TAURINYA Alain, Pierre

Par André Balent

Né le 14 mars 1914 à Vinça (Pyrénées-Orientales), mort le 13 mars 2004 à Baillestavy (Pyrénées-Orientales) ; instituteur des Pyrénées-Orientales ; animateur départemental du mouvement des Auberges de jeunesse dans les Pyrénées-Orientales avant et après la Seconde Guerre mondiale ; militant syndicaliste ; maire de Baillestavy (Pyrénées-Orientales) de 1971 à 1989 ; poète ; historien

Alain Taurinya, en permission, décembre 1939, baraque en pierres sèches de la Polleda (commune de Vinça, Pyrénées-Orientales)
Alain Taurinya, en permission, décembre 1939, baraque en pierres sèches de la Polleda (commune de Vinça, Pyrénées-Orientales)
Photo Zoé Taurinya. Archives familiales Taurinya

Alain Taurinya naquit dans une famille acquise aux idées socialistes. Son. père, Antoine Taurinya fils d’Antoine et de Marie Poudade était serrurier à Vinça. Il fut tué le 19 février 1915 à Suippes (Marne) pendant la Grande Guerre. Avec son frère Armand de quatre ans son aîné et futur militant du Var, il fut élevé par des femmes qui surent leur transmettre les notions d’esprit critique et d’indépendance. Il reçut les sacrements catholiques et l’instruction religieuse qui, par la suite n’eut aucune incidence sur les idées qu’il professa. Plus tard, en 1977, il se qualifia de « libre-penseur » dans un article d’hommage au RP Dominique Dubarle (après 1945, professeur à l’Institut catholique de Paris et doyen de sa faculté de philosophie de 1967 à 1973) qu’il avait bien connu pendant sa captivité et dont il était devenu l’ami.

Pupille de la nation, il put, après avoir terminé sa scolarité primaire, fréquenter l’école primaire supérieure de Prades (Pyrénées-Orientales) d’octobre 1927 à juillet 1931. Reçu au concours d’entrée à l’école normale d’instituteurs de Perpignan (Pyrénées-Orientales), il fréquenta cet établissement d’octobre 1931 à juillet 1934. Les directeurs de l’EPS de Prades (Boissel) et de l’école normale de Perpignan (Piquet) eurent aussi une influence dans sa formation intellectuelle. Dans ces deux établissements, il fut le condisciple de Louis Bassède. Il noua avec lui des liens d’amitié durables ; par son intermédiaire, il connut Roger Grau avec qui il entretint aussi des relations intellectuelles.

Il effectua son service militaire d’octobre 1934 à février 1937 à Constantine (Algérie) au 3e régiment de Zouaves. Il se maria le 30 juin 1938 avec Zoé Andrieux : née le 16 septembre 1919 à Baillestavy (Pyrénées-Orientales), village minier et agro-pastoral du Conflent, dans le massif du Canigou, elle mourut à Prades le 5 août 2002. Pendant la guerre, résistante, elle participa aux activités du réseau Sainte-Jeanne, très présent dans le Canigou : Voir : Horte René ; Justafré Lucie). Le couple eut deux enfants : Jacques, né le 19 avril 1946 , instituteur puis directeur d’un collège d’enseignement agricole , maire de Baillestavy, élu en 2000 ; Georges, né le 20 janvier 1950 (ingénieur agricole spécialisé dans l’agriculture tropicale, en poste cinq ans au Congo-Brazzaville.puis commerçant dans les Pyrénées-Orientales (station-service à Ille-sur-Têt, atelier de réparation automobile Renault à Ille-sur-Têt, Thuir, Prades (Pyrénées-Orientales), supermarché à Ille-sur-Têt). Tous deux demeurèrent fidèles aux idées de gauche, sans adhérer à un parti. Ils devinrent aussi des militants catalanistes engagés dans la défense de la catalanité dans toutes ses dimensions.

Son premier poste d’instituteur de janvier à octobre 1935 fut un « poste déshérité », le petit village montagnard de Sansa dans les Garrotxes du Haut Conflent. De retour du service militaire, il fut nommé en avril 1937 à Feilluns, dans le Fenouillèdes. À la rentrée d’octobre 1937, il fut muté à Baillestavy, à proximité de son village natal. S’y étant marié, il conserva désormais des liens indissolubles avec ce village. Il y fut instituteur jusqu’à la mobilisation générale de septembre 1939 et, à nouveau après sa captivité en Allemagne, de la rentrée de 1945 à celle d’octobre 1955 où il fut nommé instituteur adjoint à l’école Pasteur d’Ille-sur-Têt dont il devint directeur en 1966. Il termina sa carrière sur ce poste en 1969.

Avant la guerre, Taurinya, adhérent du SNI s’engagea dans le mouvement des auberges de jeunesse. Une auberge de jeunesse fut créée à Vinça. Dans le cadre du mouvement des Auberges de jeunesse, il avait, en effet, fait la connaissance et s’était lié d’une profonde amitié avec l’Allemand antinazi, Pitt Krüger (1904-1989) et sa femme, Yvès Fustier (1903-1988) installés dès novembre 1933 à Mosset (Pyrénées-Orientales), dans le Conflent. Krüger avait été le premier à y fonder une auberge de jeunesse dans les Pyrénées-Orientales avant 1936 (Voir aussi : Nicolas Jeanne).

