GALAU Louis [Dictionnaire des anarchistes]

Par Dominique Petit

Né le 8 août 1840 à Mouzieys-Panens (Tarn) ; mort le 31 janvier 1924 à Paris (XVIIIeme arr.) ; charron ; anarchiste de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis)

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

En 1892, Louis Galau et son fils Charles assistaient aux réunions du Groupe International qui avaient lieu tous les dimanches après-midi à la salle Horel, rue Aumaire.
Louis Galau et son fils avaient été un instant compromis dans l’affaire des explosions. Ils étaient très liés avec le jeune Simon, dit Biscuit, Gustave Mathieu (dont ils avaient les meubles chez eux), et ils avaient connu Ravachol.
Le préfet de police, recevait le 21 avril 1892 de MM. Anquetil, Doppler et Atthalin, juges d’instruction du parquet de la Seine, un nombre assez considérable de mandats d’arrestations. Ils comprenaient le nom d’une cinquantaine d’anarchistes, réputés les plus dangereux. Les mandats d’amener étaient basés sur l’inculpation de participation une une association de malfaiteurs.
Le 22 avril 1892, il avait été avec son fils Charles l’objet d’une perquisition infructueuse. Il resta en prison pendant 14 jours puis fut relâché.
Fin février 1893, Louis Galau qui demeurait 24 rue Pierre à Saint Ouen avait été l’objet d’une perquisition et d’une arrestation pour "association de malfaiteurs".
Le 30 mai 1893, en vertu d’instructions données par M. Atthalin, M. Touny, commissaire aux délégations judiciaires, accompagné de M. Fédée, officier de paix des recherches et de 18 agents, s’étaient transporté à SaintOuen. Il s’agissait de perquisitions à opérer chez Galau, forgeron-charron, 24, rue Pierre, où l’on supposait que se trouvaient cachés des engins explosifs. Galau père était très connu pour ses opinions anarchistes, il avait plusieurs fois donne l’hospitalité à des compagnons recherchés, et c’était chez lui qu’avait été arrêté l’anarchiste Blanc, compromis dans l’affaire Vinchon. A sept heures, lorsque M. Touny s’était présenté, il était absent, étant parti conduire un de ses enfants à l’hôpital et les agents avaient pu opérer tout à leur aise, sans « apostrophe additionnelle. » Les opérations conduites par MM. Touny et Fédée n’avaient pas amené grand résultat, la police allait même se retirer, après des recherches infructueuses d’engins, lorsque dans la cour de la petite maison occupée tout entière par le forgeron anarchiste, le commissaire avisa un immense tas de mâchefer sous lequel pouvaient parfaitement se trouver quelques objets délictueux. On fouilla de fond en comble le mâchefer, et effectivement les agents rencontrèrent bientôt un seau plein de papier soigneusement ficelé, c’était la correspondance du compagnon, le livret d’ouvrier de son fils et diverses autres pièces, mais d’engin pas de trace ; seuls quelques tubes, des fragments de caoutchouc avaient été saisis. Tout cela était enfoui soigneusement sous plus de trois mètres de mâchefer.
Louis Galau publia dans la presse un communiqué pour dénoncer cette perquisition :
« St-Ouen, 31 mai 1893.
Monsieur le Rédacteur du Journal la Cocarde,
Plusieurs journaux du matin annoncent qu’une perquisition a été faite chez moi ; le fait est exact. Le matin à huit heures, pendant que ma compagne et moi conduisions à l’hôpital l’un de mes fils, malade depuis deux mois, M. Fédée et ses agents fouillaient et bouleversaient tout chez moi. Ils enlevaient douze serviettes neuves et une nappe — prétendant que ce linge avait dû être volé — un anarchiste ne pouvant avoir du linge neuf. Ils enlevaient aussi quelques vieux vêtements qui ne leur paraissaient pas être des vêtements d’ouvriers comme nous ; un seau dans lequel, à défaut de coffre-fort, ma compagne avait fourré des affiches du Père Peinard, des journaux