JACQUET Jean, François

Par André Balent

Né le 20 novembre 1895 à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), mort le 20 avril 1979 à l’hôpital de Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; négociant en vins à Rivesaltes ; militant du Parti socialiste SFIO ; conseiller général du canton de Rivesaltes élu en 1937, réélu en 1945, 1949, 1955, 1961, 1967, président du conseil général des Pyrénées-Orientales (1956-1973), maire de Rivesaltes (1944-1971).

Lorsque naquit Jean Jacquet, son père, Joseph Jacquet, cultivateur originaire de Rivesaltes, était âgé de vingt-cinq ans. Sa mère, Marie Dardenne, avait dix-huit ans. Jean Jacquet était apparenté à Émile Dardenne*, militant communiste rivesaltais. Il était aussi l’oncle d’Arthur Conte*, qui fut député socialiste SFIO des Pyrénées-Orientales après la Seconde Guerre mondiale et président de l’ORTF jusqu’en 1972.

Le jeune Jean Jacquet passa son enfance et son adolescence dans une localité où le Parti socialiste, qui devint rapidement une force politique considérable, influençait et structurait une classe ouvrière nombreuse et un nombre important de petits paysans. Le Parti socialiste rivesaltais s’intéressait aux enfants et aux jeunes. Les enfants de militants pouvaient lire le livre de Compère-Morel* Petit Pierre sera socialiste, apprenaient des chants révolutionnaires, participaient aux manifestations prolétariennes. Après 1912, les Jeunesses socialistes rivesaltaises aux activités desquelles participait Jean Jacquet depuis 1911, décidèrent de fonder un groupement, « Le Coquelicot » dont un des objectifs était de concurrencer la société de danse créée par les radicaux-socialistes (alors le Parti de la bourgeoisie rivesaltaise), « els Radicalets » (en catalan : Les Petits radicaux). Jean Jacquet fut candidat à la « présidence » du « Coquelicot » : mais les enfants et les adolescents rivesaltais lui préférèrent Gaëtan Pla, militant qui, plus tard, adhéra au PPF. Jacquet devint cependant secrétaire du « Coquelicot ». En 1912, il accéda également au secrétariat des Jeunesses socialistes de Rivesaltes.

Il fut mobilisé le 18 octobre 1914 à l’âge de dix-neuf ans. Trois mois plus tard, il montait en première ligne où il combattit dans l’infanterie. Il participa aux combats des Hauts de Meuse et de Champagne et fut blessé le 26 février 1917.

De retour à Rivesaltes, où il exerça la profession de négociant en vins, il fonda une association locale d’Anciens combattants. Pendant dix ans, il présida la « Société générale de secours mutuels », de Rivesaltes. Il fut délégué à un congrès national de la mutualité (Strasbourg). Il fut également délégué à la propagande pour les Assurances sociales. En 1931, il était vice-président de « la Roussillonnaise », Fédération départementale de la mutualité et occupait toujours ces fonctions en 1937. À la même date, il était secrétaire de la « caisse départementale des Assurances sociales ».

Il fut aussi trésorier de la bibliothèque de Rivesaltes.

Jean Jacquet passa tout naturellement des « Jeunesses » au Parti socialiste. À la fin de 1920, alors que la majorité des socialistes rivesaltais se prononcèrent avec enthousiasme en faveur de l’adhésion à l’Internationale communiste, il demeura fidèle à la « vieille maison ». Jusqu’en 1928-1929, les communistes s’imposèrent sur le devant de la scène politique et sociale rivesaltaise. La SFIO ne se manifestait guère. Tout au plus était-elle amenée à appuyer parfois les initiatives du Parti communiste (campagne en faveur d’André Marty* et des mutins de la mer Noire ; soutien à la grande grève des ouvriers agricoles de la commune en 1928 (Voir Cassaly Joseph*, Dardenne Émile*) que dirigèrent, pour l’essentiel, les communistes).

