MOINY Jean

Par Guillaume Davranche et Gilles Pichavant

Né le 2 novembre 1896 à Vichy, mort le 16 février 1936 à Paris ; télégraphiste, puis commis surnuméraire à la Poste, puis correcteur typographe ; syndicaliste du syndicat national des agents des PTT, puis du syndicat unique de la Seine des PTT (unitaire), secrétaire-adjoint du comité inter du XVe (unitaire)(1924-1925) ; tendance syndicaliste-révolutionnaire, secrétaire de la Section de la Seine des minorités de la CGT et de la CGTU (1923-1925).

Jean Moiny était fils d’un serrurier et d’une fleuriste. Il fit d’assez bonnes études, sans doute au moins jusqu’à l’École primaire supérieure, puis qu’il est noté « 3 » en niveau d’étude dans son registre matricule.

A la veille de la guerre, il était déjà aux PTT et habitait 12 rue Lakanal, Paris, (XVe), adresse où il revint habiter à sa démobilisation. Mobilisé en 1915, il installa et répara les lignes téléphoniques et télégraphiques sur le front. Il fut cité 3 fois à l’ordre du régiment pour l’avoir fait sous les bombardement (« bravoure, et de mépris du danger », 31 décembre 1916, 15 mai 1917 à Verdun, 20 octobre 1918 à Somme-Py).

Après sa démobilisation le 28 septembre 1919, il fut nommé surnuméraire à Paris RP, le 26 octobre 1919. En fin 1920, il était le secrétaire de la Section de Paris Rive-droite du Syndicat national des agents des PTT, affilié à la CGT. En 1922 et 1923 il était membre des Jeunesses syndicalistes. Il fut révoqué des PTT pour avoir participé à une tentative de grève générale des PTT, en août 1922, en solidarité avec les métallurgistes du Havre dont la grève qui dura 110 jours (du 20 juin au 9 octobre)

Il joua un rôle important dans la bataille pour tenter de désaffilier le syndicat des agents de la fédération postale, et le faire passer à la fédération postale unitaire. Le 11 décembre 1921, avec Pelletier, Le Coffic*, Audin*, Harrault, Chadapeau*, Chavagna, Valtat, Gourdeaux, Péleuc*, Fardeau*, Lamolle*, Lartigue, Lémonon, Piquemal, et Mme Debrienne*, il signa un appel dans L’Humanité visant à ce que toutes les sections de la Fédération postale délèguent certains de leurs membres au Congrès confédéral unitaire, qui devait se tenir les 22 23, 24 décembre 1921, 33 rue de la Grange-aux-Belles à Paris. Le 18 décembre, un appel aux « camarades de la Fédération postale », publié dans l’Humanité invitait les sections des agents qui ne pourraient envoyer de délégués, et voudraient se faire représenter, à lui adresser leurs mandats, avant le 20 décembre 1920. Il y représenta donc sa section et plusieurs autres sections départementales du syndicats national des agents des PTT.

En avril 1922, il participa au congrès du syndicat national des agents, qui, à la différence de l’union fédérale des syndicats des ouvriers des PTT et du syndicat national des employés des PTT (facteurs), confirma son affiliation à la CGT. Le 23 avril, Moiny quitta le congrès des agents avec les minoritaires, et participa à la réunion constitutive de la Fédération unitaire dont il devint l’un des membres de la direction. A la création de la fédération postale il fut décidé de l’organiser sur la base de syndicats uniques. Il milita donc au syndicat unique des PTT de la Seine, qui syndiquait les agents et les employés, les ouvriers conservant pour quelque temps leur organisation catégorielle.

Après le congrès confédéral unitaire de Bourges, en novembre 1923, la Fédération postale passa dans l’opposition à la direction de la CGTU. Elle était alors dominée par les Groupes syndicalistes révolutionnaires (GSR, voir Benoît Broutchoux) qui refusaient le lien organique PC-CGTU. Cependant, dès son congrès fédéral des 26 et 27 avril 1924, les communistes eurent la majorité dans la fédération. Moiny, cependant, continua à siéger à la commission exécutive, au titre de la Minorité syndicaliste révolutionnaire.

Au niveau interprofessionnel, Moiny était, en 1924, le secrétaire de la section des minoritaires de la Seine, structure de coordination des syndicalistes-révolutionnaires de la CGT et de la CGTU. les 1er et 2 novembre 1924, il organisa une conférence nationale de la minorité syndicaliste de la CGT et de la CGTU, à laquelle furent invités des syndicats passés à l’autonomie. Il y proposa la création d’un comité de liaison des minoritaires de la CGTU et de la CGT et y proposa une motion dans ce sens, qui optait pour le maintien de chacun dans son organisation. Sa motion fut battue par celle de Verdier qui proposait le retrait de la CGTU. Lors de la séance de nuit, l’Union fédérative des syndicats autonome de France fut constituée, et un appel à quitter les deux CGT et à rejoindre les syndicats autonomes ou à en constituer fut voté. Mais Moiny ne fit pas partie des membre de la commission provisoire, dont la liste fut publiée dans le Libertaire du 6 novembre.

