LOUIS Isidore, Alexandre

Par Gilles Pichavant

Né le 18 pluviose an XII (8 février 1802) à Saint-Léger-du-Bourg-Denis (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) ; toilier à Darnétal (Seine-Inférieure) ; condamné pour coalition en 1830.

Alexandre Louis naquit à Saint-Léger-du Bourg-Denis (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) dans une famille de journaliers. Enfant, il apprit son métier de toilier dans l’un des établissements de filature et de tissage qui surgirent le long de l’Aubette et du Robec, au tout début du 19e siècle.

En 1830, Alexandre Louis avant 28 ans. Il était toilier et demeurait à Darnétal (Seine-Inférieure, Seine-Maritime). Il fut arrêté et poursuivi par la justice, dans le cadre de la répression d’un vaste mouvement social qui se forma initialement parmi les fileurs de Sotteville-les-Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) et du quartier Saint-Server de Rouen, et qui s’étendit à toute la région rouennaise. À la suite des Trois glorieuses, les ouvriers rouennais pensèrent que la situation était propice à la satisfaction de leurs revendications, et demandèrent la révision des règlements intérieurs des filatures, avec en particulier la suppression du système d’amendes. Ils exigèrent aussi la réduction du temps de travail sans perte de salaire, ainsi que des augmentations de salaires. D’après le Journal de Rouen la durée du travail était, à cette époque, de 16 heures 30, et pouvait atteindre les 17 heures ; les fileurs revendiquaient qu’elle soit limitée à 12 heures par jour.

Le préfet convoqua les filateurs afin qu’ils mettent en place une commission chargée de réformer rapidement les règlements intérieurs des filatures, en les expurgeant de leurs aspects les plus terribles. Au bout de quelques jours, un nouveau règlement fut publié et affiché dans les établissements, mais il s’avéra que les modifications préconisées par le nouveau règlement intérieur étaient minimes. Mais surtout les revendications des fileurs en matière de réduction du temps de travail et de salaire n’avaient pas été entendues. De plus, les filateurs refusèrent de se considérer engagés par le nouveau règlement, chaque patron se considérant maître chez lui. En fait peu de choses avaient changé, et cela renforça la détermination des fileurs en grève.

À Darnétal, la grève avait commencé le 1er septembre. Dans les journées des 3, 4 et 6 septembre, des manifestations d’ouvriers parcoururent les établissements de filatures de la commune, et de sa périphérie : Fontaine-sous-Préaux, Saint-Martin-Du-Vivier, Saint-Léger-du-Bourg-Denis, et Saint-Aubin-Épinay ; afin d’y faire cesser les travaux dans les filatures, dans le but, comme le dit le jugement du tribunal de Rouen, « de faire augmenter les salaires des ouvriers et diminuer le temps de travail. »

Alexandre Louis fut l’un des ouvriers les plus actifs de la coalition. Le 4 septembre, il parcouru les communes à la tête d’un important cortège d’ouvriers en brandissant un drapeau beau-blanc-rouge. Les manifestants se présentèrent chez les filateurs : « Des écrits furent présentés par les fileurs aux différents manufacturiers par lesquels ceux-ci s’engageaient à accorder l’augmentation du prix [c’est à dire du salaire], et la diminution des heures de travail ».

La situation se tendit, au point que, le 5 septembre le maire de Darnétal et la garde nationale locale furent contraints de s’enfermer dans la mairie. Le 6 septembre un détachement la garde nationale de Rouen, renforcé par un détachement de gendarmerie, furent envoyés à Darnétal. Ils y affrontèrent les ouvriers au cours de véritables batailles rangées, au cours duquel Alexandre Louis fut vu porteur d’un bâton. Il y arrêtèrent un grand nombre de personnes dont Alexandre Louis. Ces arrestations portèrent un coup au mouvement, mais celui-ci ne l’arrêta pas. La grève perdura encore plusieurs jours dans les filatures, avant de se terminer sur un échec.

Les 18 et 19 novembre 1830, eut lieu un procès en correctionnelle, pour coalition, dans lequel 19 personnes de Darnétal furent inculpées. Nicolas Hallavent, Alexandre Louis, et Jacques Dumont* furent condamnés à 2 mois d’emprisonnement pour coalition ; Pierre Loger*, et Louis Auzou*, à 1 mois d’emprisonnement ; Adrien Bertin*, Charles Hénoc*, Pierre Drouet*, Jean-Baptiste Collogin*, Hyacinthe Pigeon*, et Charles Tellier*, à 6 semaines d’emprisonnement. Certains condamnés ne le furent pas pour coalition, mais pour outrage à la garde nationale ou voie de fait : Frédéric Rivière* fut condamné à 2 mois d’emprisonnement pour voie de fait ; Victor Corde* et Justin Thaurin*, condamnés à 6 jours d’emprisonnement pour outrage ; Charles Tinel*, condamné à 3 jours pour voie de fait ; Hénoc Pierre*, condamné à 50 francs d’amende pour outrage. Rose Vernier*, Prosper Lamidée*, et Louis Pierret* furent relaxés.

Pour la coalition du Faubourg Saint-Sever de Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), voir : Adonis Amourette, Dominique Labois, Alexandre Levézier, Théodore De Landremare, Alphonse Leloutre, Stanislas Loison, Jacques Revers. Pour celle de Barentin et Pavilly (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), voir Louis Coeffier, Pierre Drély.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article175557, notice LOUIS Isidore, Alexandre par Gilles Pichavant, version mise en ligne le 21 septembre 2015, dernière modification le 21 septembre 2015.

Par Gilles Pichavant

SOURCES : Arch. Dép. de Seine-Maritime, Greffe du tribunal correctionnel Rouen, jugements (du 5 avril 1829 au 24 octobre 1831), Cote 3U4-1320 — Journal de Rouen, du 28 août au 12 novembre 1830. — État civil.

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