TREINT Albert, Édouard. Pseudonyme : BERTREINT (version DBK)

Par Michel Dreyfus

Né et mort à Paris : 13 février 1889 (XIe arr.)-25 octobre 1971 (XXe arr.) ; socialiste, communiste ; secrétaire général du Parti communiste (1923-1924) ; membre du Présidium de l’IC de 1923 à 1926 ; exclu en janvier 1928.

Instituteur en 1910, Albert Treint adhéra à cette date, ou deux ans plus tard selon les sources, à la 19e section socialiste de la Seine. Mobilisé le 2 août 1914, nommé capitaine le 21 janvier 1917, il fut démobilisé le 6 avril 1919 après avoir envisagé de prendre du service en Pologne. Ces longues années passées à l’armée lui valurent d’être surnommé par la suite le « capitaine Treint », en raison de ses méthodes autoritaires que beaucoup lui reprochèrent. En 1919, il devint secrétaire adjoint du Comité de la IIIe Internationale et l’un des responsables de l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC).

Entré comme suppléant au conseil d’administration de l’Humanité, puis au Comité pour la IIIe Internationale, il participa au congrès du Parti socialiste italien à Milan en octobre 1920. Délégué au congrès de Tours (décembre 1920), il se prononça pour la scission puis fut élu au comité directeur (CD) et à la commission de propagande du Parti communiste.
Arrêté à Nevers pour provocation de militaire et condamné, il fut révoqué de ses fonctions d’instituteur en septembre 1921 et devint permanent duPC. Il se situa à sa gauche. À l’issue de son 1er congrès (Marseille, 1921), il fut réélu suppléant au CD. Du 21 février au 4 mars 1922, Treint participa à Moscou au 1er plénum de l’Exécutif élargi de l’IC où il défendit la tactique du Front unique dans une formule qui passa à la postérité : « Nous nous rapprochons et nous nous éloignons d’eux [les chefs réformistes] alternativement comme la main se rapproche et s’éloigne de la volaille à plumer. » (Bulletin communiste, 13 avril 1922). Au IIe congrès du PC (Paris, 1922), la tendance centriste, en position de force, décida d’assumer seule la direction du PC. Treint démissionna de ses différentes fonctions le 26 octobre mais, avec les autres représentants de la gauche, il reçut peu après un appui décisif de l’IC lors de son IVe congrès (novembre-décembre 1922) au cours duquel fut négocié un compromis relatif à la composition d’un nouveau CD. Il fut également décidé que le secrétariat général du Parti serait « assuré sur (une) base paritaire par un camarade du centre et un de la gauche », les deux titulaires retenus étant Treint et L.-O. Frossard. En raison du départ du PC de ce dernier le 1er janvier 1923, Louis Sellier* devint secrétaire général, par intérim, à égalité de droits avec Treint qui fut également élu au Présidium de l’IC. Peu auparavant, il avait présidé au « gauchissement » de la campagne contre l’occupation de la Ruhr. Du 6 au 9 janvier, il avait représenté le PC en compagnie de M. Cachin*, Ch. Hueber, A. Ker (Keim*), à la conférence internationale d’Essen tenue avec les communistes allemands contre le « diktat de Versailles ». Aussi, il fut écroué le 11 janvier, inculpé « d’atteinte à la surêtéde l’État » en même temps que d’autres dirigeants puis libéré le 7 mai. En octobre 1923, le gouvernement le cassa de son grade de capitaine.

Rapidement les tensions se multiplièrent à la tête du PC entre ses deux secrétaires. Sellier* s’occupait des fédérations et Treint avait la haute main sur les délégués régionaux. Des heurts apparurent dès cette période entre lui et la plupart des membres du bureau politique. Le 2 janvier 1924, J. Humbert-Droz*, évoquait à Zinoviev* « la nécessité [de l’] éloigner du secrétariat », dans son intérêt comme dans celui du Parti. Le congrès de Lyon (janvier 1924) ne lui fut pas favorable. Lors de la première réunion du CD qui suivit ce congrès, l’affrontement fut ouvert entre Treint et Souvarine* qui réussit à le faire écarter du secrétariat général et du BP. Néanmoins, avec ce même Souvarine*, il fut désigné comme représentant du PC auprès du Comitéexécutif de l’IC. À la mi-février, le Présidium de l’IC l’imposa au bureau politique. Fort de ce soutien, il s’opposa à Souvarine*, lia son sort politique à celui de S. Girault* et se fit le champion de « l’unité idéologique » et de la « bolchevisation » des partis communistes allant de pair avec une élimination systématique des opposants. Il est possible que ce soit A. Treint qui ait inventé le terme de « bolchévisation ».

