CATHALA Augustin, François, prénommé communément « Auguste »

Par André Balent

Né le 30 août 1925 à La Bastide-sur-l’Hers (Ariège), mort le 23 mai 1944 à la ferme du Roudié, Montjardin (Aude) assassiné par les Allemands et la Milice ; agriculteur ; victime civile revendiquée par les FTPF (maquis « Vincent-Faïta » de l’Aude)

Auguste (Augustin) Catahla (1925-1944)
Auguste (Augustin) Catahla (1925-1944)
Recadrage : André Balent, d’après Allaux, op.cit, 1986, p.111.

Le père d’Augustin Cathala, Théodore, Marius, Jean était âgé de vingt-cinq ans à la naissance de son fils. Il était natif de Saint-Martin-de-Villereglan (Aude), village proche de Limoux (Aude), sur la rive gauche de l’Aude ; En 1925, il résidait avec son épouse à Léran (Ariège) où il exerçait la profession d’ouvrier en peignes. La mère d’Augustin Cathala, Marie, Pauline Amat, était née à Léran le 20 novembre 1899.Le couple était domicilié à Léran.

Augustin Cathala était natif de La Bastide-sur l’Hers,limitrophe de Léran, commune ariégeoise du Pays d’Olmes dans le massif pré-pyrénéen du Plantaurel. Cette commune est très proche du département de l’Aude où la famille Cathala s’installa dans le Kercorb voisin, aux Vinsous, métairie isolée dans les montagnes et les forêts de la commune de Montjardin (Aude), à 3 kilomètres au sud de ce village. Il était l’aîné d’un fratrie de dix enfants. Son père, Théodore, Marius, Jean Cathala était originaire de Saint-Martin-de-Villereglan (Aude), village au nord-ouest de Limoux (Aude), sur la rive gauche de l’Aude. Sa mère, Pauline Amat, était née à Léran (Ariège) commune limitrophe de son village natal, La Bastide-sur-l’Hers.

En 1944, la famille Cathala était toujours installée aux Vinsous. Le maquis « Vincent-Faïta » avait établi son cantonnement à la ferme abandonnée des Roudiers (ou du Roudié) à 5 kilomètres au sud-est de Montjardin, à 1, 5 kilomètre au nord-est des Vinsous. Augustin Cathala devint un familier des FTPF à qui il rendait souvent visite et qu’il aidait volontiers. Le 22 mai 1944, le jeune Cathala s’était rendu à Chalabre où il avait rencontré Victor Teisseire et avait pu prendre contact avec les chefs du maquis « Faïta » Le 22 mai 1944, en effet, Joseph Alcantara et André Riffaut, malades, consultèrent à Chalabre (Aude) un médecin, le docteur Barrat, qui détecta un cas de gale. Les deux chefs du maquis logeaient chez les Fournié, épiciers dans le bourg. Vers 18 heures 30, le gendarme Sans vint à l’épicerie, indiquant Bernardine Fournié, la maîtresse de maison, qu’une attaque allemande était prévue pour le lendemain. Aussitôt, Irène Fournié, la fille des épiciers et le garde champêtre Jean Cabanier les accompagnèrent aux Vinsous et revinrent à Chalabre. De là, ils furent transférés, dans la soirée à l’Esturgat par « Lolo » Mazon. Alcantara et Riffaut rejoignirent ensuite, au Roudié, le « camp » (terminologie des FTPF de l’Aude et d’autres départements pour « cantonnement du maquis « ou pour « maquis »).

Le 23 mai 1944, très tôt le matin, une colonne allemande, évaluée de trois cent à cinq cent hommes selon les divers témoins investit la ferme des Vinsous, tirant ses habitants du lit. Elle avait, auparavant traversé Montjardin. Les Allemands étaient accompagnés de miliciens qui leur servaient de guides. La plupart de ceux-ci étaient originaires de Limoux et des environs. Jacques Delperrié de Bayac (op. cit., 1969, p. 466) les désigna nominalement. Il s’agissait de Léon Julien, Alfred Renoux, Albert Jullian, Maurice Allard, Jean Barrat et Jean Bor. René Bach, un milicien d’origine alsacienne, était aussi présent en qualité d’auxiliaire de la police allemande ; efficace agent de la répression, il servait d’interprète à la Sipo-SD de Carcassonne et se distinguait par sa férocité lors de interrogatoires de résistants était aussi présent. Si Delperrié de Bayac ignorait de quelle unité de la Wehrmacht il s’agissait, nous savons aujourd’hui que les Allemands présents le 23 mai à Chalabre, Montjardin et Limoux était un détachement de la 5e compagnie du 1e bataillon du Landesschützen Regiment der Luftwaffe Lisieux, en garnison à Carcassonne, commandé par le capitaine Nordsten. Une fois la famille Cathala rassemblée, les Allemands et le miliciens fouillèrent les locaux et maltraitèrent les occupants, à la recherche de résistants. Le père de famille, Marius Cathala, fut frappé à coups de nerfs de bœufs, sommé d’indiquer où se trouvaient les hommes qu’ils recherchaient. Ne trouvant personne et n’obtenant aucune réponse, il exigèrent alors que le fils aîné, Augustin, les guidât vers le cantonnement du maquis, le Roudié.

