GLASBERG Alexandre

Par Bernard Comte

Né le 17 mars 1902 à Jitomir (Ukraine), mort le 22 mars 1981 à Meaux (Seine-et-Marne) ; prêtre ; résistant et organisateur du sauvetage des juifs ; créateur et directeur du Centre d’orientation sociale (COS) et de France-Terre d’asile pour l’aide aux immigrés et aux réfugiés.

On connaît mal la jeunesse à Jitomir (capitale de la Volhynie annexée par la Russie) d’Alexandre Glasberg, fils d’un commerçant juif : ses parents étaient-ils convertis au catholicisme ? Le firent-ils baptiser ? Il apprit le yiddish et les rites des familles juives auprès d’une grand-mère. Ayant quitté en 1920 l’Ukraine ravagée par les troubles et erré dix ans en Europe centrale, il arriva en France où, après plusieurs expériences de vie religieuse et un baptême conditionnel, il entra en 1935 au séminaire universitaire de Lyon (Rhône). Il y trouva de grands professeurs (le père Henri de Lubac, le sulpicien Louis Richard) et une communauté ouverte qui appréciait sa maturité et son franc-parler.

Ordonné en 1938, il fut rattaché au diocèse de Lyon comme vicaire de l’abbé Remillieux à la paroisse d’avant-garde Saint-Alban. Il put se consacrer, avec intelligence et ardeur, à l’assistance aux étrangers, travailleurs ou réfugiés, dont les juifs échappés d’Allemagne ; fidèle à son ministère sacerdotal, il en fit une lutte constante contre l’exclusion injuste, dans la fraternité avec ses victimes. Créateur dès 1939 de « centres spéciaux de rassemblement » pour accueillir des juifs étrangers menacés d’internement, il faisait pour eux les démarches de régularisation et de recherche de gîte et travail. Dans l’été 1940, il obtint de l’archevêché la création d’un Comité d’aide aux réfugiés qui affluaient et l’anima comme délégué du cardinal. Il rallia des réfugiés politiques allemands et autrichiens visés par la clause 19 de l’armistice, qu’il mit à l’abri dans les institutions de secours étrangères. Son activité menée avec audace et sang-froid, dans la légalité ou non, avec l’aide de son frère Victor, de Nina Gourfinkel, juive russe devenue son adjointe, puis de Jean-Marie Soutou*, jeune ami d’Emmanuel Mounier* qui l’avait appelé à le rejoindre à Lyon, lui procura un réseau de relations dans les administrations et dans les associations de secours, juives ou chrétiennes, groupées dans le « Comité de Nîmes », organe interconfessionnel et officiellement reconnu de coordination de l’assistance dans les camps. Au printemps 1941, il réussit à pénétrer dans les camps d’internement pour juifs étrangers et à obtenir que des internés lui soient confiés dans les cinq établissements de sa Direction des centres d’accueil (DCA) avec l’appui de l’Organisation juive de secours aux enfants (OSE), et le patronage du cardinal, en bravant les réticences administratives et les embarras de gestion.

En 1942, il élargit son action dans le cadre de « l’Amitié chrétienne », association créée à Lyon pour l’aide aux juifs, patronnée par le pasteur Boegner et le cardinal Gerlier et couvrant l’action secrète de partenaires juifs, sous l’autorité du père Chaillet, directeur des Cahiers du Témoignage chrétien clandestins que Glasberg diffusait. Face aux rafles suivies de déportation, il y avait des milliers de juifs à sauver, en les repérant en secret et en leur procurant hébergement, nourriture, faux papiers, abri sûr, et si possible passage en Suisse. Les centres d’accueil furent utilisés pour ces opérations, non sans subir des intrusions policières. Après les rafles d’août 1942 en zone sud, Alexandre Glasberg et Jean-Marie Soutou menèrent avec leurs amis juifs une audacieuse opération de sauvetage au centre de regroupement de Vénissieux (Rhône), antichambre de la déportation, en participant au « criblage » qui vérifiait la position de chaque individu, déportable ou non selon sa nationalité, son âge et sa situation de famille. Ils réussirent, en contournant les instructions officielles, à faire libérer des adultes, et surtout à se faire confier de jeunes enfants par leurs parents avec délégation de paternité, obtenue parfois après une intervention du prêtre qui parlait yiddish. 108 enfants furent ainsi emmenés le 29 août, cachés et dispersés avant que la préfecture ait été avisée du subterfuge et protestât, en vain, auprès du cardinal. Mais Alexandre Glasberg était repéré, et en novembre l’occupation de la zone sud l’obligea à quitter Lyon après avoir confié ses centres d’accueil à l’Amitié chrétienne. Il fut hébergé par Mgr Théas dans son diocèse de Montauban (Tarn-et-Garonne), sous le nom de l’abbé Élie Corvin, curé de la paroisse rurale d’Honor-de-Cos. Il se lia aux maquis locaux, participant à des parachutages d’armes, et aux réseaux de sauvetage des juifs, et devint membre du Comité départemental de Libération. En septembre 1944, il regagna Lyon et se fit détacher par le cardinal à Paris en visant une action nationale.

