BLAU Joyce

Par Michèle Krivine, Marie-Paule Valentini

Née en 1932 au Caire (Egypte) ; professeur à l’INALCO ; membre du MDLN égyptien et du « groupe de Rome », « agent de liaison » d’Henri Curiel, participa à toutes les actions de ce dernier : aide au FLN, mouvement « Solidarité », contacts israélo-palestiniens ; trésorière de la Fondation-Institut kurde de Paris.

Joyce Blau naquit dans une famille juive apatride d’origine polonaise, non religieuse. Son père était gérant d’immeubles. La famille parlait français et Joyce Blau fut inscrite successivement dans des écoles religieuses francophone et anglophone. Sa fréquentation de conférences au lycée français du Caire lui donna une certaine ouverture sur le monde. Elle passa son diplôme de fin d’études secondaires britanniques en 1948 puis occupa des emplois de secrétaire dans des entreprises privées.

En 1953, elle rejoignit un ami à Paris et rencontra Henri Curiel, qui vivait alors clandestinement en France et les membres du MDLN (« groupe de Rome ») qui lui confièrent la tâche de renouer leurs contacts avec le mouvement en Egypte. De retour au Caire, elle fut arrêtée par la police en octobre et expulsée en mai 1955. Elle s’installa à Paris où elle fut prise en charge par le groupe de Rome.

Après avoir obtenu une équivalence du bac français elle entreprit des études d’arabe aux Langues orientales et obtint son diplôme en 1959.

Son militantisme fut d’abord tourné vers l’Égypte et elle participa avec les autres membres du « groupe de Rome » à l’aide matérielle et politique aux prisonniers du régime nassérien. Par l’intermédiaire de Roger Vailland, un des rares communistes français à avoir défendu les officiers libres égyptiens en 1952, elle rencontra l’écrivain journaliste Robert Barrat qui organisa le premier contact entre Francis Jeanson et Henri Curiel. Ce dernier adhéra au réseau d’aide au FLN algérien à la tête duquel il succéda à Jeanson en 1960. Joyce Blau fut l’agent de liaison d’Henri Curiel, milita avec Robert Davezies et les frères Jehan et Gérold de Wangen et participa aux transferts de fonds du FLN, aux passages aux frontières de militants algériens recherchés, à l’impression de journaux et de tracts. En octobre 1960, elle fut arrêtée, interrogée par la DST puis libérée faute de preuves. Sur les conseils de Curiel, elle quitta le territoire français, se réfugia en Allemagne puis en Belgique où, auprès du groupe belge, elle poursuivit ses activités de soutien au FLN.

Rentrée en France en 1966, elle reprit des études de persan et de kurde, fut naturalisée en 1968, soutint sa thèse de doctorat sur les Kurdes et intégra l’Institut des Langues Orientales en 1970. Dès son retour, elle participa activement aux actions de Solidarité, organisation clandestine créée en 1962 par Curiel avec des anciens des réseaux d’aide au FLN, des chrétiens, des membres du Mouvement de la Paix et du PCF. Cette organisation qui avait des ramifications en Suisse, Belgique et Algérie, apportait une aide matérielle aux mouvements de libération nationale d’Afrique, d’Amérique latine et du Moyen Orient, aux antifascistes espagnols, portugais et grecs, aux déserteurs américains de la guerre du Vietnam et plus tard aux Chiliens.

Joyce Blau, membre du comité directeur et du secrétariat de Solidarité, fut présente à tous les congrès annuels du mouvement, organisa les contacts, effectua les traductions. Elle s’investit particulièrement dans le soutien à la lutte des Kurdes appuyant leurs revendications nationales et culturelles, dénonçant les atteintes aux droits de l’homme en Irak, Turquie et Iran, organisant des réunions, colloques (académiques ou non) et conférences en France et à l’étranger. Elle fut en 1983 l’une des fondatrices de l’Institut kurde de Paris qui devint une fondation d’utilité publique en 1993.

À partir de 1973, elle participa aux côtés d’Henri Curiel, Joseph Hazan, Raymond Stambouli à l’organisation des rencontres entre l’Israélien Mattiyahou Peled et le Palestinien Issam Sartaoui. Comme les autres membres du groupe de Rome, elle ne participa jamais aux entrevues, mais prit part à la logistique, à Bologne, à Paris puis en Tunisie après la mort d’Henri Curiel en 1978.

Elle qui n’avait jamais pu concevoir de ne pas militer demeura dans les années 1980 active dans toutes les tentatives du groupe de Rome, concernant le rapprochement israélo-palestinien et la défense des Kurdes à travers la Fondation, dont elle était encore en 2004 trésorière et membre du Conseil d’administration.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16892, notice BLAU Joyce par Michèle Krivine, Marie-Paule Valentini, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 11 octobre 2021.

Par Michèle Krivine, Marie-Paule Valentini

ŒUVRE : Plusieurs ouvrages sur la langue et la civilisation kurde : Manuel de Kurde (livre et cassette), Méthode de kurde. Paris, L’Harmattan. Contes kurdes (traduction), éditions du CLIF, 1986.

SOURCES : Joel Beilin, The dispersion of Egyptian Jewry, University of California Press, 1998.— Gilles Perrault, Un homme à part, Barrault, 1984. — Film : Mehdi Lallaoui, Henri Curiel, itinéraire d’un combattant de la paix et de la liberté, 52 minutes, 2001. — Entretiens avec l’intéressée en 2004.

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