DENIS Liliane, Victoire, Gastone

Par Alain Dalançon

Née le 30 janvier 1934 à Avion (Pas-de-Calais) ; professeure d’histoire-géographie ; militante communiste ; militante syndicaliste du SNES, secrétaire adjointe (1972-1978), puis secrétaire générale (1978-1994) de la section académique de Lille, suppléante (1981-1983) puis titulaire (1983-1994) du bureau national.

Congrès SNES 1970
Congrès SNES 1970
derrière elle, M-J Moeglin (Coll. IRHSES)

Liliane Denis fut élevée avec sa sœur et son frère cadets dans une famille ouvrière du Pas-de-Calais engagée depuis plusieurs générations dans le militantisme ouvrier. Son arrière-grand-père avait été militant du Parti ouvrier français de Jules Guesde, son grand-père maternel, de la CGT, son grand-père paternel, de la CGTU. Son père, mineur, militant communiste et responsable local de la CGT après la Libération, fut licencié des Charbonnages en 1948 pour fait de grève et devint ouvrier communal à Avion, dans cette cité ouvrière où le Parti communiste français était puissant. Sa mère était adhérente de l’Union des femmes françaises sans être membre du PCF. Suivant la tradition ouvrière du Nord, Liliane Denis fut baptisée et fit sa communion solennelle.

Après l’école laïque communale, reçue au concours des bourses, Liliane Denis entra en 1946 en classe de 6e au collège de jeunes filles de Béthune (Pas-de-Calais), où elle fit ses études secondaires comme interne et obtint le baccalauréat série philosophie en 1952. Elle entra ensuite en hypokhâgne au lycée Faidherbe de Lille, prépara le concours d’entrée à l’École normale supérieure de jeunes filles de Fontenay-aux-Roses, auquel elle fut admissible la seconde année, tout en commençant à préparer à la Faculté des Lettres de Lille une licence d’histoire-géographie (mention géographie) qu’elle termina en 1956. L’année suivante, elle obtint un diplôme d’études supérieures en histoire contemporaine, dont le mémoire principal portait sur le mouvement ouvrier en 1936 dans le pays minier lensois sous la direction de Jean-Baptiste Duroselle et se mit à préparer l’agrégation et le certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement de second degré. Reçue au CAPES en 1959, elle effectua son stage au centre pédagogique régional de Lille et fut nommée professeur certifiée d’histoire-géographie au lycée de Liévin (Pas-de-Calais) à la rentrée scolaire 1960, où elle demeura jusqu’en 1973. Elle obtint ensuite sa mutation pour sa ville natale, au collège-centre d’Avion (1974-1986), et termina sa carrière au lycée Picasso en 1994, au grade de professeur certifié hors classe.

Militante depuis sa jeunesse, comme son frère et sa sœur, Liliane Denis adhéra au PCF en 1954 en classe préparatoire, participa au congrès constitutif de l’Union des étudiants communistes en 1956, milita à la « corpo » des lettres de l’Association générale de l’Union nationale des étudiants de France, et fut secrétaire du cercle des étudiants en histoire jusqu’en 1959. Elle fut membre du comité et parfois du bureau de la section communiste d’Avion depuis 1957. Elle fit partie du comité de la fédération communiste du Pas-de-Calais de 1971 à 2005. Elle participa à l’école centrale d’un mois du PCF en 1971 et fut élue conseillère municipale d’Avion en 1965. En outre, elle était la trésorière départementale des échanges franco-allemands.

Mais durant son activité professionnelle, son militantisme fut principalement syndical. Syndiquée dès l’année de CPR au Syndicat national de l’enseignement secondaire, secrétaire de la section (S1) du lycée de Liévin dès sa première année d’enseignement en 1960, Liliane Denis fut tout de suite remarquée par les responsables départementaux René Bacquaert puis académiques (Marie-Joseph Moeglin, Fernand Matton et surtout Cyprien Bocquet) qui lui apprirent les bases d’un syndicalisme de terrain auquel elle resta toujours fidèle.

