BENASSAYA Maurice

Par Olivier Dedieu

Né le 14 juillet 1924 à Oran (Algérie) ; instituteur en Algérie puis dans l’Hérault, professeur de collège, sous-directeur de collège ; militant syndicaliste du SNI et socialiste.

Sa famille, originaire du Maroc, était installée en Algérie depuis la conquête française et fut naturalisée par senatus consulte en 1865. Son père, Judas, juif pratiquant, plutôt proche des radicaux, était commerçant.

À l’issue de son certificat d’études, Maurice Benassaya partit à Oran à l’EPS Ardaillan en 1936. Préparant le concours d’entrée à l’école normale, il subit, avec l’avènement de Vichy, la suppression de cette école puis l’application des lois anti-juives. Pour échapper à l’exclusion raciale, ses professeurs le firent passer dans l’enseignement technique. Malgré le numerus clausus, il prépara le brevet supérieur, mais il fut finalement exclu. Il travailla alors un temps comme vernisseur avec ses oncles. En 1942, il rentra à Géryville après le décès de son père.

Mobilisé entre 1943 et 1945, il reprit ses études et réussit son baccalauréat. Après avoir tenté trois concours, il devint instituteur à Géryville en 1946 puis à Relizane de 1947 à 1950, enseignant dans une école dite « indigène ». Détaché par la suite deux ans en Tunisie, il revint à Relizane en 1952 à 1962. Il resta dans cette commune jusqu’en 1962, après avoir créé en 1955 un collège agricole.

Dès son entrée à l’EPS, son professeur créa une section des étudiants socialistes qu’il rejoignit en 1940. En 1946, il adhéra au SNI dont il devint le secrétaire local à Relizane et le délégué d’arrondissement lors des congrès du syndicat. Parallèlement, il créa la famille universitaire, association qui compta plus de 160 membres dans la commune, et assuma le secrétariat de la section socialiste. Proche des musulmans, il milita pour l’égalité des droits et s’afficha proche des « libéraux ». Avec les débuts de la guerre d’Algérie, il resta fidèle au SNI et soutint Denis Forestier qui prôna l’indépendance algérienne. Lors de la scission du SNI algérien, il resta au SNI et subit les menaces de l’OAS. En 1962, il quitta subrepticement l’Algérie en avion pour se réfugier en France à Carpentras.

Pour protéger ses enfants, il décida de ne pas revenir en Algérie et obtint, grâce au soutien de Denis Forestier, un poste dans un collège agricole du Vaucluse puis de l’Hérault à Villeneuve les Béziers, puis au collège de Castelnau-le-Lez (nommé professeur de technologie au lycée Joffre et détaché à Castelnau). Dès son arrivée dans le département, continua à militer au SNI et à la SFIO (comme son jeune frère Daniel, instituteur et ancien membre du conseil de Paris dans le XIIIe arrondissement).

Au sein du parti, il prit le secrétariat de section à Castelnau-le-lez qui devint progressivement l’une des plus importantes sections du département. Il était alors favorable à Guy Mollet. Parallèlement, il entra au conseil municipal en 1965 et 1971. Son rôle est tout aussi significatif au sein du SNI héraultais qui était, depuis la Libération, dirigé par la tendance École émancipée. Avec Raymond Dussaud*, il était l’un des premiers, depuis la fin des années 40, à défendre en Assemblée générale, la motion des autonomes. Structurant grâce au soutien de la Fédération des Œuvres laïques, la tendance, signataire en mai 1964 du texte d’orientation pour le congrès national de Lille présenté par la majorité, il fit partie des trois élus autonomes qui intégrèrent le conseil syndical en 1965. Il fut réélu en 1971 et 1974, mais son courant reste encore minoritaire.

Au niveau de la FEN, par contre, les autonomes qui disposent d’une audience plus significative arrivèrent à obtenir la défaite de Pierre Antonini, leader d’Unité Action. Début 1968, grâce à l’abstention des militants d’École Émancipée, Michel Belorgeot devint secrétaire de la FEN et Maurice Benassaya son adjoint. Un an plus tard, Benassaya perdit ses fonctions suite au renversement de tendance et au retour de Pierre Antonini. Il les retrouva de 1972 à 1973, quand Marcel Vial devint secrétaire de la FEN. Par la suite, il fut, durant deux mandats administrateur de la MGEN, institution qui resta néanmoins contrôlée par les militants d’École émancipée.

Professionnellement, Benassaya était entre-temps devenu directeur adjoint du lycée de Paulhan, avant d’obtenir le même poste au CES Clémence Royer de Montpellier entre 1972 et 1978, date à laquelle il prit sa retraite.

En 1971, encore à Castelnau (ville limitrophe de Montpellier), il rencontra Georges Frêche, tête de liste PS face à François Delmas. Devenu l’un de ses plus actifs soutiens, il milita activement lors de ses campagnes de 1971 et 1977 en compagnie de Michel Belorgeot. Après la victoire de la gauche, il créa le comité de quartier de l’Estanove dont il assura le secrétariat.

Maurice Benassaya se définit aussi par ailleurs par son combat laïque (ce qui l’amena à se rapprocher de [Jean Poperen par la suite). Cette dynamique était d’abord intrinsèque à l’idéologie du syndicalisme enseignant d’alors. Membre de la Fédération des Œuvres Laïques, il fut aussi militant de la Ligue des droits de l’Homme et membre de la loge Auguste Comte (GLF). Enfin et surtout, il milita au sein de la LICRA, organisation qu’il reconstitua avec le sénateur Jean Péridier et dont il devint le secrétaire. Cet ancrage idéologique expliquait son refus de militer au sein des organisations de rapatriés particulièrement influentes sur la ville. De la même manière, au sein de l’ACIM (association cultuelle israélite de Montpellier), s’était-il battu contre toute dérive communautariste.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16200, notice BENASSAYA Maurice par Olivier Dedieu, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 10 octobre 2021.

Par Olivier Dedieu

SOURCE : Notes d’Olivier Dedieu.

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