GUAY Paul [GUAY Jacques, Paul]

Né à Saint-Hilaire-la-Palud (Deux-Sèvres) le 13 mars 1810, mort à Nantes (Loire-Atlantique) le 28 juillet 1880 ; ouvrier cordonnier  ; marié et père de famille ; militant communiste icarien à Niort sous la Monarchie de juillet et la Deuxième République.

Ouvrier cordonnier à Niort ; actif, influent, Paul Guay fut, dès les dernières années de la monarchie de Juillet, le chef de l’organisation communiste des Deux-Sèvres, se rattachant au journal d’Étienne Cabet, Le Populaire. Cette organisation, qui avait son centre à Niort, rayonnait en Vendée, du côté de Fontenay-le-Comte et de Luçon, comme le révéla l’affaire Madeline.

D’après Le Populaire (n° du 22 novembre 1845), les communistes niortais étaient au nombre de 124. En 1846, on comptait à Niort vingt-quatre abonnements (trente-quatre pour les Deux-Sèvres) ; une somme de 1 529 francs avait été recueillie pour le cautionnement du journal (Le Populaire, n° du 31 octobre 1846).

Une « formule de serment des communistes » remontant à cette époque comportait, en autres, l’« allocution » suivante au « candidat » : « Écoute avec confiance et sans crainte ; tu es avec des républicains communistes et, par conséquent, tu commences à vivre sous l’ère de l’Égalité. Ils seront tes frères si tu es fidèle à ton serment ; mais tu seras à jamais perdu si tu les trahis. Ils l’ont juré comme tu viens de le jurer toi-même ; écoute toujours avec la plus grande attention ; la Communauté, c’est la véritable République : travail commun, éducation, propriété et jouissance communes. C’est le soleil, symbole de l’Égalité ; c’est la foi nouvelle pour laquelle nous avons tous juré de mourir ; nous ne connaissons ni barrières, ni frontières, ni patrie. Tous les communistes sont frères ; tous les aristocrates, nos ennemis. Nous voulons une dictature après la révolution pour appliquer nos principes et briser tous les aristocrates, et, par conséquent, renverser de fond en comble tout ce qui existe d’impur. La communauté une fois établie, les fonctions et les intelligences étant différentes, tout repose sur le sens universel. Classés avec ordre, les frères (de l’association) et son comité t’instruiront de tous les détails. Maintenant, si tu crains les cachots, la torture, la mort, si tu sens ton courage faiblir, retire-toi. Pour entrer dans nos rangs, il faut affronter tout cela. Une fois le serment prêté, ta vie nous appartient, tu es engagé sur ta tête et sur celle de celui qui t’amène, pour le reste de tes jours... »

Le 13 mai 1846, Paul Guay témoigna à l’audience du tribunal correctionnel de Fontenay-le-Comte à propos de lettres signées G. Y. prétendues communistes, découvertes sur la voie publique à Fontenay et se rattachant plus ou moins à l’attentat commis par Lecomte à Fontainebleau.

Le fait que Paul Guay eût été convoqué à cause du sigle G. Y. montrait suffisamment qu’il était considéré comme le chef des communistes, aussi bien en Vendée que dans son propre département.

Après la révolution de 1848, il se porta comme candidat aux élections à l’Assemblée constituante, dans les Deux-Sèvres, mais sans succès. Il se disait alors « ouvrier, ex-sous-officier d’artillerie à Niort ».

Dans une lettre au ministre de l’Intérieur (7 janvier 1852), le préfet des Deux-Sèvres signalait Paul Guay comme un « homme très actif et qui a organisé révolutionnairement une partie du département et surtout le canton de Mauzé. »

Un rapport rédigé par le procureur de la République à l’intention de la Commission mixte des Deux-Sèvres indiquait que Guay « a été l’un des propagateurs les plus ardents des idées communistes. Dès 1847, il consignait ses opinions dans un écrit qu’il a intitulé « Mon testament » et dans lequel l’impiété le dispute à l’exagération des principes politiques ».

Une note de police remontant à l’époque du coup d’État précisait d’autre part, au sujet de Paul Guay : « Marié, père de famille, n’ayant que son travail. Homme violent et dissimulé. D’une ambition qui l’a porté à se jeter dans les idées socialistes les plus exaltées, il peut être considéré comme le chef des anarchistes de Niort... »

En février 1852, il fut condamné par la Commission mixte à la transportation en Algérie, avec les attendus suivants :

« Attendu que Guay s’est fait, notamment depuis quatre ans, le chef le plus passionné et le plus en évidence des anarchistes communistes de Niort et de l’arrondissement, qu’il a été le moteur et l’organisateur de toutes les manifestations qui ont eu lieu en 1848 et depuis ;

« ...attendu qu’il a pris la part la plus active à tous les faits d’émeute qui ont eu lieu le 3 décembre et dont il a été l’un des plus actifs instigateurs ; qu’il a, avec Becquet et Gorrin, convoqué les socialistes du département pour se joindre à ceux de Niort ; qu’à l’Hôtel de Ville, il a été un des plus ardents provocateurs de désordre ; qu’il est un des délégués qui ont envahi la salle du conseil municipal ; qu’à leur sortie, il a, du haut d’un perron, harangué les émeutiers pour les porter à se réunir de nouveau le même soir ; que c’est lui qui a donné le signal des cris : « Aux armes ! » ; que le soir, sur la place de la Brèche, il a fait charger les fusils, voulu faire battre la générale et sonner le tocsin, et que ce n’est qu’après avoir vu échouer ses dernières tentatives d’insurrection qu’il a pris la fuite...