Le 27 août 1939, Il fut mobilisé, avec le grade de sergent, au 96e régiment d’Infanterie alpine formé au centre mobilisateur de Narbonne (Aude). Cette unité, qui faisait partie de la 31e division fut acheminée jusqu’à Montélimar (Drôme) par chemin de fer puis gagna en marchant son cantonnement, sur le front des Alpes. Le deuxième bataillon auquel appartenait Alain Taurinya s’installa à Laragne-Monteglin (Hautes-Alpes). La division fut transportée au début de l’automne à Bourg-en-Bresse (Ain) par chemin de fer. Le bataillon de Taurinya traversa la Franche-Comté et arriva à Sochaux (Doubs) avant d’être transféré à Winkel (Haut-Rhin) sur la frontière suisse face à Bâle. Le régiment bénéficia d’une permission à la fin décembre 1939, au moment des fêtes du nouvel an. Au mois de février 1940, il fut déplacé à Breindenbach (Moselle), face à la Sarre. Finalement, le 14 mai 1940, le groupe d’Alain Taurinya, après six jours de retraite, se trouvant sur une plage au pied de falaises fut amené à tenter une escalade afin d’éviter la marée haute.

Arrivant au sommet de la falaise, Taurinya fut fait prisonnier le 12 juin 1940 avec ses camarades de bataillon, des Catalans et des Aveyronnais. Il demeura en captivité à Altengrabow (commune de Donitz entre Berlin et Magdebourg) jusqu’à la libération du camp par la 9e armée américaine le 3 mai 1945. En captivité, il fut très proche de l’homme de confiance du camp, le dominicain Dominique Dubarle, philosophe, expert auprès du concile Vatican II où il intervint pour la publication du procès de Galilée, astronome au laboratoire de Paris. Cet ecclésiastique eut une grande influence intellectuelle sur l’athée qu’était Alain Taurinya. À Altengrabow, il fit la connaissance d’un autre instituteur des Pyrénées-Orientales, Michel Torrent (après 1945,instituteur à Espira-de-Conflent, Thuir et Céret dont il fut adjoint au maire) dont il devint un ami proche. Pendant ces années passées en Allemagne, il écrivit des poèmes qu’il rassembla plut tard (1982) dans un recueil.

Après 1945, il s’impliqua à nouveau dans les auberges de jeunesse dont il fut responsable départemental vers 1955. Toujours en relation avec Pitt et Yvès Krüger. quand ils transformèrent leur établissement de Mosset en internat et école qui reçut plus tard, en 1965, l’agrément du ministère de l’Éducation nationale, Alain Taurinya fit partie de l’administration de l’établissement.

À Ille-sur-Têt, Taurinya fut l’ami de deux enseignants avec qui il noua aussi des liens amicaux et intellectuels, Maurice Iché et Lucette Justafré. Maurice Iché avait été, comme lui, prisonnier de guerre en Allemagne et animait l’association d’anciens prisonniers de guerre des Pyrénées-Orientales. Il avait une estime toute particulière pour Lucette Justafré dont il appréciait l’humanisme et la fermeté des convictions. Il eut aussi des relations amicales et intellectuelles avec Robert Lapassat, professeur puis principal au collège de Prades, directeur de la revue Conflent à laquelle Taurinya collabora également..

Son long séjour professionnel à Baillestavy où il s’installa pour passer sa retraite, l’amena à parfaire sa connaissance intime du territoire communal et de ceux des communes voisines, en particulier, Valmanya, La Bastide, Saint-Marsal et Glorianes toute situées dans le massif du Canigou. Il assista aux derniers années de l’exploitation des mines de fer et de la fabrication du charbon de bois dans les forêts et s’intéressa à ce patrimoine dont il perçut le qu’il était en péril de disparition et dont il s’attacha à recueillir les vestiges matériels et les souvenirs oraux. Il se fit historien et archéologue. Il noua des liens fructueux avec un collègue, François Roig alors instituteur à Saint-Marsal, un pionnier de l’archéologie de la métallurgie antique. Roig, dont il recueillit les notes de travail, stimula sa propre recherche. Il s’intéressa à la géologie et devint l’ami de Georges Guitard, du Bureau des recherches géologiques et minérales (BRGM) qui, en 1947, fut chargé de dresser la carte géologique du Canigou. Mais, poète et nouvelliste, il sut décrire avec sensibilité les paysages escarpés mais façonnés par des activités humaines pluriséculaires ce qui l’amena à évoquer le rude labeur des mineurs, forestiers et paysans qui peuplaient le versant conflentais du Canigou et les Hautes Aspres (voir la rubrique « Œuvres »).

