ANGLARET Robert, Charles

Par Jacques Girault

Né le 29 juillet 1910 aux Martres-de-Veyre (Puy-de-Dôme), mort le 1er avril 1965 à Castelnaudary (Aude) ; professeur puis inspecteur d’Académie ; président de la section de Corse de la Mutuelle générale de l’éducation nationale (1946-1951).

Fils d’un négociant, Robert Anglaret, après avoir réussi le concours des bourses, entra au lycée Blaise Pascal à Clermont-Ferrand. Après avoir obtenu le baccalauréat (philosophie) en 1928, il prépara pendant trois ans le concours d’entrée à l’École Normale Supérieure au lycée du Parc à Lyon. Catholique pratiquant, il fut un des fondateurs de la Jeunesse étudiante chrétienne à Lyon. Deux fois admissible, titulaire d’une bourse de licence, il réussit à la licence de lettres à la Faculté de Lyon (1933), au diplôme d’études supérieures (1933). Admissible à deux reprises à l’agrégation (1934, 1935), il fut reçu en 1937. Il avait effectué son service militaire dans un régiment d’infanterie coloniale à Aix-en-Provence (octobre 1935-octobre 1936).
Nommé professeur au lycée Thiers à Marseille, militant du Syndicat des professeurs de l’enseignement secondaire, il se fit remarquer par une conférence à la section jociste du lycée de filles Montgrand sur « la jeune fille devant la culture moderne » annoncée dans Le Petit Marseillais, le 19 mars 1939.
Marié en septembre 1934 à Aix-en-Provence, Anglaret, alors père de trois enfants (le couple en eut six), ne fut pas mobilisé en 1939. Il fut délégué comme Inspecteur d’Académie à Cahors (Lot) en juillet 1942. Il obtint, à la demande de Denis Forestier, la libération d’instituteurs arrêtés pour faits de résistance. Aussi, à la Libération, le responsable départemental du Front national de lutte pour la Libération, l’indépendance et la grandeur de la Patrie lui demanda-t-il de siéger au comité directeur du mouvement. Il fut successivement nommé Inspecteur d’Académie en Corse à partir d’août 1945, avec le titre de vice-recteur. Il y présida la section départementale de la Mutuelle générale de l’Education nationale jusqu’en 1951. Nommé dans la Loire en décembre 1951, il s’intéressa particulièrement à l’œuvre « des pupilles de l’école publique » notamment en contribuant à la fondation d’un institut médico-pédagogique à Saint-Thurin. En mars 1960, il devint Inspecteur d’Académie dans les Bouches-du-Rhône.
Anglaret ne cachait pas ses bonnes relations avec le maire socialiste SFIO de Marseille Gaston Defferre et avec les milieux de gauche. Il affichait aussi ses convictions laïques en aidant les activités post et périscolaires. Avec le concours des syndicats enseignants, il présida à l’établissement d’une carte scolaire du département qui transforma le tissu des infrastructures en accord avec la réforme Fouchet.
Dans l’atmosphère politique et sociale tendue de la cité phocéenne, Anglaret ne faisait pas l’unanimité. Des plaintes le désignaient comme autoritaire et comme faisant "régner l’arbitraire". À la fin de juin 1964, une affaire de « fuites » au baccalauréat éclata et la presse s’en fit largement l’écho pendant tout l’été. Des centaines de candidats dans la série Philosophie de Marseille et de Toulon avaient acheté les sujets dont le prélèvement avait été effectué par une secrétaire du Ministère. Le directeur de l’office du baccalauréat de Marseille et le chef du service central des examens au Ministère furent sanctionnés. Mais le Conseil d’État, sur recours de la Fédération de l’éducation nationale, cassa ces révocations pour « procédure irrégulière ». En janvier 1965, le Ministre et le Recteur, prétextant que la fraude avait été rendue possible par la désorganisation consécutive au déménagement de l’Inspection académique de Marseille se défaussaient sur l’inspecteur d’Académie qui fut suspendu, avec maintien du salaire, et le Ministère envisagea de le rétrograder dans le corps des professeurs agrégés. L’association des inspecteurs d’Académie protesta fermement. Le 23 janvier 1965, à l’appel du Comité départemental d’action laïque dans un cinéma de Marseille, un meeting de protestations contre sa mutation se déroula, accompagné de manifestations identiques à Arles, Port-de-Bouc et Berre. La presse locale s’en fit largement l’écho et Le Provençal publia une photo du meeting auquel participèrent Gaston Defferre, les députés communistes François Billoux, Pierre Doize, les dirigeants syndicaux, ceux des associations de parents d’élèves. Les thèmes développés dénonçaient une « atteinte à la laïcité », « une mesure de mise en condition de l’université et d’atteinte aux libertés ».
Devant l’ampleur de la protestation, le ministère choisit de muter Anglaret dans un poste inventé pour lui. Affecté dans l’académie de Bordeaux en décembre 1964, maintenu comme inspecteur d’Académie, il fut chargé d’une mission d’inspection pédagogique régionale, d’inspection des collèges d’enseignement général et des maîtres auxiliaires. La presse nationale annonça la mutation et Anglaret écrivit une lettre de protestation qui fut reproduite. Il indiquait notamment que cette mutation « dans l’intérêt du service » lui causait « un sérieux préjudice matériel et moral ». Le Ministère refusa de revenir sur sa décision. Au bout de plusieurs semaines, Anglaret finit par accepter cette solution tout en saisissant le Conseil d’État.
Sa famille étant restée à Marseille, Anglaret, qui effectuait régulièrement le voyage entre son domicile et Bordeaux, mourut dans un accident de voiture en venant assister aux obsèques de sa belle-mère. Ses obsèques à Sisteron (Basses-Alpes/Alpes-de-Haute-Provence) donnèrent lieu à une importante manifestation des organisations politiques, syndicales, laïques, en présence du représentant du ministre et du recteur de l’Académie d’Aix. En avril 1966, en présence de sa famille, une délégation de la section des Bouches-du-Rhône du Syndicat national des instituteurs déposa une plaque sur sa tombe en hommage « à l’homme vrai, scrupuleux, laïque, humaniste ». Le 27 mai 1967, en présence d’Antoine Pinay, fut inauguré l’IMP Robert Anglaret à Saint-Thurin (Loire).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10112, notice ANGLARET Robert, Charles par Jacques Girault, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 19 décembre 2017.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat ., F17 27537. — Archives syndicales des Bouches-du-Rhône. — Presse locale et nationale. — Renseignements fournis par la famille de l’intéressé, par Jean Deygout et par Jean Reynaud.

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