Guidés par Augustin Cathala, les Allemands et les miliciens évitèrent la traverse qui leur aurait permis d’arriver à improviste au Roudié. Cathala leur fit emprunter un chemin carrossable, plus long, afin que la colonne fût visible depuis le Roudié. De plus, il cria afin d’attirer l’attention des maquisards. En effet, dès qu’ils l’aperçurent, les maquisards levèrent précipitamment le camp. S’étant réfugiés par petits groupes dans les bois environnants, ils purent observer la scène, entendre le bruit des armes, les explosions de grenades, les cris proférés par les assaillants.

Cathala fut sauvagement torturé. Ses membres furent sectionnés à la hache. Il fut achevé d’un coup de feu dans le dos. Son corps fut arrosé d’essence puis enflammé. La ferme, à son tour, prit feu vers 10 heures 30. Le corps brûlé et calciné d’Augustin Cathala fut retrouvé par les gendarmes au rez-de-chaussée de la ferme.

Le lendemain, ses restes furent mis dans un cercueil et transportés à la mairie de Montjardin. Le 25 mai, il fut inhumé au cimetière de la commune en présence d’une nombreuse assistance. La nouvelle de sa mort et de son sacrifice fut bientôt connu jusqu’à Limoux. Le maquis « Vincent-Faïta » quitta la commune de Montjardin et de replia dans les environs de Courtauly où il resta jusqu’à la fin du mois de juillet, où après les drames de Lairière et de Courtauly (26 et 27 juillet) — Voir Alcantara Joseph, Riffaut André, Helmut Thomas — il gagna Salvezines, dans les Pyrénées audoises, où le second des trois maquis audois des FTPF, « Jean-Robert », avait établi son cantonnement.

Alfred Renoux fut le seul des miliciens présent lors des tortures (y ayant peut-être participé) et de l’assassinat de Cathala qui ait été fusillé, le 9 septembre 1944, après la Libération de l’Aude.

Une stèle fut érigée en 1947 par l’Association nationale des FTPF, à l’entrée du village de Montjardin, au bord de la RD 620 reliant Chalabre à Limoux. Elle porte l’inscription suivante : « Association nationale des FTPF. Auguste Cathala mort glorieusement pour la France. Assassiné par les hordes nazies le 23 mai 1944 à la ferme du Roudié ». L’odonymie rappelle le souvenir d’Augustin Cathala. Il existe une avenue Auguste-Cathala à Chalabre (Aude). Le 17 septembre 1976 le conseil municipal de Limoux décida de donner le nom d’Auguste Cathala à une rue d’un nouveau lotissement de la ville.

Son dossier personnel au SHD (AVCC) de Caen l’a classé « victime civile ». Les FTPF qu’il a sauvés par son sacrifice l’ont revendiqué comme l’un des leurs. La famille Cathala, d’abord ses parents puis ses frères et soeurs ont entériné cette interprétation. Si lors de l’installation du maquis « Faïta » dans la ferme du Roudier, Augustin Cathala rendait visite à ses combattants et, comme sa famille, les aidait occasionnellement, il est douteux, toutefois, qu’il ait fait partie de leur effectif réel.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article205821, notice CATHALA Augustin, François, prénommé communément « Auguste » par André Balent, version mise en ligne le 18 août 2018, dernière modification le 15 janvier 2022.

Par André Balent

Auguste (Augustin) Catahla (1925-1944)
Auguste (Augustin) Catahla (1925-1944)
Recadrage : André Balent, d’après Allaux, op.cit, 1986, p.111.

SOURCES : Arch. com. de Labastide-sur-l’Hers, état civil, acte de naissance d’Augustin Cathala. — Julien Allaux, La 2e Guerre mondiale dans l’Aude, Épinal, Le Sapin d’or, 1986, 254 p. [p. 158]. — Jacques Delperrié de Bayac, Histoire de la Milice : 1918-1945, Paris, Fayard, 1994, 684 p. [pp. 466-467]. — Narcisse Falguera (dir.), Guerrilleros en terre de France. Les Républicains espagnols dans la Résistance française, préface de Léo Figuères, Pantin, Le Temps des cerises, 2004, 316 p. [pp. 156-157]. — Serge Fournié, « Maquis du Kercorb », site chalabremetaitconte.pagesperso-orange.fr, consulté le 11 août 2018. — Gérard Jean, « Chronique », in : site limoux.pagesperso.fr, consulté le 17 août 2018. — Lucien Maury, La Résistance audoise (1940-1944) , tome II, Carcassonne, Comité de l’histoire de la Résistance audoise, Carcassonne, 1980, 441 p. [pp. 1512-154, p. 393]. — Jacky Sarda, « Montjardin. Auguste Cathala s’est sacrifié pour sauver son père, ses amis et sa patrie », La Dépêche, Aude, 26 mai 2012. — L’Indépendant, rubrique de Montjardin, 23 mai 2018. — Site MemorialGenWeb consulté le 17 août 2018. — Site maquisftp-jean robert-faita.org consulté le 9 août 2018 — Site chalabre.blogs.lindependant.com 25 mai 2018, 6 juin 2018, consulté le 18 août 2018.

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