En juin 1924, Treint participa au 4e plénum du Comité exécutif de l’IC. Confirmé dans ses fonctions de titulaire à l’Exécutif avec Sellier*, secrétaire du Présidium de l’IC lors de son Ve congrès (juin-juillet 1924), il fut une personnalité importante de cette organisation jusqu’en 1926. Le 22 juillet 1924, il fut élu au BP par le comité directeur. Il y poursuivit l’offensive contre la droite. À partir d’août 1924, il prit en charge la refonte de l’organisation. Il apparut en position de force lors du 4e congrès du PC (Clichy, janvier 1925) et fut réélu au comité central. Pourtant ce succès ne pouvait masquer des tensions croissantes avec la direction de l’IC en raison de ses méthodes de travail.
Son déclin commença à partir de la seconde moitié de l’année 1925. Convoqué à Moscou par Zinoviev* au début de l’année, il fut critiqué au sujet des départs de P. Monatte et A. Rosmer*, comme pour ses thèses sur la montée du fascisme, jugées trop gauchistes. Lors du 5e plénum de l’Internationale communiste tenu en mars 1925, il soutint Zinoviev* contre Trotsky et s’affirma en faveur de la bolchevisation ; tout en ayant formellement conservé ses responsabilités à la direction de l’Internationale communiste, il siégeait seulement à la commission tchèque, en compagnie de Maurice Thorez. En juillet 1925, la montée de M. Thorez*, puis les critiques émises par l’IC contre les déviations gauchistes, et enfin la défaite de Zinoviev* et de la nouvelle Opposition lors du 14e congrès du Parti bolchevique, (décembre 1925), furent autant de raisons qui précipitèrent sa chute. Pourtant, pour sauver ses fonctions, Treint n’avait pas hésité à se rallier à la position majoritaire, lors du BP du 31 décembre 1925.

Il devait s’écouler un certain délai avant qu’il ne perde progressivement ses responsabilités. Ses « erreurs » furent relevées lors d’un débat sur la question française tenu dans le cadre du 6e plénum du Comité exécutif de l’IC (17 février-15 mars 1926) ; réélu néanmoins au Présidium, il y vota les thèses de la majorité. Au cours de ce plénum, Staline intervint pour proposer une direction composée de Semard*, Cremet*, Doriot*, Monmousseau*, sans que Treint et S. Girault soient mis à l’écart. Treint fut d’ailleurs maintenu comme délégué du PC à Moscou et réélu en avril au Présidium de l’IC mais avec S. Girault*, il fut écarté du BP lors du 5e congrès du PC (Lille, juin 1926). Toutefois, il fut réélu au CC.

En août 1926, il représenta le PC à Moscou, en remplacement de Jacob* et avec Cremet*. Il travailla plusieurs mois au Comité exécutif. Avec Ercoli (P. Togliatti*) et Manouilski*, Treint appartint également à partir de mars 1926 au Secrétariat latin dirigé par J. Humbert-Droz*. Le 25 octobre 1926, il fut un des signataires d’une déclaration demandant l’éviction de Zinoviev de la présidence de l’IC. Toutefois, en novembre 1926, lors du 7e plénum élargi du CEIC au cours duquel Zinoviev* fut contraint de démissionner, Treint subit de sévères critiques.

De retour en France en février 1927, Treint défendit les positions de l’Opposition unifiée et s’opposa à la politique de l’Internationale communiste en Chine. La question de son exclusion fut posée lors d’un CC clandestin en novembre 1927 et tranchée en janvier 1928.
Après avoir milité au sein de plusieurs groupes oppositionnels, il adhéra en 1934 à la SFIO. Réintégré dans l’enseignement le 15 juillet 1936, il put bénéficier de sa retraite le 6 février 1941. Participa-t-il à la Résistance ? Selon plusieurs sources, devenu commandant dans l’armée française, en 1945, il aurait participé à l’occupation d’Innsbrück (Autriche).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76066, notice TREINT Albert, Édouard. Pseudonyme : BERTREINT (version DBK) par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 27 janvier 2010, dernière modification le 2 novembre 2011.

Par Michel Dreyfus

SOURCES : RGASPI, 495/19/398. — Recherches de M. Pantéleiev. — Notice par M. Dreyfus, DBMOF, t. 42. — S. Wolikow, Le Parti communiste français…, op. cit. — P. Broué, Histoire de l’Internationale…, op. cit. — Carnets Cachin, tome 3, 1921-1923, op. cit. - Aurélien Durr, Albert Treint : itinéraire politique (1914-1939), thèse de doctorat d’histoire, université de Paris XII.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément