil de révision, un niveau d’instruction de degré 4 (obtenu le brevet supérieur de l’enseignement primaire).

Jules Subra fit son service militaire au 83e régiment d’Infanterie (RI), en garnison dans la Haute-Garonne, à Toulouse et à Saint-Gaudens. Incorporé le 16 novembre 1904, il fut promu caporal le 23 avril 1905 et sergent le 17 mai 1905. Rendu à la vie civile, il intégra à nouveau les cadres de l’enseignement primaire public de l’Ariège. Il fut affecté comme réserviste au régiment de Foix et de Pamiers, le 59e RI.

En 1907, il était instituteur à Rabat [Rabat-des-Trois-Seigneurs en 1931], commune montagnarde du Sabarthès, à proximité du gros bourg industriel de Tarascon-sur-Ariège. Le 20 février 1912, il était installé à Lescure, à peu de distance de Rimont et de Castelnau-Durban. Il semble avoir occupé ce poste jusqu’à son départ à la retraite.

Il se maria une première fois le 18 avril 1906 à Castelnau-Durban avec Alexandrine, Anne, Baptistine Ruffat. Celle-ci, également institutrice, née le 15 octobre 1882 à Castelnau-Durban était la fille de deux instituteurs, Hippolyte, Barthélemy Ruffat, instituteur à Allières (Ariège) et résidant à Castelnau-Durban, âgé de trente ans en 1882 et Marie, Antoinette Laffont, institutrice à Castelnau-Durban, âgée de vingt-six ans en 1882. Jules Subra se remaria le 2 février 1940 à Castelnau-Durban avec Léontine Delqué.

De son premier mariage, il eut eu une fille — Berthe, Marie, Raymonde née le 3 février 1907 à Rabat (Ariège) — mariée avec Manuel Albiach, instituteur. Celui-ci était né le 26 janvier 1906 à Colungo (province de Huesca, Aragon, Espagne). Il vivait avec ses parents à Seix (Ariège) depuis 1908. Son père avait été naturalisé (et avec lui sa famille) le 29 novembre 1923. Lui-même, élève-maître à Foix depuis le 26 janvier 1923, devint, après son service militaire, instituteur titulaire en Ariège. En 1944, il était en poste dans une école pour enfants handicapés à Montgauzy, quartier de Foix (Ariège). Résistant, "communisant", il avait adhéré au Front national et fut amené à prendre possession de la direction, à titre provisoire, de cet établissement à la suite de la révocation de Victor Bahé, directeur, Lorrain (Moselle), pro-nazi, condamné, de même que son épouse par la cour de Justice le 9 mars 1945 de Foix (arrêté du préfet de l’Ariège du 24 avril 1945). Ancien combattant de la Première Guerre mondiale, décoré de la Croix de fer, Bahé était instituteur à Saint-Avold (Moselle). Expulsé de Lorraine en janvier 1943, il était installé à Foix depuis juin 1943. Directeur et économe de l’école de Montgauzy, il y accueillit chaleureusement les troupes d’occupation et détourna à leur profit le ravitaillement destiné aux élèves.

Les origines sociales de Jules Subra, celles de sa première épouse, son premier mariage, les choix professionnels de sa fille et de son gendre montrent sont un exemple parfait de la forte endogamie professionnelle constatée parmi les membres du corps enseignant, du premier degré plus particulièrement.

Mobilisé en août 1914, il intégra son régiment avec son grade de sergent le 12 de ce mois. Il gagna la zone des combats le 29 novembre 1914. Le 30 novembre 1915, il passa ensuite au 88e RI, en temps de paix le régiment du Gers en garnison à Auch et à Mirande. Il fut enfin incorporé au 86e RI (en temps de paix, régiment du Puy-en-Velay, Haute-Loire) le 22 mars 1917. « Évacué » du front le 4 décembre 1917, il demeura à « l’intérieur » jusqu’au 24 avril 1918. Il regagna ensuite la zone des combats. Il fut démobilisé le 1er mars 1919 au dépôt du 83e RI à Saint-Gaudens.

Il se retira alors à Lescure. Jules Subra était, avant 1939, sympathisant, peut-être adhérent, du Parti communiste. Pendant la Seconde Guerre mondiale, s’il ne s’engagea pas directement dans la Résistance comme son beau-fils, il en était sympathisant.

