MARCUSE Herbert

Par Jacques Droz

Né le 19 juillet 1895 à Berlin, mort le 29 juillet 1979 à Starnberg (Bavière) ; philosophe proche de l’école de Francfort, théoricien de la société répressive.

Né dans une famille de juifs assimilés, Herbert Marcuse entra en 1917 au SPD et fit partie du conseil des ouvriers et soldats de Berlin. Il quitta bientôt le SPD pour pouvoir poursuivre ses études de philosophie à Berlin, puis à Fribourg, sous Husserl et Heidegger, auprès de qui il soutint sa thèse sur L’Ontologie de Hegel. C’est peu après que, s’étant brouillé avec son patron, il entra en rapport avec l’école de Francfort et écrivit dans la Zeitschrift für Sozialforschung, tout en collaborant à des revues socialistes comme Die Gesellschaft de Hilferding. En 1933, il émigra à Genève, puis à Paris où il prit contact avec Adomo et Horkheimer, puis aux États-Unis où il participa aux Études sur l’Autorité. Mais au début des années quarante, ses liens avec l’école se relâchèrent, surtout lorsqu’il eut fait paraître à Londres, en 1941, son ouvrage Raison et Révolution. Après la guerre, il choisit de rester aux États-Unis, d’abord au Département d’État, puis comme professeur aux Univer­sités de Columbia, Harvard et Boston. Entre temps, il s’était intéressé à l’évolution de la politique en URSS dont il montra que, tournée exclusivement vers l’acccroissement de la production, son économie ne différait pas essentiellement de celle des pays occidentaux. En 1955, il publia son livre Eros et la Civilisation où, se refusant à réduire la psychanalyse en un simple auxiliaire de l’ordre social existant, il soutint que la société industrielle avancée n’était pas adaptée aux besoins psychiques de l’homme. En 1964, dans L’Homme unidimensionnel, qui devait fonder sa célébrité, il démontrait que les régimes qui dominaient le monde, capitalistes ou soviétiques, étaient fondés, sous le signe de la science et de la technique, sur l’asservissement des peuples par une classe dominante technocratique, camouflée en un capitalisme bureaucratique ou un pseudo-socialisme hiérarchisé ; que, sous cette domination, l’existence humaine était dépouillée de sa bidimensionalité, donc de toute possibi­lité du sujet d’agir sur l’objet ; que dans une société d’abondance, elle était soumise aux mêmes problèmes d’aliénation que dans les sociétés de pénurie ; qu’une sorte de « tolérance répressive », pièce maîtresse de la pensée libérale, maintenait une fiction désarmante pour l’opposition et, par le fait d’une « violence invisible », un consensus intériorisé à l’establishment. Marcuse ajoutait que la conscience de classe, agent historique de la révolution, ne se trouvait plus dans le prolétariat, ma­nipulé et intégré dans la société industrielle, mais chez ceux qui vivaient en marge de cette société, les Noirs américains et les minorités nationales, les artistes et les intellectuels, et surtout les étudiants, appelés à la violence, droit imprescriptible de tous les opprimés. La route vers la société non répressive ne passait pas, selon Mar­cuse, par la seule croissance économique ; elle exigeait l’élaboration d’une « nou­velle sensibilité », inspirée par la lecture de Feuerbach et du jeune Marx et qui faisait de la libération de la nature humaine elle-même le but essentiel de l’activité révolutionnaire.
C’est en défendant ces idées à l’Université de San Diego en Californie que Marcuse, devenu le principal représentant de la Nouvelle gauche américaine, acquit une audience considérable auprès du monde des étudiants, en particulier à l’Université de Berlin-Ouest, à laquelle il rendit visite en 1967 et dont deux des principaux leaders, Rudi Dutschke et Daniel Cohn-Bendit furent ses auditeurs.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216460, notice MARCUSE Herbert par Jacques Droz, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 23 avril 2020.

Par Jacques Droz

SOURCES : P. Masset, La pensée de Herbert Marcuse, Toulouse, 1969. —A. Vergez, Mar­cuse, Paris, 1970. — J.M. Palmier, Herbert Marcuse et la Nouvelle gauche, Paris, 1973. — A J. Cohen, Marcuse. Le scénario freudo-marxien, Paris, 1974. — M. Jay, L’imagination dialec­tique, l’école de Francfort 1923-1950 (trad. de l’amér.), Paris, 1989. — Rœder et Strauss, op. cit.

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