DELBROUCK Joseph, Louis

Par Michel Cordillot

Né le 13 janvier 1819 à Reims (Marne), mort 16 juillet 1871 à Versailles ; architecte, coopérateur, membre de la section du XIIIe arrondissement de l’Association internationale des travailleurs ; membre de la commission fédérale des artistes pendant la Commune ; capitaine dans la Légion du génie auxiliaire.

Né là Reims (Marne) d’un père militaire en retraite, Joseph Delbrouck entra à l’École des Beaux-Arts en 1843 et en sortit architecte. De 1844 à 1846, il fit son Tour de France et d’Italie. 
Après la révolution de Février 1848, il figura sur la liste des candidats proposés par le journal de Victor Considerant La Démocratie pacifique pour les élections des 23-24 avril 1848. Il appartint également au club Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, ce qui lui valut plusieurs inculpations. En 1849, il fut, en tant que représentant de l’association des maçons, l’un des cinq signataires de la déclaration de principes d’une Association fraternelle des démocrates socialistes des deux sexes, pour l’affranchissement politique et social des femmes (avec Jeanne Deroin, Annette Lamy, Jean Macé et Eugène Stourm). Le 23 août 1849, lors de la première réunion des délégués de 83 associations ouvrières en vue de créer une Union des associations fraternelles, il fut nommé membre de la commission provisoire de cinq membres. Définitivement créée le 5 octobre suivant, L’Union se fixait notamment pour but de pratiquer la mutualité du travail au moyen du prêt sans intérêt et de l’échange réciproque des produits, l’assistance pour les enfants, les vieillards et les malades. En mai 1850, ses administrateurs furent arrêtés et comparurent en cour d’assises le 13 novembre. Delbrouck, qui présenta la défense commune, fut condamné à quinze mois de prison. Il avait lu à la barre un mémoire dénonçant le mouvement irrésistible de concentration capitaliste qui aboutissait à une mainmise progressive sur tous les moyens de production, et l’iniquité flagrante de la législation qui s’opposait à ce que les ouvriers unissent leurs efforts dans une société se référant sans cesse aux principes de 1789. Sorti de prison le 19 mai 1852, il se maria peu de temps après et eut deux filles. De 1857 à 1867, il fut architecte de la ville de Vernon (Eure).
En 1863, il fut l’un des fondateurs de la Société du crédit au travail, qui se proposait d’être en même temps une caisse d’épargne pour le travailleur, une société de crédit mutuel entre ses membres et une banque de crédit et d’escompte pour les sociétés coopératives. L’année suivante, en juin, de concert avec 27 citoyens, il faisait paraître une brochure intitulée Association générale d’approvisionnement et de consommation. Exposé des motifs, qui préconisait la suppression des intermédiaires. Delbrouck fut un des signataires de l’« Appel aux démocrates » destiné à favoriser, le 1er décembre 1868, le lancement de l’hebdomadaire La Réforme, journal du progrès politique et social, organe de la coopération, qui succéda à La Coopération.
Après la déclaration de guerre en juillet 1870, Delbrouck fut incorporé dans le corps auxiliaire du Génie et chargé des travaux extérieurs de la défense de Paris. Capitaine dans la Légion du Génie auxiliaire, il dirigea les travaux de fortification à Villiers, à Champigny, à Drancy, au plateau d’Avron, aux forts de Rosny et de Choisy, à Montretout et à Buzeval. Présent devant l’Hôtel de Ville le 31 octobre, il s’interposa entre les mobiles de province prêts à ouvrir le feu et les manifestants et contibua à éviter un affrontement.
Nommé chevalier de la Légion d’honneur le 16 janvier 1871, il refusa cette distinction « contraire à ses principes républicains » et parce qu’elle lui avait été attribuée par Trochu, qui, « depuis quatre mois n’a rien fait d’efficace pour débloquer Paris ». Il refusa également le commandement en chef du Génie auxiliaire.
Membre de la section du XIIIe arr. de l’Internationale, il lança le 12 mars un appel pour l’adhésion du corps auxiliaire du génie du Comité central de la Garde nationale.
Membre de la commission fédérale des Artistes durant la Commune, il habitait 129, boulevard Saint-Michel. En dépit de ses différends avec Roselli-Mollet, il conserva également sa fonction de capitaine dans la Légion du génie auxiliaire et reprit la direction des travaux défensifs : il « répara les brèches faites aux remparts et dans les forts, installa les canons dans les embrasures et établit des abris blindés. » Il proposa le 15 mai à Charles Delescluze d’utiliser tous les inactifs, gendarmes, sergents de ville, soldats désarmés de l’armée régulière et une partie de la Garde nationale sédentaire à l’exécution des travaux de défense. Il tenta aussi, seul et à deux reprises, une médiation entre Versailles et l’Hôtel de Ville, réussissant à passer les lignes, puis à rentrer dans Paris. Il était très lié à la célèbre famille fouriériste, les Milliet, dont le fils Paul servit comme lieutenant dans sa compagnie.
Surpris sur les remparts de Passy le 21 mai, il fut arrêté et emprisonné à Versailles. Son jugement se termina par un non-lieu, mais, très malade, il mourut le 16 juillet 1871 à Versailles chez un ami.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article182598, notice DELBROUCK Joseph, Louis par Michel Cordillot, version mise en ligne le 19 juillet 2016, dernière modification le 30 janvier 2020.

Par Michel Cordillot

SOURCES : Arch. Nat., BB 18/1473. — Arch. PPo., B a/439 pièces 5393-6619 et E a/76-19. — J. Gaumont, Histoire générale de la Coopération en France, t. 1 et 2. — http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6375655f/f1.image.r=%22LOUIS-JOSEPH%20DELBROUCK%22. Article nécrologique par Émile Trélat. — Notes de Louis Bretonnière.

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