Le 11 novembre 1924, Moiny participa avec Fronty au comité intersyndical unitaire du XVe, convoqué par l’Union des syndicats unitaires de la Seine. Ils déclarèrent tous les deux rester à la CGTU (Moiny fut noté « typographe » dans le compte rendu du Libertaire). Moiny fut élu secrétaire-adjoint du comité inter du XVe. Un ordre du jour fut voté « enregistrant la déclaration de fidélité à la CGTU de Moiny ». celui-ci protesta contre la terreur tendancieuse de l’ordre du jour, et déclara qu’il continuera à lutter pour le triomphe du syndicalisme contre l’emprise du politique.

Le 26 novembre, Moiny signa dans le Libertaire un communiqué comme secrétaire de la section des minorités, dans lequel il constatait qu’il n’y avait « aucune divergence de vues entre tous les éléments groupés dans la minorité Syndicaliste révolutionnaire ». « La conférence des 1er et 2 novembre avait décidé à la majorité de constituer un groupement de toutes les forces syndicalistes » [syndicalistes révolutionnaires], l’UFSAF, mais il constatait que « pour des raisons tactiques », suivant les milieux et les situations particulières, certains éléments syndicalistes ne pouvaient rejoindre celle-ci. Suivait un questionnaire à renvoyer à Julien Le Pen à la Bourse du travail, Le Pen étant lui au comité provisoire de l’UFSAF.

Cependant, Moiny, en tant que membre des GSR, n’entendait pas que ce qui restait du mouvement syndicaliste révolutionnaire, après avoir échappé aux communistes, passe sous le contrôle des anarchistes. Il le fit savoir en écrivant une lettre de protestation au Libertaire, car certains articles y étaient parus sous la signature conjointe de syndicats autonomes et du Groupe libertaire des abattoirs. Le secrétaire de rédaction du Libertaire, Georges Bastien lui répondit sans ménagement, déclarant qu’il « n’avait pas de leçons à recevoir des vasouillards qui s’intitulent minorité et ne représentant qu’eux-mêmes » et en lui lançant : « si le mot de libertaire vous choque […], allez voir Marc Sangnier et Marcel Cachin ».

Le 5 décembre 1924, il signa dans le Libertaire, en tant que Secrétaire syndical, un communiqué appelant les minoritaires de la CGT et de la CGTU à se réunir le soir même à 21h00, au 1er étage du 8 avenue Mathurin-Moreau, pour constituer un comité départementale des minoritaires de la Seine et de nommer un bureau. Le 23 février 1925 se comité se transformait en « Commission de travail ».

En 1925, Moiny faisait partie du Conseil de la Bataille syndicaliste, avec Fronty, Chevalier, Deberge, Dasset, Bonnin, Massot, Marcelle Brunet, Langlois, Robinet, De Groote, et Chapa.

Révoqué des PTT en 1922, Moiny était devenu typographe correcteur de presse. En 1925 il passa vraisemblablement au syndicat du Livre. Dans les années 1930, il écrivait dans la revue syndicaliste révolutionnaire Renaissance du syndicalisme.

De 1919 à 1930, il habita 12 rue Lakanal, Paris, (XVe). Le 7 septembre 1929 à Paris (XVe), il s’était marié avec Simone Garnier. En 1930, ils habitèrent 21 rue Pétrarque (XVIe), puis, en 1934, 60 rue de Passy (XVIe). Jean Moiny mourut le 16 février 1936 à Paris, « dans la fleur de l’âge » (39 ans), et fut inhumé au cimetière d’Ivry, le 18 février 1936.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139223, notice MOINY Jean par Guillaume Davranche et Gilles Pichavant, version mise en ligne le 31 décembre 2011, dernière modification le 2 décembre 2020.

Par Guillaume Davranche et Gilles Pichavant

SOURCE : L’Humanité des 11 et 18 décembre 1921, 11 et 18 décembre 1921, des 24 , 27et 28 avril 1924 et du 1er décembre 1924 — Le Libertaire, 3, 6, 11, 28 novembre 1924, 5 décembre 1924, 4 et 11 mars 1925Le Peuple, 18 février 1936 — La Révolution prolétarienne, 25 février 1936Bulletin mensuel des Postes et du télégraphe, 1919, Bul N°11 ; 1920, Bull N°13, p 690, et p 692. — Arch. de Paris, Registre Matricule, classe 1916, N°1868. — Nos ancêtres et nous, n°112, 2015, Association Allier Généalogie. — Le Cri des jeunes, décembre 1922-janvier 1923. — Voir Fichier central de la Sureté nationale : dossiers individuels (archives rapatriées de Moscou), N°43996, dossier conservés aux Archives Nationales à Pierrefitte-sur-Seine dans les cotes de 19940462/441 à 19940462/485.— Boris Ratel, L’anarcho-syndicalisme dans le bâtiment en France entre 1919 et 1939, mémoire de maîtrise, université Paris-I, 2000. — État-civil.

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