KITTLER Fernand

Par Gilles Alvès, Claude Pennetier

Né le 6 octobre 1915 à Chalindrey (Haute-Marne), mort le 18 décembre 1996 à Alix (Rhône) ; mécanicien SNCF ; secrétaire général de l’Union départementale CGT (1948-1954) ; membre du comité fédéral du PCF de Haute-Marne (1946-1956).

Fernand Kittler
Fernand Kittler
Cliché fourni par sa famille

Né dans une famille cheminote de six enfants (quatre garçons et deux filles), orphelin de père, Fernand Kittler fréquenta le centre d’apprentissage de Chalindrey et obtint son CAP d’ajusteur. Déjà cheminot (chemins de fer de l’Est) et membre des Jeunesses communistes, il fit son service militaire au 15e Génie de Toul en 1935, entra à la SNCF, puis rappelé en 1938, il alla au Maroc pour assurer diverses fonctions dans les chemins de fer.

Il était donc en Afrique du Nord, lors de l’entrée des Allemands en France. Il revint en France, au dépôt de Chalindrey et participa au réseau de cheminots qui aidait le passage entre les deux zones. Il résista dans l’Yonne et en Côte-d’Or de février 1941 à juin 1942. Il se maria le 6 juillet 1942 avec Ernestine Borron, une institutrice qui devait militer au PCF, à Lompraz (Ain).

La direction des FTP l’envoya en Savoie. Il fut arrêté une première fois pour avoir déposé une gerbe au monument aux morts d’Ambérieu à l’occasion du 11 novembre1942, emprisonné et relâché quelques semaines plus tard. Le 13 janvier 1943, il fut arrêté à Annemasse ; la police allemande le brutalisa, mais c’est à la prison de Montluc que Klaus Barbie le fit torturer, il apprit en 1954 l’identité de son tortionnaire à l’occasion de son premier procès. Trois de ses camarades furent condamnés à mort et immédiatement fusillés. Condamné à cinq ans de prison par la justice de Vichy, il passa par la prison de Grenoble puis fut interné à la Centrale d’Eysses où il participa à l’insurrection de février 1944. Transféré à Royallieu, il fut déporté le 18 juin 1944 vers Dachau d’où il fut libéré, inconscient, le 4 juin 1945, par l’armée américaine. Il ne pesait plus que vingt-cinq kilos et les soldats faillirent le laisser pour mort. Les libérateurs le dirigèrent vers le centre hospitalier du lac de Constance pour plusieurs mois.

Fernand Kittler reprit ses activités politiques, fut candidat, sans succès, aux élections cantonales à Fayl-Billot (Haute-Marne) en septembre 1945, puis aux législatives de juin et novembre 1946. Mais ce grand mutilé de guerre, mécanicien au dépôt SNCF de Chalindrey, resta l’un des dirigeants du mouvement ouvrier dans la Haute-Marne d’après-guerre. Secrétaire fédéral du PCF en 1946, il fit ensuite partie du comité fédéral, ainsi que sa femme, jusque vers 1970. Candidat aux cantonales de mars 1949 dans le canton de Fayl-Billot, d’octobre 1951 dans le canton de Nogent, de mars 1964 dans celui d’Andelot et de septembre 1967 dans celui de Longeau, son action de militant communiste semble s’être limitée au sud de la Haute-Marne. En 1959 et 1965, il fut élu à la municipalité de Rochefort-sur-la-Côte (Haute-Marne), où travaillait sa femme, responsable départementale de l’Union des femmes françaises (UFF) au début des années 1950.

Fernand Kittler assura le secrétariat de la Fondation nationale des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP) pour la Haute-Marne et eut des responsabilités au sein du Mouvement des combattants de la paix vers 1950. Secrétaire départemental de la CGT depuis la scission de 1948, il fut critiqué lors du 6e congrès de l’UD-CGT en janvier 1952 par Coleaux, du syndicat des Finances, et d’autres délégués, pour avoir "manqué d’énergie lors de la grève du 4 juin" et dans la campagne en faveur de la libération de Le Léap. Fernand Kittler proposa alors de démissionner pour raison de santé. De fait, il fut épaulé par Roy, Page et Prost, trois autres militants communistes au sein de l’UD-CGT, dont il devint officiellement secrétaire adjoint lors du 7e congrès de juin 1954, remplacé par Lucien Prost au poste de secrétaire général. Dès lors, Fernand Kittler eut un rôle plus effacé : tout en restant fidèle au communisme, il semble avoir fait partie, avec Paul Constantin pour ce qui concerne la Haute-Marne, de cette génération de militants d’après-guerre qui fut mise au second plan par le durcissement de la ligne du PCF durant la guerre froide.

Dans les années 1980, son épouse étant à la retraite, le couple s’installa à Bourg-Saint-Andéol en Ardèche, tout en continuant à militer.

Sa femme, secrétaire départementale de l’UFF de 1953 à 1956 et membre du comité fédéral communiste durant la même période, avait adhéré au Parti communiste en 1945.

Décédé en septembre 1996, Fernand Kittler avait fait don de son corps à la science. Un hommage lui fut rendu le 26 janvier 1997 devant la stèle des fusillés de la Résistance.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article5312, notice KITTLER Fernand par Gilles Alvès, Claude Pennetier, version mise en ligne le 26 avril 2010, dernière modification le 16 juin 2021.

Par Gilles Alvès, Claude Pennetier

Fernand Kittler
Fernand Kittler
Cliché fourni par sa famille
<em>La Tribune</em>, édition du Tricastin, 7mai 1987
La Tribune, édition du Tricastin, 7mai 1987

SOURCES : Arch. Dép. Haute-Marne, 559 W 17330, 819 W 26314, 26315, 26460, 26362, 26363. — Arch. com. de Chalindrey (état civil). — La Haute-Marne syndicaliste, avril 1955. — « La Vie de la Haute-Marne », L’Humanité Dimanche, 27 août et 3 septembre 1967. — J.M. Chirol, La Haute-Marne politique de 1945 à 1967, dactyl., 1968.— Note de Jean-Pierre Besse. — Dossier fourni par la famille : attestations diverses ; fascicule des textes des interventions à la cérémonie hommage du 26 janvier 1997. — Renseignements fournis par les filles (Lysiane Kittler et Sylvaine Kourouma) de l’intéressé.

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