Elle entra dès 1961 à la commission administrative de la section du Pas-de-Calais de la Fédération de l’éducation nationale, en fut secrétaire adjointe pendant quelques années, demeura à la CA jusqu’à la scission de la FEN en 1992. Elle y combattit la majorité fédérale bien implantée, en raison de son influence dans le Syndicat national des instituteurs. Elle fut secrétaire de la section départementale (S2) du SNES au début des années 1970. Elle fut élue la plus jeune membre de la CA de la section SNES (S3) de l’académie de Lille en 1963, où elle commença à travailler dans la commission pédagogique animée par Moeglin ; elle y demeura jusqu’en 1994, puis y revenir en tant que retraitée de 1998 à 2004.

En 1972, Liliane Denis fut élue secrétaire académique adjointe au côté d’André Dubus, secrétaire général, qu’elle suppléa de plus en plus souvent dans ses fonctions, de sorte qu’elle devint co-secrétaire générale à partir de 1978 et seule secrétaire générale à partir de 1981, quand Dubus abandonna cette responsabilité. Elle le demeura jusqu’en 1993, ayant longtemps pour adjointe Jacqueline Rigaut, avec laquelle elle entretenait une solide amitié. Elle était également membre de la CA nationale, suppléante à partir de 1973 puis titulaire à partir de 1979 jusqu’en 1994 et membre du bureau national, suppléante de 1981 à 1983 puis titulaire de 1983 à 1993.

Entourée d’une équipe de militant(e)s, dont le seul critère de choix était le travail, la compétence et le dévouement, Liliane Denis forma des générations successives de syndicalistes dans son académie. Bien que le courant « Unité et Action » ait été largement majoritaire dans le S3, elle maintint la tradition de la liste académique d’union, dont elle avait été une des initiatrices avec ses prédécesseurs au secrétariat académique. Douée d’une grande énergie, inflexible dans la défense des principes, aussi bien de la démocratie syndicale que de la défense des revendications, elle ne craignait jamais de prendre des positions allant à l’encontre des modes ou de la majorité de son propre courant. Ainsi elle fut très critique à l’égard de la stratégie du SNES au début des années 1980, qui lui apparaissait conduire à des abandons revendicatifs et à la mise en cause du syndicalisme lui-même. Lors du congrès de 1983, elle fut une des rares à soutenir ce point de vue, défendu également par André Dellinger qui quitta alors la direction nationale. Néanmoins, cette liberté de parole qu’elle revendiquait pour elle-même et pour les autres ne la conduisit pas à la rupture, et elle appliqua toujours de manière disciplinée les décisions adoptées dans les CA nationales ou les congrès après les débats, dans lesquels son S3 apportait toujours des contributions sur toutes les questions, fruits d’un travail qu’elle souhaitait approfondi et indépendant. Détestant les grands discours et les honneurs, elle fut une figure du syndicalisme enseignant dans l’académie de Lille et au plan national durant une trentaine d’années.

Après sa prise de retraite, Liliane Denis milita un peu plus au Parti communiste dans une fédération qui était très critique à l’égard de l’orientation suivie sous la direction de Robert Hue puis de Marie-George Buffet. En 2005, elle milita beaucoup contre l’adoption de la Constitution européenne. En 2006, elle quitta la direction départementale du PCF tout en continuant de s’occuper du bulletin de la fédération et de militer au Secours populaire. En novembre 2012, avant le 36e congrès du PCF, elle signa l’appel "Unir les communistes pour un PCF de combat, marxiste, populaire et rassembleur".

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article22274, notice DENIS Liliane, Victoire, Gastone par Alain Dalançon, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 31 décembre 2018.

Par Alain Dalançon

Congrès SNES 1970
Congrès SNES 1970
derrière elle, M-J Moeglin (Coll. IRHSES)
Congrès SNES 1976
Congrès SNES 1976
Congrès SNES 1985
Congrès SNES 1985
(Coll. IRHSES)

SOURCES : Arch. IRHSES (S3 de Lille, CA, congrès, L’Université syndicaliste). — Arch. comité national du PCF. — Notes de Jacques Girault. — Interviews de l’intéressée par l’auteur à Lille en mai 2005 et janvier 2006. — Témoignages oraux. — Liberté 62 (mars 2006).

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