CARRIÈRE Jean

Par Loïc Le Bars

Né le 23 avril 1935 à Perpignan (Pyrénées-Orientales), mort le 27 octobre 1987 à Paris ; professeur d’histoire-géographie ; militant du courant de l’École émancipée à la commission administrative du SNES (1965-1967, 1969-1971) et à la CA de la FEN (1967-1969).

La famille de la mère de Jean Carrière était de tradition socialiste : son grand-père, Alfred Soubielle (1876-1942), avait été conseiller municipal de Perpignan de 1919 à 1925 et secrétaire, à la même époque, de la fédération socialiste SFIO des Pyrénées-Orientales qu’il continuait à animer au début des années 1930. Sa mère, Jeanne Soubielle (Perpignan, 12 janvier 1904-Thuir, Pyrénées-Orientales, 28 février 1988), lingère, partageait le même idéal sans toutefois militer. Elle s’était mariée le 1934 à Perpignan avec Bernard, Alexandre Carrière, comptable à Perpignan, né le 11 mars 1910 à Marseille (Bouches-du-Rhône). Cette tradition familiale le poussa à adhérer aux Jeunesses socialistes alors qu’il était encore lycéen. Mais, à seize ans, il rompit avec une organisation qui, à ses yeux, n’avait plus rien de socialiste et qui portait une part de responsabilité dans le déclenchement de la guerre d’Indochine.
En décembre 1954, de Perpignan, il écrivit à Jean Risacher* pour lui demander d’envoyer une dizaine d’exemplaires du Programme d’action de la Nouvelle gauche.
Par la suite, il milita activement en faveur de l’indépendance de l’Algérie, notamment au sein de l’organisation « Jeune Résistance », alors qu’il avait commencé des études d’histoire à l’université de Montpellier. Il fit même partie du « réseau Jeanson », s’occupant plus particulièrement de l’aide aux insoumis et aux déserteurs de l’armée française.

À la CA de la FEN du 16 mai 1968, il estima que les « confédérations ouvrières étaient passées à côté de l’essentiel » le 13 mai et que le « défilé avait été prolongé par les étudiants et les barricades ».

Jean Carrière écrivait peu, mais intervenait volontiers dans les réunions. Il fut ainsi l’un de ceux qui, en juillet 1966, à la « semaine de l’EE », s’opposèrent à la désignation du groupe de la Seine, dirigé par des militants trotskystes de l’OCI, comme groupe responsable de la tendance pour l’année scolaire à venir. Il joua un rôle important dans la crise que cet incident révéla et qui se termina, en 1969, par l’exclusion des enseignants de l’OCI accusés d’avoir voulu transformer l’École émancipée en « courroie de transmission » de leur orientation politique et, faute d’y parvenir, d’avoir créé des regroupements syndicaux concurrents. En mai 1969, second de la liste EE derrière Aigoin, il fut élu de nouveau à la CA du SNES et, comme le nombre des représentants de l’École émancipée dans cette instance était passé, moins d’un an après la grève générale de mai-juin 1968, de quatre à cinq, il siégea au bureau national de ce syndicat. La même année, il fut reçu au certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement de second degré d’histoire-géographie et nommé au collège de « La Voie des saules » à Orly (Val-de-Marne). Deux ans plus tard, il obtint sa mutation pour Paris où il occupa un poste au collège Paul-Bourget, dans le XIIIe arrondissement.

Jean Carrière conserva des liens étroits avec son département d’origine où il revenait pendant les vacances. Il encouragea et aida, après 1969, le maintien d’un groupe départemental de l’EE dans les Pyrénées-Orientales. Il fut très proche de Marcel Oms, un des grands animateurs de la vie culturelle perpignanaise pendant plusieurs décennies, un moment adhérent de l’OCI et militant de l’ÉÉ.

Carrière fit partie de l’équipe de militants parisiens qui relancèrent l’activité de l’École émancipée après la scission de 1969. Il fut de tous les combats auxquels la tendance participa, notamment quand il s’agit de s’opposer à l’extension du camp militaire du Larzac. En 1971, il figura symboliquement en dernière position sur la liste présentée aux élections à la CA du SNES par sa tendance, toujours soucieuse de renouveler sa représentation dans les instances syndicales.

Sa femme, Josette, Sonia Loubet, militante syndicaliste de l’enseignement, mourut le 6 mai 2011, dans sa 72e année. Elle avait épousé Jean Carrière le 24 octobre 1966 à Paris (14e arrondissement).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18820, notice CARRIÈRE Jean par Loïc Le Bars, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 10 janvier 2016.

Par Loïc Le Bars

SOURCES  : Arch. IRHSES. — L’École émancipée, L’Université syndicaliste, L’enseignement public. — Renseignements recueillis auprès de son épouse Josette Carrière. — Notes d’André Balent (conversations informelles avec Jean Carrière, 1969-1982 ; entretiens avec Jacqueline Oms, Perpignan, 2013, consultation de l’état civil de Perpignan).

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