et quelques papiers de famille, et qu’elle avait caché sous un tas de mâchefer, par crainte des voleurs. Voilà le butin que M. Fédée a rapporté à M. Atthalin. Ce que la police cherchait probablement dans cette perquisition — c’est le linge ensanglanté de Foret condamné à mort, sa chemise qu’il m’a envoyée du Dépôt où les traces des coups de sabre qu’il a reçus au poste sont évidents — elle voulait faire disparaître les pièces à conviction. Foret, traîné au poste par les commerçants qui l’avaient arrêté, ne voulant pas dire son nom, fut attaché les mains derrière le dos et frappé atrocement par les agents, à coups de poings et à coups de sabre pendant que l’un d’eux le tenait par les parties sexuelles. Il a raconté ces faits au tribunal qui n’en a tenu compte. Quoi détonnant, Monsieur le Rédacteur, que lorsque de pareils procédés ne soulèvent aucune protestation, ni dans le Parlement, ni dans la presse, parce qu’il s’agit d’anarchistes ou de voleurs, les agents brutalisent de temps en temps des députés et des journalistes ? Pourquoi, puisqu’il existe une justice immanente, d’après vous, la société bourgeoise qui tolère de pareils forfaits, si ce n’est les coupables, n’en subirait-elle pas un jour la punition ? Je me propose d’aller voir M. Atthalin pour lui réclamer les objets qui m’ont été enlevés et je m’occupe de retrouver la bonne et respectable Mme Lance, rue des Dames, qui m’a donné pour mes enfants (j’en ai sept) les vieux vêtements saisis, ainsi que notre marchand de café qui, à titre de prime, nous a donné les serviettes et la nappe. Convenez, Monsieur le Rédacteur, que la persécution s’accentue contre les anarchistes. Heureusement qu’ils ont la vie dure.
Galau père, 24, rue Pierre, Saint-Ouen. »
Le 1er juin 1893, il était arrêté.
A la suite du procès Foret où son fils Charles était compromis, Louis Galau fit publier dans la presse un communiqué démentant qu’il soit en fuite :
« Monsieur le rédacteur,
Bien qu’il ait été question de mon fils, encore mineur ; dans le procès, ni lui ni moi n’avons été appelés devant aucun magistrat ni assignés pour, le procès, ni poursuivis. Le soir de cette triste affaire, revenant d’une réunion de Saint-Denis et passant rue Pierre,où je demeure, il entendit des coups de feu, il s’approcha et alors l’un des témoins, M. Bouch, qui le connaissait, lui dit : « Ote-toi de là sans cela tu vas être blessé. »
Personne ne chercha à l’arrêter et mon fils rentra chez moi. Il n’est pas en fuite et se serait présenté s’il avait été assigné ; il travaille et gagne sa vie de son mieux. Veuillez, monsieur le rédacteur en chef, en publiant ma lettre, présenter cette affaire dans son jour réel.
Galau père, 24 rue Pierre (Saint-Ouen) »
Le 25 juin 1893, avec Vauzelle et Etiévant, il fut l’organisateur d’un meeting tenu à Saint Ouen pour protester contre la condamnation à mort de Foret.
Le 18 août 1893, lors des élections, une bagarre se produisit à Neuilly, chez Maurice Barrés, candidat révisionniste dans cette circonscription. Les militants arrêtés étaient des anarchistes. Trois d’entre eux étaient candidats aux élections législatives : Jules Rousset, âgé de vingt-six ans, candidat anarchiste dans la 1ère circonscription du 17e arrondissement ; Louis Galau, candidat anarchiste dans le canton de Neuilly-Boulogne ; Bastard, âgé de vingt-deux ans, déjà arrêté lors de l’explosion de la caserne Lobau, candidat anarchiste dans la 2e circonscription de Saint-Denis ; Alfred Grandidier, dix-huit ans, anarchiste, demeurant à Saint-Denis ; Gaston Galau, quatorze ans, anarchiste, fils du candidat de la circonscription de Neuilly-Boulogne. Bastard et Rousset se présentèrent les premiers au domicile de M. Maurice Barrés, 23 ter, boulevard d’Argenson et demandèrent à parler au candidat. Ils étaient suivis de près par