BONNARD Julienne, née WADOUX Julienne, Marie

Par Gilles Pichavant

Née le 12 janvier 1917 à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), 8 avril 1996 Saint-Aubin-lès-Elbeuf (Seine-Maritime) ; employée aux PTT ; syndicaliste CGT de Seine-Maritime ; Militante communiste, membre du comité fédéral de Seine-inférieure du PCF ; déportée, résistante.

Julienne et Yvon Bonnard, vers 1990. Photo confiée par Christèle Rahami leur petite-fille.

Fille de Amélia Coquette et Louis Wadoux (en fait, fille naturelle du militant communiste Pierre Audren), Julienne Wadoux se maria avec Yvon Bonnard.

Dès 1934, Julienne Wadoux avait adhéré aux Amis de l’Union soviétique, et au Comité mondiale des femmes pour la Paix et contre le Fascisme dont elle fut la secrétaire du comité de Petit-Quevilly en 1935. En 1936, elle entra aux PTT comme auxiliaire en région rouennaise. De ce fait elle connut la précarité, les horaires réduits, des prises de services décalées, les bas salaires. Syndiquée à la CGT dès son entrée aux PTT, elle milita d’abord à la Jeunesse Communiste. En 1937, elle fut nommée au bureau de poste de Bolbec (Seine-inférieure, Seine-Maritime). Cette année là, elle devint la première présidente régionale de l’Union des jeunes filles de France, organisation féminine issue de la Jeunesse communiste, et donna son adhésion au parti communiste.

À la veille de la guerre, elle fut déplacée pour activités communistes. En 1940, elle travailla à la réorganisation du syndicat clandestin. Résistante, agent de liaison, elle imprima et distribua le matériel clandestin. En 1941 elle fut responsable des jeunes, et en avril elle entra au FTPF. Dénoncée, elle dût quitter la Seine-Inférieure pour les deux-Sèvres, dans le secteur de Thouars. Elle transporta des armes et de la poudre (voir Jean Brunet et Drapeau René). Suite au démantèlement du groupe issu de d’OS 680, elle fut arrêtée le 8 juin 1942 suite aux aveux sous la torture d’un camarade (selon sa petite-fille : "Elle m’a dit que sachant ce qu’ils étaient capable de faire pour faire parler quelqu’un sous la torture, car elle avait été elle-même torturée, elle comprenait qu’il ait parlé, qu’il l’ait dénoncée, qu’il ai craqué. Mais elle, non, elle n’a jamais rien dit.") et fut torturée sans parler, selon son témoignage. Elle fut condamnée à 5 ans d’emprisonnement. Elle fut rejugé avec ses camarades par le tribunal de guerre de la Feldkommandantur 677 de Poitiers du 18 au 24 novembre 1942. Il y eut 15 condamnations, dont 11 à mort. Onze membres du groupe furent déportés, dont les trois femmes condamnées à mort. Elle tenta une d’évasion mais fut rattrapée. Internée, puis déportée le 22 décembre 1942 à Lubeck Fauer Aicharh, elle revint en Seine-inférieure (Seine-Maritime) le 29 avril 1945.

Elle intégra le Comité fédéral de Seine-inférieure, et le 23 septembre 1945, fut présenté aux élections cantonale comme candidate dans le 2e canton de Rouen par le Parti communiste. Elle obtint 928 voix, et obtint 20,7%. Elle se désista pour William Cornier (UDSR), qui fut élu au second tour.

À son retour de déportation, Julienne Bonnard réintégra les PTT et prit des responsabilités syndicales dans la section syndicale du central téléphonique de Rouen, installé dans les étages du bâtiment de la recette principale de Rouen, rue Jeanne-d’Arc. Elle fut élue à la CE du syndicat départemental CGT des PTT de Seine- Inférieure lors de son congrès du 30 novembre-1er décembre 1946. Elle y fut régulièrement réélue.

Elle fit partie des cinq délégués que désigna la CE du 12 février 1946, pour représenter le syndicat au CA de la cantine des PTT de Rouen, en création (le CA en comportait 15).

Lors de la scission syndicale en 1947, elle devint secrétaire de la nouvelle section syndicale CGT du central téléphonique de Rouen.

Agent d’Exploitation Principale, elle fut réélue à la Commission exécutive du syndicat CGT des PTT de Seine-Maritime au titre des Agents, lors du congrès départemental du 24 mars 1957, mais elle n’était pas encore membre du bureau départemental. Le secrétaire du syndicat était Max Valentin.

En 1958, elle fut inscrite sur une liste de militants du syndicat CGT des PTT de Rouen, comme destinataire des circulaires de la fédération CGT des PTT au titre de la section syndicale du central interurbain manuel de Rouen, appelé Rouen Inter.

Julienne Bonnard était devenue contrôleur des PTT lorsqu’elle fut réélue à la CE lors du congrès du 26 avril 1959. Elle devint contrôleur principal en 1961.

Elle fut membre du bureau départemental et secrétaire du syndicat pendant de très nombreuses années. Elle le resta jusqu’à la fin des années 80, époque durant laquelle elle animait encore, avec Léon Pagny, la section des retraités du syndicat.

Militante sociale, elle fut élue Administratrice Suppléante sur la liste de la CGT aux élections pour le renouvellement du CA de la cantine des PTT de Rouen le 23 avril 1968. Elle obtint 222 voix.

Elle habitait 3 rue Joliot Curie à Saint-Étienne-du-Rouvray avec son mari Yvon Bonnard, militant communiste, ancien déporté, et secrétaire des vétérans du Parti communiste de Seine-Maritime dans les années 1980 et 1990. La ville de Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) donna leurs noms à une rue dans le quartier des Cateliers.

Sa petit-fille décrit Julienne Bonnard comme une « femme de conviction, d’une force de caractère vissée à la croyance en l’humanité, et d’une sensibilité puissante. Dans la vie de tous les jours elle pouvait être difficile car on ne ressort pas de ce genre de parcours sans conséquences, elle était aussi capable de beaucoup d’amour, et dans les situations de défense de la liberté, elle était en première ligne et prête à en découdre sans chercher les honneurs ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article17175, notice BONNARD Julienne, née WADOUX Julienne, Marie par Gilles Pichavant, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 22 octobre 2021.

Par Gilles Pichavant

Julienne et Yvon Bonnard, vers 1990. Photo confiée par Christèle Rahami leur petite-fille.

SOURCES : Arch. du syndicat CGT des PTT de Seine-Maritime, déposées aux Arch. Dép. de Seine-Maritime. — Jacky Maussion, 8 mai 1945 - 8 mai 1995, Quelques mots d’Avenir, Édit, 1995, reprise d’une série d’articles de Fernand Chatel, publiés initialement dans l’Avenir Normand, octobre 1950 à mai 1951. — l’Avenir Normand, 31 juillet 1937, 15 septembre 1945, 24 septembre 1945. — L’Humanité, 9 septembre 1938, — Maurice Rouzier, Jeunes résistants en Nord Deux-Sèvres. Au cœur de l’OS 1941-1942, Geste Editions. — Renseignements et documents communiqués par Christèle Rahami, sa petite fille. .

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