« ...attendu que c’est un homme poussant les doctrines subversives jusqu’au fanatisme, que depuis longtemps son nom sert de drapeau aux perturbateurs qu’il a su réunir autour de lui par ses paroles, ses écrits et ses actes..., » la Commission mixte « considère comme regrettable que la faculté ne lui soit pas laissée de le désigner pour Cayenne car il n’est pas repris de justice. »
Dans une lettre du 7 avril 1852 à ses collègues de la Vendée et de la Charente-Inférieure, le préfet des Deux-Sèvres écrivait : « Le nommé Guay (Paul), le plus dangereux des chefs communistes de Niort et le plus gravement compromis dans la tentative socialiste qui a eu lieu après le 2 décembre, s’est soustrait par la fuite à la peine de la transportation prononcée contre lui par la Commission mixte des Deux-Sèvres. Cet individu, d’après les renseignements que j’ai recueillis, s’est retiré dans les marais de la Sèvre, entre Damvix et un lieu appelé Ève-Claire. Cette retraite est placée au point de jonction des trois départements des Deux-Sèvres, de la Vendée et de la Charente-Inférieure. De là, à l’aide d’un bateau, Guay met les recherches en défaut, en se transportant, en peu d’instants, d’un département dans l’autre. Son bateau est recouvert la nuit de planches à charnières qui, dans le jour, se rabattent sur l’avant et l’arrière et, par ce moyen, il peut offrir en tout temps un refuge au contumace, déjà protégé par la situation et la nature des lieux. Il importe de s’emparer d’un homme aussi dangereux ; mais on ne peut espérer y parvenir qu’en le faisant observer et suivre de près, sans relâche, et dans les trois départements à la fois. »

Dans un rapport du préfet des Deux-Sèvres au ministre de l’Intérieur (3 août 1854) il est question de Paul Guay comme étant « le principal homme d’action à Niort, de Jean Becquet, capitaine en non activité ; avec ce dernier, il a résisté au coup d’État du 2 décembre et s’est enfui à travers les marais de la Sèvre... » Voir Fayard Pascal.

Paul Guay réussit ensuite à gagner l’Angleterre et s’installa à Jersey où il reprit son métier. Dans la Chronique de Jersey il passait des publicités où il se disait faiseur de bottes sans coutures pour hommes et dames.

Le 21 octobre 1853 il était présent à l’assemblée générale des proscrits républicains résidant dans cette île, qui déclara le sieur Julien Hubert comme espion et agent provocateur de la police de Napoléon III. De retour en France à une date inconnue, il mourut à Nantes en 1880.

Après le vote de la Loi de réparation nationale du 30 juillet 1881, sa veuve, née Marie-Louise Alleron se vit accorder une pension.

Les icariens de Niort sont, en dehors de Guay : Bilcard-Guyonnet A., Durand Cl., Guérin J., Marsault T., Savariau fils, Savariau R. ou Savariau-Belet.

Le groupe icarien de Mauzé-sur-le-Mignon, s’il a jamais eu une réalité organique, comprenait probablement : Audouin A., Durand Cl., Fayet J., Goutière J.-J., Leroy L.

Voir aussi les trois manifestants de Saint-Maixent (11 mars 1849) contre une pièce anti-icarienne : Allard Joseph, Amail Jules, Lamarque Pierre

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article32073, notice GUAY Paul [GUAY Jacques, Paul] , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 26 novembre 2020.

SOURCES : Arch. Dép. Deux-Sèvres, 4 M 6/17, 4 M 11/1, 4 M 15/4. — AN F15 4088, dossier 10 — A la France. L’agent provocateur Hubert, Jersey : imp. universelle, [1853]. — Victor Hugo, « 1853-L’espion Hubert », Œuvres inédites de Victor Hugo. Choses vues, 1888, p. 291-330. — Le Temps, 4 août 1883. — Émile Monnet, Archives politiques du département des Deux-Sèvres, t. Ier. — Faucheux et Morauzeau, « Les débuts du communisme en Vendée : l’affaire Madeline ». Recueil de la société d’Histoire de la Révolution de 1848, Paris 1953. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Guay - Paul », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013. — Notes de Gauthier Langlois.

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