Maire (divers gauche) de Baillestavy, élu en 1971, réélu en 1977 et en 1983, il ne se représenta pas en 1989. Il s’efforça de maintenir des activités dans cette petite commune montagnarde. Il oeuvra également avec succès de faire connaître sa richesse patrimoniale. Son fils aîné, Jacques, élu maire de Baillestavy en 2000, poursuivit son œuvre.

Alain Taurinya a été décoré de la Croix de Guerre, des Palmes académiques et de l’Ordre national du mérite.

Ses obsèques furent civiles. Il fut inhumé à Baillestavy.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article185126, notice TAURINYA Alain, Pierre par André Balent, version mise en ligne le 12 septembre 2016, dernière modification le 24 juin 2018.

Par André Balent

Alain Taurinya, en permission, décembre 1939, baraque en pierres sèches de la Polleda (commune de Vinça, Pyrénées-Orientales)
Alain Taurinya, en permission, décembre 1939, baraque en pierres sèches de la Polleda (commune de Vinça, Pyrénées-Orientales)
Photo Zoé Taurinya. Archives familiales Taurinya
Alain Taurinya, Baillestavy, vers 1945
Alain Taurinya, Baillestavy, vers 1945
Archives familiales Taurinya
Alain Taurinya, Baillestavy, vers 1985
Alain Taurinya, Baillestavy, vers 1985
Archives familiales Taurinya
Alain Taurinya, 2002, baraque de la Polleda, commune de Vinça, Pyrénées-Orientales
Alain Taurinya, 2002, baraque de la Polleda, commune de Vinça, Pyrénées-Orientales
Archives famille Taurinya

ŒUVRES : Articles, choix  : De nombreux articles rédigés en français — dont certains historiques ou archéologiques avec des thématiques relatives au Canigou, à la vallée de la Lentilla et aux mines et à la métallurgie du Canigou — , ou des poèmes dans les Cahiers des Amis du Vieil Ille et des villages voisins, Ille sur-Têt, de 1976 à 1999 (57 titres relevés). — Deux articles en catalan dans Sant Joan i Barres, Perpignan : « Miquel Martí Pol : cinc esgrafiats a la mateixa paret », 77, 1980, pp. 22-28 et dans les Cahiers des Amis du Vieil Ille, « Els carboners perduts en l’alzina ». — Dans D’Ille et d’ailleurs, « La confection du charbon de bois à Baillestavy », 1987, n° monographique sur Baillestavy ». — Des articles et des poèmes dans Conflent, Prades. — Des articles dans Chanteclair, organe des Anciens combattants et prisonniers de guerre des Pyrénées-Orientales (dont l’hommage au RP Dubarle, 1977).
Manuscrit inédit : plusieurs centaines de pages mémoires, tapuscrit [archives familiales].
Livres : Chemin faisant, poèmes, Ille-sur-Têt, Cahiers des Amis du Vieil Ille, 1982, numéro spécial (76 bis) de la revue. — Matricule 99057 XI A, illustrations de Léopold Colombey, sculpteur, poèmes de captivité, Saint-Estève, Les Presses Littéraires, 1982, (prix "Saint-Cricq-Theis" de l’Académie française, 1984, 127 p., rééditions : Perpignan : Michel Fricker, 1982 ; Saint-Estève, IMF Productions, 1985 ; Saint-Estève : les Presses littéraires, 1995. — Les Yeux vivants Saint-Estève, poèmes Imprimerie St-André, 1990. — Alain Taurinya, Guy Nereau, Claire Coste Souvenirs d’un vieux trappeur catalan, nouvelles, édition bilingue français et catalan, Baillestavy, Els Amics de Vallestàvia, 1994. — Ballades catalanes : Manerots, La Pinosa, Formentera, mines de fer oubliées sur les routes du Canigou, photographies de Michèle Maurin, préface de Louis Soler, Paris, Magellan et Cie, 2001. 62 p. — Face à la maladie d’Alzheimer, Perpignan, Éditions. du Rouvre, 2003.
Enregistrement audio : six Catalanades très connues, cassette avec des textes en catalan d’Albert Saisset, enregistrement, 1985.

SOURCES : Archives privées, famille Taurinya (ses fils Jacques et Georges). — Janine Ponsaillé Alain Taurinya nous a quittés, Cahiers des Amis du Vieil Ille 165, Ille-sur-Têt, 2004, pp. 4-9, avec les contributions de Marie Thérèse Vaquer, Roselyne Rongier Come, Fernand Perié. — Janine Krueger-Noack , Michel Perpigna, « Hommage à Alain Taurinya », Journal des Mossétans, 36, Mosset, mai-avril 2004, p. 5. — Échange de courrier avec Alain Taurinya à propos de Lucette Justafré (1998). — Conversations avec Alain Taurinya (deuxième moitié des années années 1970). — Réponse à un questionnaire par Christiane Taurinya, belle-fille d’Alain Taurinya, Baillestavy, 1er septembre 2016. — Courriel de Christiane Taurinya, 5 septembre 2016. — Conversations avec Georges Taurinya, fils d’Alain, 2015-2016, avec Jacques et Christiane Taurinya fils et belle-fille d’Alain (2016).

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