le reste du groupe, qui était chargé de coller des affiches anarchistes dans la localité, et se mit en devoir d’en apposer contre le mur de la maison de M. Barrés. Le secrétaire et la bonne de celui-ci ayant voulu s’y opposer, une violente dispute s’en suivit, et la bonne eut la main traversée par un instrument pointu que l’on soupçonna être un couteau, mais personne n’a vu l’arme, pas même la blessée. Les autres anarchistes se précipitèrent alors sur M.Fleury, secrétaire de M. Barrés, et le frappèrent avec leurs pinceaux à colle, qui sont garnis d’une forte armature de fer, lui faisant une blessure à la tempe. M. Sylvain, conseiller municipal de Boulogne, qui, à ce moment, se trouvait chez M. Barrés, accourut aux cris des blessés. Les assaillants, tournant alors leur fureur sur lui, le blessèrent également à la tête. Les voisins purent se rendre maîtres des agresseurs qui furent conduits au commissariat de police de Neuilly. Interrogés par le commissaire de police, M. Turpin, Bastard et Rousset déclarèrent que, se trouvant offensés par une affiche de M. Barrés, ils étaient venus pour lui demander une réparation par les armes, et avaient prétendu que, s’ils avaient frappé, c’est qu’ils avaient été provoqués. Tous furent conduits au Dépôt et mis à la disposition du juge d’instruction, chargé de cette affaire. Devant le tribunal correctionnel, Bastard et Roussel furent condamnés à 50 francs d’amende.
Galau, interviewé par Le Journal des débats donna son point de vue : « Je proteste énergiquement contre mon arrestation, qui est illégale, ainsi que contre celle de mon fils mineur. Je suis candidat aux élections de demain : me maintenir en état d’arrestation, c’est me porter un préjudice immense ; je de mande donc à être mis en liberté provisoire. » Comme il était répondu négativement à sa demande, Galau, répondit : « Vous êtes témoin, Monsieur ; je compte que vous donnerez acte dans votre journal du refus qui est opposé à ma juste demande. Le peuple jugera. » On avait saisi sur les anarchistes un grand nombre d’affiches, « Le Père Peinard au Populo », signée vu le candidat pour la forme : L. Galau, maître-charron, 24, rue Pierre, à Saint-Ouen, et une autre commençant par ces mots : « Plus veinards que les moutons qui se rendent à l’abattoir sans savoir qui les mangera, vous êtes invités à choisir vous-mêmes la collection de cambrioleurs qui disposeront de votre vie, de votre liberté et de la richesse sociale. » Cette dernière, qui n’était pas signée, ne portait pas de nom d’imprimeur.
Louis Galau figurait sur l’état des anarchistes au 26 décembre 1893.
Le 1er mars 1894, en même temps que 26 autres anarchistes, Louis Galau était arrêté à son domicile, pour association de malfaiteurs. Le 6 juin 1894, le juge Meyer rendit une ordonnance de non lieu et il fut probablement libéré. Selon La France de Bordeaux et du Sud-Ouest cela aurait correspondu à 101 jours de prison mais plus probablement à 92 jours. Son dossier à la Préfecture de police portait le n°321.954
Le 1er juillet 1894, Jules Galau, sa fille, son gendre et son fils, âgé de quatorze ans étaient arrêtés. Sa fille ne fut retenue que 4 heures mais le père et le fils firent 10 jours de prison.
Le 30 novembre 1894, il avait été arrêté avec trois de ses enfants : Gaston, Justin, Germain Galau, né à Saint-Ouen le 25 février 1880 ; Galau Marguerite, Eléonore, née le 30 décembre 1874 à Nogent-sur-Marne et Maurice, Eugène, Louis Galau, né à Saint-Ouen le 10 mars 1879, accusés d’avoir participé à divers cambriolages et d’être l’un des anciens gérants du Père Peinard (ce qu’il n’avait pas été).
Gaston, le plus jeune, âgé de 14 ans, fut gardé en prison pendant 22 jours, son frère et sa sœur pendant 42 jours. Quant à Louis Galau, il resta en préventive pendant 7 mois.
