FELDMAN Froïm, Lazare [dit Ferdinand]

Par Daniel Grason

Né le 18 octobre 1891 à Lukow (Pologne), fusillé comme otage le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; maroquinier.

Né dans une famille juive de Pologne, Froïm Feldman, fils d’Isaac et de Sarah, née Prebère, arriva en France en décembre 1912, porteur d’un passeport russe, et il se conforma à la réglementation sur le séjour des étrangers. Il épousa le 12 mars 1912 aux Lilas (Seine, Seine-Saint-Denis) Rifka Prouscht, née le 18 octobre 1893 à Varsovie (Pologne). Le couple habitait 20 rue de Romainville à Paris (XIXe arr.). Ils eurent deux enfants nés aux Lilas, Rose née le 17 mai 1912 et Joseph né le 25 octobre 1917. Ils devinrent Français par déclaration à la justice de paix de Pantin le 19 janvier 1927.
Froïm Feldman travailla comme ouvrier maroquinier dans une entreprise au 23 rue des Filles-du-Calvaire, à Paris (IIIe arr.). En juin 1938, il s’établit comme fabricant maroquinier au 91 rue de la Fontaine-au-Roi (XIe arr.). Il s’inscrivit au registre du commerce le 3 août 1938, obtint une carte d’identité de la préfecture de police ; celle délivrée le 29 mars 1940 était valable trois ans. Au début de son activité, six ouvriers travaillaient à l’atelier, mais en septembre 1940, du fait de la déclaration de guerre, ils n’étaient plus que deux. Suite à la promulgation du statut des Juifs le 3 octobre 1940, Froïm Feldman ne pouvait plus travailler, les deux ouvriers furent licenciés.
Malgré sa nationalité française, Joseph, fils de Froïm, fut interné le 21 août et le mari de Rose, réfugié russe israélite, le 22, au camp de Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis). Le 29 août des inspecteurs de la SSR perquisitionnèrent le domicile de Froïm Feldman. Ils saisirent une pochette rouge, avec à l’intérieur quelques pages de textes découpées dans des brochures du Parti communiste éditées avant guerre, des effigies de Lénine, Henri Barbusse, Maurice Thorez etc. Le lendemain les policiers venaient l’arrêter, et l’internaient le jour même à Drancy. Le rapport policier fit de lui un « ex-membre de la sous-section juive du Parti communiste » qui se livrait « à une active propagande en faveur de la IIIe Internationale et de l’ex-général de Gaulle ». Désigné comme otage, Froïm Feldman fut passé par les armes le 15 décembre au Mont-Valérien, puis inhumé au cimetière de Nanterre (Seine, Hauts-de-Seine).
Rose Peker, fille de Froïm, déclara devant la commission d’épuration de la police : « Il n’a jamais appartenu à un parti d’extrême gauche, il n’a jamais milité avant et pendant la guerre au sein d’une organisation d’obédience communiste, d’ailleurs il ne savait ni lire ni écrire. » Quant aux papiers, dont une pochette de couleur rouge trouvée lors de la perquisition, elle appartenait au fils de Froïm qui était avant la guerre membre des Jeunesses communistes.
Après la Libération, la mention « Mort pour la France » fut refusée à Froïm Feldman par le ministère des Anciens Combattants du fait de sa nationalité étrangère.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article144803, notice FELDMAN Froïm, Lazare [dit Ferdinand] par Daniel Grason, version mise en ligne le 7 février 2013, dernière modification le 14 novembre 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo, BA 2439, KB 95, 77W 28. – DAVCC, Caen, otage B VIII dossier 2 (Notes Delphine Leneveu, Thomas Pouty). – Laurent Joly, L’antisémitisme de bureau, Grasset, 2011. – Louis Sadosky, brigadier-chef des RG, Berlin 1942, CNRS Éd., 2009. – Serge Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Site Internet CDJC.

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