KRATZAT Gerhard Johannes. Pseudonyme : ‘Jan’

Par Étienne Verhoeyen

Né le 8 janvier 1909 à Burg/Dithmarschen (Allemagne), fusillé le 12 juillet 1944 à Lyon (Rhône) ; marin ; membre du KPD et du Einheitsverband der Seeleute, Hafenarbeiter und Binnenschiffer (EVSHB), section allemande de l’Internationale des Marins et des Dockers (IMD) ; après 1933, fonctionnaire de l’IMD aux Pays-Bas, en Belgique, en France et en Espagne ; résistant.

Fils d’un contrôleur des postes, D’abord employé de banque, puis marin à partir de 1927, Gerhard Kratzat adhéra à l’IMD (Interntionale des marins et dockers) dès sa création en 1931. Il organisa début 1933 la grève des marins dans plusieurs ports de la Baltique. Il fut arrêté en mars 1933 et déporté à Sonnenburg. Après sa mise en liberté en juillet 1933, il fut envoyé à Rotterdam (1934) puis à Anvers (février 1936) comme organisateur de l’IMD, créée à l’initiative du Profintern. À Anvers, en tant que dirigeant politique du Gruppe Seefahrt, il essaya, début 1936, avec Richard Pilz et Paul Dix, réfugiés communistes allemands, de créer un nouveau groupe du KPD parmi les marins. Il publia dans ce but la revue Schiffahrt qui portait à dessein le même nom que la revue éditée par l’International Transport Workers Federation, ITF, organisation rivale de l’IMD.

Il rencontra à Anvers Ernst Lambert- et Jozef Rimbertus Schaap, deux dirigeants de « l’organisation Wollweber » créée à l’initiative de l’IC et du Profintern pour organiser le sabotage sur les navires des états de l’Axe, notamment les navires approvisionnant l’Espagne franquiste en vivres et en armes.

Connu depuis fin 1937 par la Gestapo sous le nom de « Jan », il était identifié par celle-ci en 1939. L’ISH dissoute, il milita en France à partir de début 1937. Fin 1937, il y fut chargé, selon Thomas Pusch, d’organiser le service de renseignements du groupe Seeschiffahrt parmi les membres du KPD combattant en Espagne. À la fin de la guerre civile, l’IC le chargea d’organiser le retour des combattants anglophones du Bataillon Lincoln. Il se trouva au Havre en juin-juillet 1939 (39 rue L. Peulevey), où il rencontra un agent de la Gestapo qu’il avait connu à Anvers et qui relata qu’il s’y occupait en effet du rapatriement d’anciens combattants américains d’Espagne.

Il revint en Belgique en septembre 1939 et fut d’abord hébergé par le communiste anversois August Lemmens, qui semblait faire partie des rouages mis en place par l’IC à Anvers, notamment pour organiser des « planques ». À noter que Lemmens avait, à l’époque où Kratzat était encore en France, hébergé quelques anciens combattants d’Espagne de nationalité américaine, du Bataillon Lincoln. Plus tard, Kratzat s’installa dans une pension pour marins située rue du Céleri (Selderstraat) no. 3, adresse où il avait déjà vécu en 1936, sans signaler sa présence au service des étrangers de la ville. Il prit contact avec deux communistes allemands connus avant son départ en France, Richard Pilz (ancien d’Espagne également hébergé par Lemmens) et Georg Müller, responsable de l’EVSHB à Anvers.

Il fut arrêté par la police communale d’Anvers le 2 janvier 1940, lors d’un contrôle de routine des étrangers, sous le nom de Georg Laursen, muni d’un faux passeport danois. Il déclara vouloir se rendre aux États-Unis. Selon la Police Judiciaire d’Anvers, Kratzat était venu à Anvers comme successeur d’Ernst Lambert, chargé de la direction des groupes belge et hollandais de « l’organisation Wollweber ». Ce n’est pas exclu, étant donné son passé dans l’IMD et à Anvers, mais aucun document ne confirme cette hypothèse. De plus, il faut considérer que Lambert venait seulement d’être désigné comme chef de ces groupes et n’était pas encore arrêté lorsque Kratzat arriva à Anvers. Mais selon son acte d’accusation allemand datant de 1944, il s’était fait recruter par le « Deuxième Bureau » français après avoir été interné comme sujet allemand à la déclaration de guerre. Ce service l’aurait chargé d’une mission d’espionnage à Hambourg, mais Kratzat s’était arrêté à Anvers. Il n’est pas exclu que Kratzat se soit effectivement fait recruter par le service français, car déjà au Havre, en été 1939, il est en rapport avec deux officiers d’un service de renseignements français qui essaient obtenir de lui des informations militaires sur l’Allemagne.

Condamné à Anvers, le 4 avril 1940, à trois ans d’emprisonnement pour faux et usage de faux, il est déporté au camp de Saint-Cyprien le 15 mai 1940, mais fut libéré en août 1940. Refusant de rentrer en Allemagne, il fut de nouveau interné. Il s’évada en novembre 1942 et entre en septembre 1943 dans le Mouvement National des Prisonniers de Guerre et Déportés, destiné à collecter des informations sur les prisonniers de guerre et travailleurs français en Allemagne. Arrêté à Paris le 10 mars 1944, il fut condamné à mort le 30 juin 1944 à Lyon par une cour martiale de Vichy et exécuté le 12 juillet 1944.

La dépouille de Gerhard Kratzat fut enterrée anonymement et c’est seulement en 1962 que le dernier frère survivant put faire exhumer et réinhumer les restes. Le Land du Schleswig-Holstein et les administrations fédérales rejetèrent à plusieurs reprises les demandes d’indemnisation présentées par la famille au motif qu’elles concernaient un "traître".

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article73352, notice KRATZAT Gerhard Johannes. Pseudonyme : ‘Jan' par Étienne Verhoeyen, version mise en ligne le 17 août 2009, dernière modification le 10 novembre 2020.

Par Étienne Verhoeyen

SOURCES : Thomas Pusch, « Spaniens Himmel…”, www.akens.org/akens/texte/info/32/17.html~ ; Dieter Essen, Klartext Verlag, 2001 ; Office des Etrangers (Bruxelles), dossier no. À 199 334 (G. Kratzat) ; Archives du Royaume à Beveren, dossier no. 2421 (G. Kratzat) ; Bundesarchiv Berlin, R 58/2006, Berichte von V-Leute [ici : V-Mann König] ; www.freewebs.com/stolpersteine/gerh... (notice biographique de Kratzat). — Notes de Jean-Pierre Ravery. — Ajouté ensuite : Constance Margain, L’Internationale des gens de la mer (1930-1937), thèse, Université du Havre, 2015. — Laurent Robène, La chambre de derrière – Pechbonnieu 1940-1944, L’Harmattan, 2018 (sur sa vie clandestine pendant l’Occupation).

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