MASSÉ François, Joseph, Alfred

Par André Balent

Né le 7 septembre 1892 à Cassagnes (Pyrénées-Orientales), tué par les Allemands le 11 mars 1944 à Cassagnes ; viticulteur propriétaire à Cassagnes ; FTPF (?)

François Massé était le fils de François, cultivateur de Cassagnes, et de de Joséphine Delmas, tous deux âgés de vingt-neuf ans. Lui-même était cultivateur (propriétaire viticulteur) dans sa commune natale. Le conseil de révision précisa que son degré d’instruction était de niveau 3 — une instruction primaire plus développée — qui indiquait qu’il avait entrepris un cursus secondaire ou primaire supérieur sans obtenir de diplôme.

Le 8 octobre 1913, il fut appelé sous les drapeaux afin de faire son service militaire au 81e régiment d’Infanterie en garnison à Montpellier (Hérault). Il participa à la Première Guerre mondiale. Jusqu’au 21 avril 1915, il combattit sur le front de l’ouest. Ce jour-là il fut blessé à l’avant-bras et à l’omoplate gauche. La commission de réforme de Montpellier, tenant compte des séquelles de cette blessure proposa le changement d’arme. Il fut, à la suite de cette décision, affecté successivement aux 56e régiment d’Artillerie (RA) le 30 mai 1916 ; au 39e RA le 6 octobre 1916 ; au 49e RA le 1er octobre 1917 ; au 175e RI le 1er avril 1918. Il fut démobilisé le 24 août 1919.

Il se maria le 23 avril 1921 à Cassagnes avec Marie, France Huillet. Celle-ci, fille d’agriculteurs, était née à Oreilla (Pyrénées-Orientales) commune du Haut Conflent, le 20 mai 1896. Le couple eut un fils Edgard, né le 13 décembre 1922 à Cassagnes. Viticulteur dans cette commune, il y mourut le 13 février 1986.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le hameau de Pleus, dans la commune de Cassagnes fut le premier lieu d’implantation du maquis Henri-Barbusse (FTPF) des Pyrénées-Orientales. Ce maquis fut créé à la demande des deux responsables des FTPF du département Fernand Cortale et Georges Delcamp qui contactèrent à cet effet, pendant l’été 1943, l’instituteur Jacques, François Mitja alias « Bull » (né le 21 juillet 1919 à Rasiguères) et Étienne Bourrel alias « Tito » ancien marin. Finalement ce fut George (sic) Morer qui fut le premier chef du maquis Henri-Barbusse. Celui-ci rassembla une vingtaine surtout des hommes des villages voisins (Cassagnes, Millas, Estagel, Thuir, entre autres Pierre Mach du PC et fondateur d’un premier maquis FTPF à Caixas, mais aussi un Belge et un jeune, Jean Martinez, né le 24 octobre 1928 à Lavarnac (Lot-et-Garonne), domicilié à Estagel, le futur traitre qui dénonça le maquis. Les maquisards étaient ravitaillés par Amédée Barraut, maire de la commune, et son fils Alphonse.

Georges Sentis (op. cit. p. 12) a expliqué que François Massé était un FTPF « légal » de Cassagnes et le classe donc comme ayant été exécuté pour faits de résistance. Il se réfère à un témoignage de Jean Salvat, président de la délégation spéciale nommée par Vichy, qui aurait donné son n° de matricule (40 081) à l’organisation armée clandestine. Mais lorsqu’il cite le document établi par le commissaire aux opérations régional (COR) « Dulau » le 5 avril 1944 (état des FTPF des Pyrénées-Orientales) ce n° qu’il attribue pour sa part à Massé ne semble pas correspondre à la réalité. En effet, « Richard », recensé par « Dulau » (« Richard, 40 081, âge 48 ans, né en Espagne, cultivateur, certificat d’études, date d’adhésion aux FTP novembre 1943 ») n’avait pas le même âge que Massé et était né en Espagne et non dans les Pyrénées-Orientales. À part le témoignage de Jean Salvat, rien ne prouve donc l’appartenance aux FTPF de Massé avant mars 1944 et de son fils avant ou après avril 1944. Rien ne l’infirme non plus. En tout état de cause, n’étant pas membre du maquis de Pleus et ne faisant pas partie des contacts extérieurs de ce dernier, chargés d’assurer les liaisons et le ravitaillement, François Massé doit être considéré comme une victime civile des forces allemandes d’occupation. Des témoignages oraux indiquent par ailleurs que Massé et son fils ne faisaient pas partie des contacts villageois du maquis ; ils furent surpris en même temps que ceux qui s’étaient rendus à Pleus ce jour-là et ils se trouvaient fortuitement sur le lieu lorsque les Allemands arrivèrent.

