MULLER Luc, René

Par Gérard Réquigny

Né le 4 décembre 1949 à Moyeuvre-Grande (Moselle), mort le 11 juillet 2021 à Bobigny (Seine-Saint-Denis) ; professeur ; militant syndicaliste du SNES-FEN puis SNES-FSU, secrétaire national administratif (1989-2011) ; militant communiste en Seine-Saint-Denis.

Luc Muller
Luc Muller
Au premier plan, assis sur le rebord de la table. UEC, centenaire de la Commune (1971)

Fils de Thomas, Lucien Muller et de Renée, Marie Sauvage, Luc Muller était le deuxième enfant, et premier garçon, d’une fratrie de cinq. Son père était instituteur puis directeur d’école. Gaulliste, catholique pratiquant, il fit baptiser ses enfants et éleva son fils aîné dans un cadre rigoriste, lui inculquant des valeurs morales fortes.

Luc Muller commença son parcours scolaire à l’école communale de Moyeuvre-Grande puis à l’école primaire de Guerting (Moselle). Il effectua ses études secondaires à Metz (Moselle), au lycée Fabert puis au lycée Robert Schuman. Son village étant éloigné de tout lycée, il dut entrer en internat dès la 6e. Il se déplaçait encore avec des béquilles, après avoir été renversé par un chauffard, accident qui lui laissa de graves séquelles. Il obtint son baccalauréat en 1967. C’est cette même année qu’il donna son adhésion au Parti communiste français (PCF).

Il poursuivit ses études à la faculté des lettres de Strasbourg (Bas-Rhin) et, en même temps, fut en 1968, secrétaire de ville de l’Union des étudiants communistes (UEC). Lors de la conférence nationale de l’UEC des 22/23/24 avril 1970 à Ivry-sur-Seine, il devint l’un des 19 membres du bureau national, avec Gérard Molina (secrétaire général), Pierre Zarka (secrétaire général adjoint) et Dominique Vidal (rédacteur en chef du Nouveau Clarté).

En septembre 1970, en raison du refus de sa demande de bourse, il dut travailler. Il entra dans l’Éducation nationale comme maître auxiliaire (MA) de lettres et dès ce moment, il se syndiqua au SNES (Syndicat national des enseignements de second degré).

En 1971, Luc Muller fut envoyé suivre le congrès de l’UEC de Perpignan (Pyrénées-Orientales) . C’est là qu’il rencontra Maïté Pinero (plus tard journaliste à l’Humanité, écrivaine) qui devint sa compagne. Il était le premier lecteur et critique de ses livres et l’appuya dans la période où elle fut correspondante de guerre.

Il obtint sa licence de lettres modernes en 1971 et continua à enseigner comme MA II en Moselle, à Sarreguemines, Forbach, puis au collège Jean-Victor Poncelet de Saint Avold. Ses élèves étaient des enfants de mineurs, d’ouvriers de la carbochimie, ses collègues, des maitres-auxiliaires comme lui, qui connaissaient les affectations multiples, l’angoisse des rentrées dans l’attente d’une nomination et la crainte de plusieurs mois de chômage. Titularisé adjoint d’enseignement, il milita à la section académique du SNES de Nancy-Metz, jusqu’en juin 1981, notamment avec le secrétaire académique, Bernard Flageollet*, devenu secrétaire administratif national. Il était chargé de suivre l’affection des MA durant les premiers mois après la rentrée scolaire. À l’époque, il n’existait pas de commission paritaire compétente pour l’affectation des MA. Ces derniers étaient utilisés au gré des besoins comme bouche-trous, nommés parfois dans plusieurs établissements distants, pour remplacer des collègues en congé pour différentes raisons.

Après avoir obtenu sa mutation en région parisienne, pour rapprochement de conjoint, Luc Muller arriva en septembre 1981 dans l’académie de Créteil. Adjoint d’enseignement, il enseigna au collège Pasteur de Créteil, puis au collège Debussy à Aulnay-sous-Bois, au collège Arthur Chaussy de Brie-Comte-Robert et, à partir de 1985, au collège Aimé et Eugénie Cotton au Blanc-Mesnil, où il resta jusqu’à la fin de sa carrière. Accueilli par le secrétaire académique, Michel Robert*, il trouva aussitôt sa place dans l’équipe de la section (S3) du SNES de Créteil, au secrétariat académique, succédant à Elisabeth Bonnefoy comme responsable des AE-MA. À Nancy-Metz puis à Créteil, il acquit une grande expérience du terrain dans un secteur des plus difficiles touchant les enseignants aux situations les plus précaires. C’est sur la base de ce travail que la direction nationale fit appel à ses capacités.