Les Allemands ou leurs amis collaborationnistes auraient pu inquiéter Jules Subra, ceci d’autant plus que le maire de Rimont, localité voisine de Castelnau-Durban, dénonça des résistants à Walter Dreyer, le chef de l’antenne de l’Abwher de Saint-Girons. Le 15 juillet 1944, des hommes de main de la Sipo-SD de Saint-Girons affiliés au PPF (Parti populaire français) massacrèrent sauvagement deux notables qui aidaient les maquis des FTPF et de l’AGE de la Crouzette, Paul Laffont., ancien député et ministre et Charles Labro, médecin. René Plaisant, chef charismatique des FTPF de la Crouzette, réagit en impulsant la création d’un « tribunal du peuple » destinés à punir les traîtres et les collaborationnistes. L’historien ariégeois de la Deuxième Guerre mondiale, Claude Delpla estima qu’il exerça une justice qu’il qualifia de « militaire ». Les guérilleros de l’AGE et le maquis (Armée secrète) de Labastide-de-Sérou furent associés à l’exercice de cette justice. Quatorze personnes furent exécutées au col de Rille (938 m), entre Rimont et le col de la Crouzette, à la suite d’expéditions punitives qui aboutirent à l’exécution de collaborationnistes coupables d’actions contre les maquis ou de dénonciations mais qui donnèrent lieu à des « bavures » : des innocents confondus avec des collaborationnistes ou mis en cause sur la base d’informations erronées furent fusillés ou abattues par erreur, comme Joseph Pédoya de Montseron tué chez lui, confondu avec la victime désignée, un collaborationniste du village. En plus de Pédoya, quatorze hommes, vrais collaborationnistes, innocents ou même, parfois, résistants, furent « jugés » à proximité d’un autre col du massif de l’Arize, celui de la Rille (938 m), puis exécutés. Leurs corps, furent en règle générale inhumés près du col de la Crouzette, sur le territoire d’Esplas-de-Sérou. Ils furent retrouvés après la Libération à partir de l’automne 1944 jusqu’au printemps de 1945. Claude et Isabelle Delpla (op. cit., 2019, p. 458-459) les ont signalés dans leur livre sans indiquer leurs noms. Élérika Leroy, à la suite de son travail universitaire (op. cit., 1998 p. 53-57) nous a communiqué (4 décembre 2020) une liste nominative de dix-huit noms (Pédoya inclus). Dans les deux cas, Jules Subra est du nombre. Fusillé à tort comme collaborationniste vers le 15 juillet 1944 par les maquisards au col de la Crouzette, Jules Subra cria, au moment de son exécution : « Vive le Parti communiste ! ». Son cadavre fut retrouvé et identifié le 20 février 1945. L’acte de décès fut inscrit sur le registre de l’état civil d’Esplas-de-Sérou.

Il fut réhabilité, la mention « mort pour la France » lui fut attribuée le 17 septembre 1952. Son nom ne figure sur aucun monument aux morts. Il n’a aucun dossier au Service historique de la Défense, ni à Vincennes, ni à Caen.

Voir Esplas-de-Sérou (Ariège), col de la Crouzette (1244 m) et col de Rille (938 m) ; Castelnau-Durban (Ariège), Rivèrenert (Ariège), 19 juin-21 juillet 1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article235930, notice SUBRA Jules, Raymond, Pierre par André Balent, version mise en ligne le 26 décembre 2020, dernière modification le 23 janvier 2021.

Par André Balent

SOURCES : Arch. dép. Ariège, 129 W 20, f° 82, registre matricule de Jules Subra ; 273 W 1, dossier professionnel de Berthe Subra, institutrice, épouse Albiach, fille de Jules Subra ; 273 W 250, dossier professionnel de Manuel Albiach, instituteur, gendre de Jules Subra ; 34 E 2713, état civil d’Ercé, acte de naissance de Jules Subra et mention marginale ; 5 Mi 246, registre des actes de naissances, Castelnau-Durban, 1869-1883, acte de naissance d’Alexandrine Ruffat et mention marginale ; 4 E 5760, registre de l’état civil de Rabat-les Trois-Seigneurs, acte de naissance de Berthe Subra (épouse Albiach) et mention marginale. — Claude Delpla, La libération de l’Ariège, Toulouse, Le Pas d’oiseau, 2019, 514 p. [p. 134, 458-459]. — Élérika Leroy, Les résistants et l’épuration. Aspects de la répression contre les collaborateurs dans le Midi toulousain 1943-1953, Mémoire de maîtrise, dir. Pierre Laborie, université de Toulouse-Le Mirail, 1998, 200 p. [p. 52-57]. — Notes communiquées, 4 décembre 2020, par Élérika Leroy (liste nominative des personnes exécutées par le maquis de la Crouzette en juillet 1944). — Renseignements concernant Victor Bahé et sa femme communiqués oralement par André Laurens (31 décembre 2020). — Sites MemorialGenWeb et Mémoire des Hommes consultés le 25 décembre 2020.

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