MILLAULT Pierre-André [MILLAULT Pierre, dit Pierre-André ou André]

Par Alain Dalançon

Né le 7 décembre 1820 à Thouars (Deux-Sèvres), mort le 14 décembre 1905 à Sainte-Verge (Deux-Sèvres) ; charron, maréchal-ferrant à Magé (commune de Louzy), « Marianneux » très actif dans les Deux-Sèvres.

Pierre Millault était le fils de Charles Millault, charron à Thouars, place du Boël, et de Perrine Dutour. Il épousa le 3 février 1844 à Louzy, Marie Leblanc, lingère (née à Brion le 2 avril 1825), fille de cultivateurs au village de Magé de cette commune, où il s’installa comme maréchal. Il avait un demi-frère aîné Henry [Henri], né le mars 1806 à Thouars, également charron-maréchal au bourg de Louzy.

Pierre-André Millault et son épouse eurent sept enfants nés entre 1845 et 1868, tous nés à Louzy, sauf Victorine née à Thouars en 1861.

Il figurait sur une liste d’« individus dangereux » adressée par le commissaire de police de Thouars au préfet des Deux-Sèvres, le 15 novembre 1855. Tous étaient signalés comme « individus dangereux qui au premier signal deviendraient des fauteurs de désordre et de pillage. Ce sont tous des ouvriers ivrognes et paresseux qui demanderaient à l’émeute un salaire qu’ils n’ont pas le courage de chercher dans le travail... »

Pierre Milllault appartenait à la société secrète La Marianne et devait transmettre à Loudun le mot d’ordre d’insurrection apporté par Mailly à Poitiers. Elle devait éclater le 25 juillet 1856. On prévoyait de brûler les blés sur pied et toutes les propriétés des nobles et des curés puis de propager le mouvement jusqu’à Thouars, Montreuil-Bellay, Niort, Saumur, Loudun et même Poitiers. Mais un indicateur le révéla au maréchal des logis de la gendarmerie de la brigade d’Oiron (Deux-Sèvres). Dès le 18 juillet, Milllault et les meneurs furent arrêtés. Quelques-uns avouèrent sur le champ. Le 21 juillet, le procureur de Poitiers Damay informa le garde des Sceaux que l’affaire prenait des proportions considérables : « Le socialisme a fait des progrès effrayants dans les communes des cantons de Thouars et d’Argenton-Château et même dans le bocage, c’est un fait malheureusement constaté. » Le 22 juillet l’émeute éclata cependant à Brion (voir Dagot Urbain). Plus de 190 personnes étaient impliquées. Le procureur ne poursuivit que les plus dangereux, « animés d’un esprit mauvais ».

Contrairement au mouvement survenu un an plus tôt à Trélazé (voir Attibert François), on comptait peu d’ouvriers et d’artisans parmi les révoltés. En effet la plus grande part des insurgés étaient des cultivateurs, journaliers, surtout mécontents du prix du blé et de l’insuffisance des salaires. Ces paysans étaient accusés de faiblesse et de n’avoir pas su résister aux démagogues locaux influencés par leurs homologues du Maine-et-Loire et de Mayenne qui faisaient circuler sur place un catéchisme socialiste et républicain. Néanmoins, ils furent plus nombreux à être condamnés en proportion, que les personnes ayant pris part aux événements d’Angers et Trélazé. Le 13 septembre 1856, 80 furent condamnés : 31 ouvriers et artisans, dont huit maréchaux, six charpentiers et quatre tisserands, tous les autres étant des cultivateurs et journaliers.

Pierre Milllaut fut condamné, le 13 septembre 1856, par le tribunal correctionnel de Bressuire, à la lourde peine de deux ans de prison pour affiliation à la société secrète la Marianne et fut incarcéré à la maison centrale de Fontevraud.
Son demi-frère aîné, Henry, fut également condamné plus légèrement en septembre 1856 par le même tribunal de Bressuire pour appartenance à la Marianne.

À propos de l’émeute de Brion (22 juillet 1856), le sous-préfet de Bressuire écrivait au préfet, le 27 juillet 1858 : « Si, à cette époque, Millault n’avait été déjà sous la main de la justice on l’aurait vu à la tête des émeutiers... »
Un autre rapport du sous-préfet (14 janvier 1858) précise au sujet de Millault : « Cet individu est d’un caractère ardent, facile à entraîner, ne reculant devant aucune difficulté, capable d’exécuter les projets les plus insensés. Avant son affiliation à la Marianne, sa conduite était régulière et il était bon père et ouvrier laborieux. Depuis son affiliation, il abandonnait fréquemment son travail pour se mettre en relations avec les associés des villes voisines. Il était un des affiliés les plus actifs de la contrée. Il aurait cherché à se faire nommer centurion. C’était chez lui que se réunissaient les membres les plus exaltés et les plus remuants. C’est aussi chez lui, dans sa cave, que fut discuté et arrêté, au mois de juillet 1856, l’infâme projet d’incendier les récoltes dans l’espoir de soulever le pays. C’est lui qui s’était chargé d’aller à Loudun et à Poitiers consulter les chefs de la société sur l’exécution de ce projet. »

Libérable le 13 septembre 1858, Pierre-André Millault fut désigné pour la transportation en Algérie à l’expiration de sa peine. » (Arrêté ministériel du 9 août 1858). Il revint cependant à Louzy, muni d’un passeport, en octobre 1859. En effet, en 1860, le sous-préfet de Bressuire estimait que les anciens coalisés étaient devenus très paisibles et qu’ils ne méritaient aucune mesure spéciale.

Voir la liste des "Marianneux" du département et des communes du nord des Deux-Sèvres condamnés en 1856 dans la notice d’Arnault Philippe-Auguste.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article35057, notice MILLAULT Pierre-André [MILLAULT Pierre, dit Pierre-André ou André] par Alain Dalançon, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 18 février 2021.

Par Alain Dalançon

SOURCES : Arch. Nat., BB 30/417, P. 1411. — Arch. Dép. Deux-Sèvres, 4 M 15/4, 4 M 17/1, registre des jugements du tribunal de Bressuire, année 1856 ; état civil de Thouars et Louzy. — Nicolas Garnaud, L’émergence du monde ouvrier en milieu rural dans l’ancienne province du Poitou au XIXe siècle, thèse d’histoire du Droit, 2008, Université de Poitiers, t. 1, p. 358-360.

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