En 1982, il fut élu commissaire paritaire national suppléant, puis aux élections suivantes, en 1985, commissaire paritaire titulaire. Après le congrès du SNES de 1983, il fut élu à la commission administrative nationale (CA) sur la liste « Unité et Action », secrétaire de la catégorie des AE-MA, succédant à Liliane Turkel*. Il faisait partie de cette nouvelle génération de commissaires paritaires avec Gérard Aschieri*, Henri Carvin*, Andrée Béhotéguy*, Véronique Gensac*, Alain Roze*, Patrick Ancillon*, Danielle Hémery*, Nicole Sergent*… Et c’est comme responsable du secteur emploi qu’il entra au secrétariat national, à trente-quatre ans, alors que Gérard Alaphilippe était secrétaire général.

Très vite, Luc Muller rejoignit Michel Robert, succédant à Flageollet comme secrétaire administratif, qui travaillait sur l’informatisation du SNES : suivi des adhérents, contrôle des commissions paritaires et information des adhérents et collègues sur leur carrière. Il ne connaissait rien à l’informatique mais acquit rapidement la maîtrise de la technique. Il ne voulait pas en faire une affaire de spécialistes et eut toujours le souci de rendre l’outil accessible à tous. En 1986-1987, rejoint par Jean-Jacques Mornettas*, c’est encore avec Michel Robert, qu’il mit en place le service USTEL par minitel pour informer sur la vie syndicale et organiser le suivi des mutations, mieux et plus rapidement que le ministère. Le souci constant de rendre le syndicat utile aux plus précaires fut le fil rouge de son parcours militant syndical. Le minitel était gratuit, largement diffusé et chaque enseignant, même le plus précarisé, le plus isolé, même non syndiqué, pouvait connaître son affectation au soir même de la tenue des commissions paritaires. Il pouvait ainsi faire éventuellement appel, organiser sa vie avant la rentrée. Au congrès de Versailles (1987), il fut corapporteur, avec Gérard Aschieri et Alain Roze, du thème IV : « Pour un véritable mouvement national unifié et équitable », et il présenta une carte nationale des mouvements de mutation, expliqua le fonctionnement d’USTEL. Ainsi le SNES fut pionnier dans l’utilisation de ce nouvel outil pour la défense et l’information des collègues, ce qui compta pour la syndicalisation et le développement des luttes. Puis, le SNES passa à l’utilisation d’internet et à la création du site du syndicat, où là encore le SNES fut pionnier. Unir pour agir et défendre les droits de tous, du maitre-auxiliaire à l’agrégé, tel était le sens de son engagement et, selon lui, le rôle du syndicat.

En 1989, Luc Muller bénéficia des résultats de la lutte syndicale menée essentiellement par la SNES en devenant professeur certifié de lettres modernes. La même année, aux élections à la CA nationale, il succéda à Michel Robert comme secrétaire administratif et resta à cette responsabilité jusqu’à son départ en retraite en 2011. En 1991, en plus de cette responsabilité, il fut élu trésorier adjoint. Il fut également l’un des principaux membres du secteur FTS (fonctionnement, trésorerie, syndicalisation mais aussi informatique avec le minitel et internet) avec Michel Robert, Jean-Jacques Mornettas, Roger Ferrari*, Eugenio Bressan* puis Jérome Chauveheid, sous la direction de Monique Vuaillat, secrétaire générale depuis 1984. Ils avaient envie de créer, d’évoluer et firent passer le syndicat dans l’ère de l’informatique.

Après l’exclusion du SNES et du SNEP de la FEN en 1992, puis la constitution des Comités de liaison unitaires (CLU), il affréta un avion afin que les responsables des CLU puissent être présents aux portes du congrès de la FEN, à Perpignan. Il fut très présent pour la construction de la FSU en 1993. L’équipe de FTS prit toute sa part dans la lutte pour associer pleinement les syndiqué·e·s à la construction de la FSU, puis en apportant l’aide du SNES aux nouveaux syndicats de la jeune fédération, et en participant activement à l’organisation de ses instances et congrès. Dès la création de la FSU, l’organisation des congrès reposa sur lui, dont les compétences et la ténacité étaient unanimement reconnues, par tous les syndicats nationaux et tous les courants de pensée.

Le 18 février 1993, Luc Muller et sa compagne officialisèrent leur vie commune en se mariant civilement à Montreuil et, en 1995, naquit leur fils Christopher.

