PISCATOR Erwin

Par Serge Cosseron

Né le 17 décembre 1893 à Wetzlar, mort le 30 mars 1966 à Starnberg ; régisseur de théâtre d’orientation révolutionnaire.

Issu d’une lignée de pasteurs protestants que seul son père avait interrompue en devenant marchand, Erwin Piscator vit ses études d’histoire de l’art arrêtées par la guerre. Bien que réformé il fut envoyé à Ypres où, dégoûté par la guerre, il décida d’entrer au théâtre des armées. Il se joignit alors aux expressionnistes et aux dadaïstes et se plongea dans l’activité politique et culturelle. Dès la paix revenue, afin de faire du théâtre un lieu d’agitation et de sensibilisation politique, il fonda en compagnie d’Hermann Schüler le Théâtre prolétarien, indépendant des partis de gauche et fonctionnant grâce aux adhésions des sympathisants de mai 1919 à 1921. Voyant dans le théâtre une arme politique, il se heurta à la conception traditionnelle du mouvement ouvrier en la matière, qui consistait à offrir à bas prix au prolétariat la culture classique, tel que le pratiquait avec succès la Volksbühne depuis 1890. Grâce à l’aide d’un mécène, il put acquérir un théâtre à Berlin, le Piscator-Theater, qu’il reconstruisit en compagnie de Walter Gropius, en installant un espace scéni­que multiple. Après un succès retentissant avec « Hop là, nous vivons » de Ernst Toller, le public berlinois le délaissa. En 1928, inquiet de la dégradation de la si­tuation politique, il accepta une proposition de travail en Union soviétique où il se consacra au cinéma. Revenu au théâtre, il projeta de mettre sur pied un Théâtre ré­volutionnaire dans la République des Allemands de la Volga à Pokrovski (auj. En­gels). Envoyé par le Komintem au congrès mondial pour la paix, il décida de ne pas retourner en Union soviétique. Invité en Espagne, il vécut d’abord à Paris, puis s’installa à New York en 1939 après son mariage avec Maria Ley, une riche dan­seuse viennoise. Professeur d’art dramatique à la New School for Social Research, il eut pour élèves Marion Brando, Tony Curtis, Judith Marina. Menacé par les en­quêtes du sénateur Mac Carthy, il retourna en Allemagne en octobre 1951 où il poursuivit sa carrière de metteur en scène jusqu’à sa mort, passant du théâtre « épi­que » au théâtre-documentaire avec Rolf Hochhuth et en adaptant Genet et Sartre.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216514, notice PISCATOR Erwin par Serge Cosseron, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 12 mai 2020.

Par Serge Cosseron

ŒUVRE : Das politische Theater, 1929 (trad. franç., 1962). — Schriften, 2 vol., 1968. — Auf­sätze, Reden, Gespräche, 1968. — Theater der Auseinandersetzung. Ausgewählte Schriften und Reden, 1977. — Theater, Film, Politik. Ausgewählte Schriften, 1980. — Briefe aus Deutschland 1951-1966, éd. par H. Marx, 1983. — Das ABC des Theaters, 1984.

SOURCES : Maria Piscator et J.M. Palmier, Piscator et le théâtre politique, Paris, 1983. — H. Braulich, Die Volksbühne. Theater und Politik in der deutschen Volksbühnenbewegung, Berlin-Est, 1976.

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