Pendant toute cette période, Jean Jacquet ne se manifesta guère en tant que militant. Les communistes perdirent pourtant l’hégémonie politique à Rivesaltes. La grève de 1928 se solda par un échec qui amoindrit leur influence. Aux élections municipales de 1929, ils ne purent triompher — de façon bien éphémère — qu’en utilisant la fraude électorale. Le conseil municipal communiste fut en effet dissous dès le 23 mai 1929 et la liste « anti-communiste » fut proclamée élue (voir Roujou Dominique*). Lors de ce scrutin, une partie des électeurs favorables au Parti socialiste SFIO s’abstint en effet de voter pour les candidats du Parti communiste.

Après 1929, commença une nouvelle période. Le Parti communiste était certes affaibli, mais il demeurait la principale force de la gauche rivesaltaise. La SFIO se restructurait lentement. Jean Jacquet en devint bientôt un des principaux animateurs. Mais, à Rivesaltes, plus qu’ailleurs dans les Pyrénées-Orientales, régnait un climat de suspicion réciproque entre communistes et socialistes SFIO. Voir notamment Castany Fernand*.

Ce fut dans les années 1930 que Jean Jacquet, qui n’avait cessé d’adhérer au Parti socialiste depuis son retour à Rivesaltes après sa démobilisation, s’affirma comme chef de file de la SFIO rivesaltaise. Le Front populaire, qui fut bénéfique à celle-ci, lui permit donc de s’affirmer sur le terrain électoral.

Jean Jacquet fut candidat au conseil d’arrondissement de Perpignan dans le canton de Rivesaltes lors du scrutin partiel du 13 décembre 1931 (il s’agissait de remplacer Brégoulat, maire de Salses, élu conseiller général). Au premier tour (inscrits : 7 135 ; votants : 3 230), Jean Jacquet recueillit 813 suffrages (Frigola, radical-socialiste : 1 210 voix ; Émile Dardenne*, Parti communiste : 529 voix ; Cantier, royaliste : 639 voix). Pour le scrutin de ballottage, la commission administrative fédérale de la SFIO décida le retrait de la candidature de Jean Jacquet.

Principal animateur de la section socialiste SFIO de Rivesaltes (cette section groupait, en mars 1938, 71 adhérents), Jean Jacquet semble avoir été favorable un moment aux thèses pivertistes. Il fut élu à la commission administrative fédérale sur le texte minoritaire de la Gauche révolutionnaire, lors du congrès fédéral du 24 mai 1936. Candidat à Rivesaltes, aux élections municipales de mai 1935, il arriva en tête de la liste socialiste SFIO avec 557 voix.

Le congrès cantonal de Rivesaltes de la SFIO, réuni en juin 1937, le désigna comme candidat aux élections cantonales. Cette candidature fut entérinée par le congrès fédéral du 4 juillet 1937. Lors du scrutin d’octobre 1937, Jean Jacquet obtint au premier tour 1 025 voix (Émile Dardenne*, communiste : 651 voix ; Rocaries, radical : 1 049 voix). Il fut élu au second tour conseiller général de Rivesaltes en bénéficiant du désistement d’Émile Dardenne*. Il obtint 1 787 voix contre 1 380 à Rocaries.

Jean Jacquet fut à nouveau élu à la CAF de la SFIO comme membre titulaire par le congrès fédéral du 29 mai 1938, comme membre suppléant par le congrès fédéral du 21 mai 1939. Il fut à nouveau membre de la CAF à compter du 3 juin 1945.

Les années qui suivirent la Libération favorisèrent sa carrière politique. Le Parti communiste était certes devenu le premier parti du département mais, à Rivesaltes, la SFIO occupait désormais le devant de la scène. Maire désigné par le comité départemental de Libération, Jean Jacquet fut ensuite constamment réélu jusqu’en 1971, date à laquelle il ne sollicita pas un renouvellement de son mandat.