Dès décembre 1944, il créa une association laïque, le Service des étrangers, qui devint en 1946 le Centre d’orientation sociale des étrangers (COSE), puis en 1960 le Centre d’orientation sociale (COS) pour ne pas exclure les Algériens, citoyens français. Il ouvrit, à côté de deux centres de la DCA récupérés, trois autres maisons de repos pour accueillir les réfugiés survivants. Avec les subventions du Joint américain puis de l’Organisation internationale des réfugiés, et le soutien de ses relations de résistance, fonctionnaires ou élus, le COSE assura aux immigrés une aide administrative et juridique ainsi que des moyens de reclassement, dont la formation professionnelle dans plusieurs écoles d’apprentissage. Il accueillait aussi des personnes âgées et des handicapés dans des maisons spécialisées (au total, plus de 800 lits en 1980 et 450 employés).

Naturalisé français en 1950, il investit aussi son énergie et son goût de l’aventure dans le service d’autres grandes causes. La rencontre de militants de l’aide aux réfugiés politiques, comme Henri Curiel, l’amena à créer en 1971 l’association France-Terre d’asile pour procurer à tous les réfugiés demandeurs d’asile, quels que soient leur origine et leurs motifs, une assistance juridique et l’accueil en deux cents « centres provisoires d’hébergement ». Il manifesta d’autre part un vif intérêt pour l’épopée sioniste en Palestine. En 1947, il participa à l’aventure de l’Exodus en s’entremettant auprès des autorités françaises et en collaborant avec des agents du Mossad à Paris et à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône). À la volonté de rendre à des déracinés (« apatrides ») la dignité et une patrie, se mêlait la sympathie pour la « mystique » sioniste, espoir d’un peuple, revanche sur l’histoire et construction d’un socialisme nouveau. Par la suite, il accomplit deux missions en Israël, d’autres en Pologne et en Iran pour favoriser l’émigration des juifs, mais il dut constater le déclin de l’idéal du kibboutz qui l’avait enthousiasmé. Il participa aussi aux entretiens de Paris autour de Mendès France* (1976-1977) pour promouvoir un dialogue entre Israéliens et Palestiniens, et lança de nouvelles entreprises jusqu’à sa mort brutale. Israël fit pour lui une entorse à la règle qui réserve aux non-juifs le titre de « Juste des Nations » en le lui attribuant en 2003.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87200, notice GLASBERG Alexandre par Bernard Comte, version mise en ligne le 1er avril 2010, dernière modification le 13 septembre 2010.

Par Bernard Comte

ŒUVRE (publiée par le COSE, aux Éditions Réalités à Montrouge) : À la recherche d’une patrie. La France devant l’immigration, 1946. — La leçon sociale de l’affaire « Exodus », 1947. — Vers une nouvelle charte sociale. L’espoir palestinien, 1948. — Israël à la croisée des chemins, 1951.

SOURCES : Nina Gourfinkel, L’autre patrie, Seuil, 1953. — Renée Bédarida, Les armes de l’esprit. Témoignage chrétien (1941-1944), Les Éditions ouvrières, 1977. — J.-M. S. [Soutou], « L’abbé Glasberg », Esprit, mai 1981. — Lucien Lazare, L’abbé Glasberg, Cerf, 1990. — Xavier de Montclos, Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, t. 6, Lyon, Beauchesne, 1994.

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