Le 9 mars 1944, l’adjudant Dismunsch, de la brigade d’Estagel (Pyrénées-Orientales) prévint le maquis Henry-Barbusse de l’imminence d’une attaque allemande. De fait le maquis avait été trahi par le jeune Jean Martinez alias « La Mascotte » qui, de retour chez lui après s’être blessé, avait adhéré à la Milice et avait indiqué la localisation des maquisards à Pleus et au cortal Simorre tout proche et dénoncé à la Sipo-SD des résistants d’Estagel et de Rasiguères qui furent déportés. Le 10 mars, ces derniers purent se disperser à temps dans les environs des villages de Cassagnes et de de Bélesta. Le 11 mars Amédée Barraut ordonna à son fils Alphonse ainsi qu’à deux autres habitants de Cassagnes, Edmond Duchand et Justin Cor, de retourner sur lieux afin de faire faire disparaître les traces du séjour du maquis. Arrivés à Pleus, ils furent encerclés par des Allemands accompagnés de miliciens. François Massé et son fils Edgar étaient en train de travailler dans une de leurs vignes à proximité du cortal Simorre. François Massé fut abattu par des Allemands et son fils Edgard blessé au cou. Cor et Duchand furent également blessés. Alphonse Barraut put s échapper et revint à Cassagnes. Les blessés purent être sauvés. Edgard Massé, le plus gravement atteint, fut soigné à Latour-de-France par le docteur Joan Cama (né à Calonge, province de Gérone, Espagne) républicain réfugié politique de la Retirada.

L’acte de décès de François Massé signale que, "vers dix heures trente", il mourut "des suites d’une blessure par projectile" (...) "au cours d’opérations de police effectuées par les troupes allemandes". L’une des deux mentions marginales de cet acte précise que François Massé a été tué "par une rafale de mitrailleuse tirés par des soldats allemands lors de l’attaque du maquis de Pléous [= Pleus]". Une deuxième mention marginale mentionne que François Massé fut déclaré "mort pour la France".

Son nom a été gravé sur le monument aux morts de la commune de Cassagnes. Un monument commémorant l’action du maquis "Henri-Barbusse" des Pyrénées-Orientales, a été édifié à l’initiative de "la section de l’ARAC" et de l’association "Les Amis du maquis Henri-Barbusse", de Millas, près du col de la Bataille, à proximité de Pleus, mais sur le territoire de la commune de Montner. Inauguré en juin 2001, il est accompagné d’un panneau explicatif (toujours en place en 2016) parfois approximatif, quelquefois erroné ou lacunaire. Mentionnant l’attaque allemande à Pleus le 9 mars 1944, il ne signale pas la mort de François Massé tué par des soldats allemands.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article178016, notice MASSÉ François, Joseph, Alfred par André Balent, version mise en ligne le 18 janvier 2016, dernière modification le 25 juin 2017.

Par André Balent

SOURCES : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 1 R 510, f° 215 (registre matricule). — Arch. com. Cassagnes, état civil, acte de naissance de François Massé et mention marginale ; acte de décès et mentions marginales ; acte de mariage. — Ramon Gual & Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, II b, Prades, Terra Nostra, 1998, pp, 540-541. — Lean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, I, Chronologie des années noires, Prades, Terra Nostra, 1994, pp. 176-177. — Georges Sentis, Les archives des FTP catalans (hiver-printemps 44) ; Lille, Éditions Marxisme / Régions, 1984, 72 p. ; Dictionnaire biographique des résistants et des civils des Pyrénées-Orientales tués par les Allemands et les collaborateurs, Perpignan, Éditions M / R, 2012, 28 p. [p. 12]. — Informations orales communiquées (Cassagnes, 18 janvier 2016) par Francis Izart, maire de Cassagnes et Mme la secrétaire de mairie qui confirment les sources imprimées en ce qui concerne la mort de François Massé

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