Il retrouva également son mandat de conseiller général lors du renouvellement général des assemblées départementales (élections des 23 et 30 septembre 1945), dès le premier tour de scrutin. Il fut réélu au second tour lors des cantonales des 20 et 27 mars 1949. Par la suite, il fut constamment réélu au premier tour : le 17 avril 1955 (Jean Jacquet, SFIO : 3 858 voix ; Jean Sabiol*, PCF : 1 143 voix), le 4 juin 1961 (Jean Jacquet : 3 407 voix ; Fernand Cortale*, PCF : 1 343 voix), le 24 septembre 1967 (Jean Jacquet : 3 180 voix ; Henri Boyer, PCF : 1 312 voix).

Vice-président du conseil général des Pyrénées-Orientales (il fut ainsi réélu à ce poste le 30 septembre 1948 en même temps que le communiste André Tourné* à l’unanimité), Jean Jacquet appuya au début des années 1950 la politique de « troisième force » (connue localement sous le nom d’« Union républicaine et socialiste ») du président du conseil général Louis Noguères* ; voir également : Grégory Léon-Jean*. À la mort de Louis Noguères* (1956), Jean Jacquet devint président du conseil général des Pyrénées-Orientales. Il fut élu à ce poste lors de la séance de l’assemblée départementale du 15 mai 1956 par 14 voix sur 15 votants. Sa candidature fut proposée par Arthur Conte, au nom du groupe socialiste, au conseil général et soutenue par André Tourné au nom du groupe communiste et par l’élu « indépendant conservateur » du canton de Saillagouse, Michel Aris. Par la suite, à chaque renouvellement partiel du conseil général, Jean Jacquet retrouva le siège de président de cette assemblée.

Jean Jacquet poursuivit la politique de Louis Noguères*. Président discret, pour ne pas dire effacé, il donna rarement l’impression d’impulser les travaux du conseil général. En fait, au sein de cette assemblée, le sénateur Léon-Jean Grégory*, conseiller général de Thuir, successeur de Louis Noguères* à la mairie de Thuir, inspira pendant de nombreuses années les grandes décisions du conseil général. Léon-Jean Grégory*, après avoir présidé la commission départementale, succéda à Jean Jacquet au poste de président du conseil général des Pyrénées-Orientales (1973).

Jean Jacquet fut le suppléant d’Arthur Conte, candidat socialiste dans la 2e circonscription des Pyrénées-Orientales aux élections législatives des 23 et 30 novembre 1958 (lors de ce scrutin, A. Conte fut réélu député des Pyrénées-Orientales).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87512, notice JACQUET Jean, François par André Balent, version mise en ligne le 15 avril 2010, dernière modification le 11 juillet 2016.

Par André Balent

SOURCES : André Balent, Història de les organitzacions obreres a Catalunya-Nord (1851-1914), Université de Perpignan, Perpignan, 1977 (voir notamment : pp. 196-206). — Témoignage écrit (1971) de Fernand Gély, originaire de Rivesaltes. — Interview de Émile Dardenne, militant communiste de Rivesaltes (1974). — Renseignements communiqués par M. le secrétaire de mairie de Rivesaltes (lettre du 31 juillet 1982). — Roger Bernis, Les Pyrénées-Orientales sous la IVe République thèse de droit (dactylographiée), Montpellier, 1971. — Le Cri socialiste, 12 décembre 1931, 19 décembre 1931, 23 juin 1945. — Le Socialiste des Pyrénées-Orientales, 30 mai 1936, 23 septembre 1937, 14 octobre 1937, 4 mars 1938, 3 juin 1938, 26 mai 1939. — Le Républicain. — L’Indépendant. — Roger Bernis, Roussillon politique. Du réséda à la rose… ; 1 : Le temps de Quatrième (1944-1958), Privat, Toulouse, 1984. — État civil.

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