C’était chez lui, selon la police, que les frères Spannagel avaient transporté un coffre-fort volé chez M. Duhamel à Courbevoie, coffre fort que Galau aurait défoncé et jeté dans la Seine. Lors du procès le 24 juin 1895, neuf accusés dont Galau furent acquittés, Spannagel fut condamné aux travaux forcés à perpétuité.
Louis et deux de ses enfants, Marguerite et Gaston, Galau figuraient sur l’état des anarchistes au 31 décembre 1894.
Selon le décompte de La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, Louis Galau avait effectué 335 jours de prison préventive, sans avoir jamais été condamné.
Gaston Galau était à Londres en 1896 et demeurait 27 Stanhope Street.
Maurice Galau habitait la même ville en 1896, 34 Seaton Street. Quant à Marguerite Galau, son cas est plus complexe : signalée à Londres en novembre 1893, où elle rejoignait son frère Charles et son compagnon Boitel, elle était signalée présente en France en 1896 et 1901.
Louis Galau et sa fille Marguerite étaient sur l’état récapitulatif des anarchistes au 31 décembre 1896 et sur celui de 1901.
Le Père Peinard avait annoncé le décès le 10 février 1897, de l’un de ses fils Maurice, Eugène, Léon (ou Louis ?) Galau, âgé de 17 ans. D’après le Père Peinard, « Il avait pris part à plusieurs manifestations, avait été arrêté à diverses reprises, et c’est des suites des coups que lui administra la police qu’il est mort. » Son enterrement à Saint-Ouen, fut suivi par une soixantaine de compagnons.
En juin1897, à la mort de Chauveau, Louis Galau avait pris sa relève en accueillant la petite fille âgée de 9 ans et la compagne du militant Henri Louis Decamps qui purgeait une peine de cinq années de prison suite à la manifestation du 1er mai 1891 et des incidents de Clichy.
Le 1er mai 1906, il fut arrêté après avoir apostrophé des soldats qui gardaient un dépôt de voitures de la compagnie L’Urbaine et avait été poursuivi le 22 pour "propagande antimilitariste et outrages" à des officiers et avait été condamné à 3 mois de prison et 100 francs d’amende. Le 15 juillet suivant, au lendemain de sa libération, il participait à la ballade champêtre et en bateau jusqu’à Medan et qui avait réuni environ 300 compagnons de Saint Denis, Saint Ouen, Asnières et Nanterre
Le 10 août 1912, il fit paraître cette petite annonce dans le Libertaire : « Le camarade Louis Galau demande l’adresse de ses deux fils, lesquels se trouvent actuellement dans l’Amérique du Nord. Le camarade Grenier, qui était venu pour me voir, connaît cette adresse. Je lui serai obligé de me la transmettre au Libertaire »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article227880, notice GALAU Louis [Dictionnaire des anarchistes] par Dominique Petit, version mise en ligne le 18 mai 2020, dernière modification le 19 mai 2020.

Par Dominique Petit

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York
Fiche photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

SOURCES :
Le Libertaire n°87, 9-15 juillet 1897, 20 et 27 mai, 29 juillet 1906 — Le Père Peinard 2ème quinzaine de décembre 1894 (série Londonienne), 21 février et 18 juillet 1897 — Archives de la Préfecture de police Ba 77, 1500 — Archives nationales F7/12723 — Notice Louis Galau du Dictionnaire des militants anarchistes — L’Evénement 25 avril 1892 — Le Matin 23 avril 1892 — Paris 31 mai 1893 — L’Intransigeant 31 mai 1893 et 4 juillet 1894 — La Cocarde 1er juin 1893 — Le Journal des débats 19 août 1893 — La Croix 2 mars 1894 — Journal des débats 7 juin 1894 — La France de Bordeaux et du Sud-Ouest 5 juillet 1895 — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine — Anarchismes et anarchistes en France et en Grande-Bretagne, 1880-1914 : Échanges, représentations, transferts par C. Bantman. Thèse 24 mars 2007.

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