JOFFRE François, Pierre

Par André Balent

Né le 13 août 1896 à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) ; employé de la Compagnie des Chemins de fer du Midi ; militant communiste et syndicaliste des Pyrénées-Orientales.

François Joffre était un proche parent du maréchal Joffre, le vainqueur de la Marne, lui aussi originaire de Rivesaltes.
Il travailla tout d’abord comme ouvrier tonnelier. Par la suite, selon Émile Dardenne*, il s’établit comme artisan. Plus tard, il devint employé de la Compagnie des Chemins de fer du Midi et fut en poste en gare de Rivesaltes.
En 1920, il était le responsable (secrétaire ?) du syndicat CGT des ouvriers tonneliers de Rivesaltes.
Militant socialiste avant le congrès de Tours, il adhéra ensuite, comme la majorité des socialistes rivesaltais, au Parti communiste. Il fut conseiller municipal de Rivesaltes entre 1925 et 1929 dans les municipalités communistes présidées par Joseph Biboulet* et Jean Roujou*.
Lors de la grande grève des ouvriers agricoles de Rivesaltes de 1928 (voir notamment Émile Dardenne*), François Joffre fut très actif. Il intervint à diverses reprises dans ce conflit du travail le plus dur et le plus long de l’entre-deux-guerres dans les Pyrénées-Orientales. Après l’arrestation de Joseph Cassuly qui, bien que n’étant pas ouvrier agricole, fut le grand leader de la grève, François Joffre eut l’occasion, à plusieurs reprises, de faire le traditionnel « discours politique » devant les grévistes et leurs familles qui, chaque soir, se réunissaient pour faire le point de la situation. Lorsque des grèves d’ouvriers agricoles éclatèrent au début du mois de mai 1928 dans d’autres localités de la plaine viticole du Roussillon, les militants rivesaltais pensèrent que ces mouvements pourraient faire leur jonction avec celui de Rivesaltes qui durait déjà depuis le 13 janvier. François Joffre et Fernand Castany, cheminots communistes de Rivesaltes, se rendirent à Saint-Cyprien où une grève avait éclaté le 1er mai 1928 afin d’aider les ouvriers agricoles de cette commune à s’organiser. Cette grève se termina le 9 mai 1928. Un accord avec les patrons de Saint-Cyprien fut signé : le salaire fut fixé à 24 F et deux litres de vin pour les hommes et 12 francs pour les femmes, pour 6 h 30 de travail.
En 1928, François Joffre adhérant à la CGTU appartint à la direction de la Bourse du Travail unitaire de Rivesaltes dont le secrétaire était le terrassier Jean Batllo*. Parmi les autres dirigeants de la Bourse, il y avait en outre Joseph Cassuly, cheminot révoqué et président du comité de grève des agricoles, Fernand Castany et François Prats, employé municipal. Il convient de noter ici que la conduite de la grande grève de 1928 fut assurée par la Bourse et non par le syndicat unitaire des Agricoles, mal organisé. L’historien Michel Cadé a formulé l’hypothèse que, pendant la grève, la Bourse du Travail unitaire « fit preuve (...) d’une relative autonomie à l’égard du Parti [communiste] ». En effet, les dirigeants du Parti (Raoul Calas*, Pierre Biboulet* et Raymond Brau*, secrétaire du rayon de Rivesaltes) ont peut-être « entrevu la tournure dangereuse qui pouvait résulter de la poursuite de la grève et conseillé d’accepter les propositions patronales ». Ainsi, en cas d’échec (ce qui, précisément, se produisit), le Parti communiste aurait pu, en quelque sorte, faire valoir sa clairvoyance. Par contre, les dirigeants — communistes — de la CGTU, au contact direct des grévistes, ont pu être amenés à « durcir » le mouvement. François Joffre, en ce qui le concerne, n’intervint jamais en qualité de membre du Parti communiste ou du conseil municipal (la municipalité — communiste — soutint pourtant les grévistes) : il intervint toujours lors des assemblées quotidiennes des grévistes comme militant de la CGTU.
En 1932, François Joffre était trésorier du rayon communiste de Rivesaltes. Il occupait toujours cette fonction en avril 1935. Il écrivit dans Le Travailleur catalan (hedomadaire de la fédération des Pyrénées-Orientales du PC) du 20 novembre 1937 un article nécrologique rappelant l’action, à Rivesaltes et dans les Pyrénées-Orientales, avant 1914, du guesdiste Lucien Deslinières. Il rappelait ainsi les racines guesdistes du PC local.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article5195, notice JOFFRE François, Pierre par André Balent, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 17 mars 2015.

Par André Balent

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, 2 M 5/268 II ; 2 M 5/304 ; versement du cabinet du préfet (13 septembre 1951), liasse 64 (Parti communiste et CGTU, 1932-1933), rapport du commissaire de police de Rivesaltes au préfet des Pyrénées-Orientales (11 juin 1932) ; rapport du préfet des Pyrénées-Orientales au ministre de l’Intérieur (21 juin 1932) ; liasse 177 (Parti communiste et SFIO, 1934), rapports et annexes (pièce n° 1) au rapport du préfet des Pyrénées-Orientales au ministre de l’Intérieur (28 décembre 1934). — Le Cri Catalan, 1er mai 1920. — Le Travailleur catalan, 20 novembre 1937. — Michel Cadé, « Un épisode la lutte des classes dans les campagnes. La grève des ouvriers agricoles de Rivesaltes en 1928 », Annales du Midi, tome 94, n° 159, Toulouse, 1982, p. 403-440. — Interview d’Émile Dardenne, militant du PCF (Rivesaltes, 1974).

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