Luc Muller fut une des chevilles ouvrières de l’organisation de la manifestation pour l’école laïque qui rassembla un million de manifestants le 16 janvier 1994 (une nuit entière en préfecture pour négocier pas à pas le parcours du cortège). Il avait l’intelligence de l’organisation, que ce soit pour la constitution des cortèges ou la visibilité (les drapeaux, les gros ballons, les parapluies aux couleurs du SNES-FSU ou les imper bleus …). Il était devenu un « pro » du service d’ordre, travaillant, pour les manifestations unitaires à la mise en réseau des services d’ordre des différentes organisations. Mais il faisait aussi de la pédagogie dans la manifestation, comme lors du mouvement de 1998 en Seine Saint-Denis : devant des milliers de jeunes collégiens et lycéens, il expliquait, mégaphone à la main, le but des manifestations et comment cela devait se passer. C’est lui aussi qui était, à chaque manifestation, l’interlocuteur des forces de polices pour protéger les cortèges, aplanir les difficultés qui pouvaient surgir et régler les problèmes.

En 2003, lors du Forum social européen qui se tint à Paris, Bobigny, Saint-Denis, Ivry, il joua un rôle actif dans la présence du SNES, équipant par exemple chaque militant d’un K-Way siglé SNES.

Constamment présent pour faire fonctionner le syndicat dans les meilleures conditions, il fut un des artisans de la vente des locaux dispersés du centre de Paris et de l’achat des locaux de la tour Oslo du XIIIe arrondissement, en 2004, ce qui ne se serait pas fait sans sa détermination devant les fortes oppositions internes. Surnommé « Monsieur congrès clef en mains », il organisa une douzaine de congrès du SNES et trouva toujours des réponses pour satisfaire, autant que possible, les besoins et les demandes des S3 pour leur fonctionnement et l’organisation des congrès académiques.

Lorsqu’en 2011 arriva le temps de la retraite, il était le seul militant à avoir assumé la responsabilité de secrétaire administratif aussi longtemps : vingt-deux ans. Son mandat avait été reconduit après chaque congrès car sa rigueur et sa compétence étaient reconnues par tous, quelle que soit la tendance. Après avoir quitté sa responsabilité de secrétaire administratif, il continua à travailler sur des outils pour les nouvelles générations et en particulier élabora une analyse détaillée des élections internes de 1987 à 2009 qui constitue une contribution à l’histoire du SNES et à celle d’Unité et Action. Il avait aussi grandement aidé l’IRHSES à s’équiper et à numériser ses archives avant leur don aux Archives nationales du Monde du Travail.

La vie des militants s’achève parfois sur de l’amertume. Lorsque Luc Muller commença à exprimer ses inquiétudes sur ce qu’il estimait être un changement d’orientation du syndicat, ses craintes d’une perte de combativité et d’ancrage dans la profession, il fut mis à l’écart. Il finit par ne plus renouveler sa cotisation.

Cependant Luc Muller continua à militer politiquement, au « Front de gauche » et à la section du PCF de Montreuil dont il fut membre du comité exécutif, et continua de former des militants. Chaque année, il était présent au montage et à la tenue du stand de Montreuil, à la fête de l’Humanité. Lors des débats internes qui marquèrent le Parti communiste à propos des élections présidentielles, il signa avec sa compagne, Maïté, une contribution fort argumentée pour la conférence nationale, soutenant la présence d’un candidat communiste à l’élection présidentielle de 2022. Il travaillait avec elle dans un groupe de travail qui participait à la préparation des interventions de Fabien Roussel dans la presse, avant même que ce dernier ne soit désigné comme candidat communiste par son parti.

Atteint par un cancer, diagnostiqué tardivement en décembre 2020, il ne put consulter un oncologue pour la première fois, que six mois après, au terme d’un marathon de démarches et de souffrance. Il décéda à l’hôpital Avicenne de Bobigny, quatre jours seulement après y avoir été admis, figurant ainsi parmi les victimes du cancer, soignées trop tard, en raison de la pandémie du Covid, ce qu’avait annoncé le professeur Axel Kahn, avant sa propre mort.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article242850, notice MULLER Luc, René par Gérard Réquigny, version mise en ligne le 1er octobre 2021, dernière modification le 4 octobre 2021.

Par Gérard Réquigny

Luc Muller
Luc Muller
Au premier plan, assis sur le rebord de la table. UEC, centenaire de la Commune (1971)
Commissaire paritaire en 1983
Congrès SNES 2009

SOURCES : Arch. IRHSES (vie du SNES, CA, CAPN). — L’Université syndicaliste. — Renseignements et témoignage de son épouse, Maïté Pinero. — Témoignages de Gérard Aschieri, Jean-Paul Beauquier, Pierre Cardon (SNEP), Alain Dalançon, Robert Hisrch, Jean-Jacques Mornettas, Michel Robert, Monique Vuaillat et Louis Weber.

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