LEBLOND Édouard, Jules

Par Christian Henrisey

Né le 16 novembre 1888 à Palaiseau (Seine-et-Oise, Essonne), mort le 31 juillet 1908 Paris (XIIe arr.) à l’hôpital Saint-Antoine ; ouvrier maçon ; victime des fusillades à Villeneuve Saint-Georges le 30 juillet 1908.

Fils de Victor Charles Leblond, jardinier à Palaiseau, et de Bathilde Joséphine Desmeules, Édouard Leblond fut le quatrième enfant sur les dix qu’eut ce couple issu du terroir du Hurepoix. Son père était né à Limours (Essonne), fils d’un charretier de culture, sa mère naquit à Palaiseau, fille d’un maçon. Ils se marièrent à Palaiseau en 1881. Lors du recensement de 1906 la famille habitait rue de Paris, la voie principale du gros « village rue » qu’était Palaiseau à la fin du 19e siècle.

Édouard Leblond, âgé de dix-neuf ans, célibataire, fut blessé grièvement (épigastre, foie et intestins perforés selon le rapport d’autopsie) par les dragons, lors de la fusillade qui eut lieu au cours de la manifestation du 30 juillet 1908 à Villeneuve-Saint-Georges. Transporté à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, il y mourut le 31 juillet à 10h30 du matin. Il fut inhumé à Palaiseau, le mardi 4 août en présence de sa famille et de plus d’une centaine de personnes. Puis le dimanche 16 août 1908 en après-midi, à l’appel lancé par la « Chambre syndicale de la maçonnerie et de la pierre de la Seine », un cortège, drapeau rouge déployé, lui fit des obsèques imposantes, entre la gare de Massy-Palaiseau et le « petit » cimetière de sa ville natale, via la rue de Paris. Le quotidien l’Humanité en rendit compte le lendemain en première page, photos à l’appui.

La mémoire de l’ouvrier Leblond perdura de deux façons. Une stèle fut érigée sur sa sépulture après la Première guerre mondiale portant la mention suivante : « CGTU Souvenir de ses amis à Édouard Leblond membre de la chambre syndicale de la maçonnerie 13e section tué le 30 juillet 1908 à Villeneuve St Georges âgé de 20 ans Regretté ». Cette stèle existe toujours (en 2021). Selon le témoignage de Robert Vizet, son entretien fut assuré par les soins de la commune de Palaiseau quand il en fut conseiller municipal et maire.

De plus à partir des années 1920 jusqu’aux années 1950 une tradition locale s’établit chaque Premier Mai. Reprenant le trajet du cortège de 1908, une manifestation régionale eut lieu, organisée par la CGTU (puis CGT) et le Parti communiste français, dont l’acte final consistait en un dépôt de gerbe de fleur sur la tombe de « l’ouvrier Leblond ». Les témoignages recueillis plus tard auprès des militants locaux d’une localité voisine, et confirmé par Robert Vizet lui-même, chiffraient la participation à plusieurs centaines de personnes, variable selon les années. Cette coutume syndicaliste disparut au cours des années 1950.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article241201, notice LEBLOND Édouard, Jules par Christian Henrisey , version mise en ligne le 22 juin 2021, dernière modification le 27 septembre 2021.

Par Christian Henrisey

Manifestation du 1er mai vers la tombe de Leblond

SOURCES : Arch. Dép. Essonne, État civil Palaiseau et Limours, recensements de Palaiseau ; Archives de Paris, XIIe arrondissement, acte de décès n° 3282, du 1er août 1908. — Le Petit journal, 2 août 1908. – Le Petit Parisien, 5 août 1908. — l’Humanité, 16 et 17 août 1908. — Maurice Dommanget, Histoire du drapeau rouge rééd 2006, éditions Le mot et le reste, Marseille. — Christian Henrisey, Verrières-le-Buisson, 1920-1980, de Seine-et-Oise en Essonne, communisme et république en Nord Hurepoix inédit. — Entretien avec Robert Vizet, Palaiseau, février 2006.

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