WEJNBERG Felica (Félicie)

Par Daniel Grason

Née le 14 janvier 1912 à Winnica (Pologne), morte en 1943 à Auschwitz (Pologne) ; bactériologiste ; victime de l’antisémitisme.

Fille de Max et de Hélène, née Reicher, Felica Wejnberg vivait 17 rue Laplace à Paris (Ve arr.), elle avait une carte d’identité d’étrangère délivrée le 26 novembre 1941 par la Préfecture de police, valable jusqu’au 15 novembre 1942.
Le gouvernement de Vichy, promulgua le 3 octobre 1940, un statut des juifs, qu’il aggrava le 2 juin 1941. Une ordonnance allemande du 29 mai 1942 était rendue publique le 1er juin, à compter du dimanche 7 juin 1942 le port de l’étoile jaune était rendue obligatoire. Prudente, Felica Wejnberg, estima probablement qu’il valait mieux ne pas renouveler sa carte d’identité d’étrangère. Ceci d’autant que les 16 et 17 juillet 1942 treize mille juifs (hommes, femmes et enfants) de la région parisienne avaient été raflés par la police française et déportés à Auschwitz-Birkenau.
Lors de filatures, les policiers remarquèrent qu’elle rencontrait une nommée Rebecca soupçonnée d’être membre du Parti communiste clandestin dont ils ne parvenaient pas à localiser le domicile, ils la considéraient en fuite.
Félicie Wejnberg a été arrêtée le 6 juillet 1943 vers 16 heures 15 à son domicile par deux inspecteurs de la BS2. Fouillée, aucun papier compromettant n’était trouvé sur elle. Lors de la perquisition les policiers saisissaient : une carte d’identité au nom de Domenach Andrée, Armande, née Geoffre le 25 février 1916 à Paris XVIIIe arrondissement, une carte d’alimentation au même nom portant le cachet du département de la Seine-et-Oise, une carte d’alimentation à son nom revêtue du cachet du IIe arrondissement, quatre autres feuilles d’alimentation (matières grasses, viande, pain et pommes de terre), une feuille de points textile et une de produits détersifs.
Détenue dans les locaux des Brigades spéciales à la Préfecture de police, elle était surprise le 15 juillet par un gardien de la paix au moment où elle passait à un jeune détenu qui devait être relaxé le lendemain, un papier où il était écrit , « Mme Rose 5 rue Blainville ». Après vérification, il apparut que la carte d’identité au nom de Domenach Andrée avait été délivrée sous un autre état civil.
Interrogée, probablement battue, elle déclara que la personne qui venait chez elle « de temps en temps » se prénommait « Paulette », qu’elle était juive, « mais j’ignore son nom et son adresse. J’ignorais qu’elle appartenait à une organisation. » Elle affirma ne jamais s’être « occupée de politique et jamais personne ne m’a sollicitée pour entrer dans une quelconque organisation. »
Quant à la carte d’identité française au nom de Domenach qu’elle détenait, elle l’acheta pour mille francs à un inconnu, en octobre aux Buttes-Chaumont. Quant aux tickets d’alimentation, elle se les procura « grâce à une de [ses] relations juives. »
Titulaire d’une équivalence au baccalauréat, bactériologiste de formation, elle travailla comme laborantine. Depuis janvier 1942 elle fabriquait des tricots en laine angora ce qui lui permettait de vivre.
Ecrouée au dépôt le 16 juillet 1943, pour « avoir hébergé une nommée Rebecca, recherchée pour activité clandestine », Felica Wejnberg fut livrée aux Autorités allemandes puis internée le 22 juillet 1943 au camp de Drancy sous le matricule 3216.
Elle a été déportée le 31 juillet 1943 dans le convoi n° 58 à destination d’Auschwitz (Pologne). Le convoi comptait mille déportés (hommes et femmes), 662 furent gazés à l’arrivée, 232 hommes et 106 femmes ont été sélectionnés.
Quand l’armée Soviétique libéra le camp le 27 janvier 1945, il ne restait que treize survivants dont quatre femmes : Genendel Goldsztajn, Esther Baginski, Hadassa Lerner née Tenenbaum et Rose Besserman, militantes de la Main-d’œuvre immigrée, arrêtées lors du coup de filet des Brigades spéciales tout comme Felica Wejnberg.
Sur le mur des noms rue Geoffroy-l’Asnier au Mémorial de la Shoah a été gravé le nom de Felica Wejnberg.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article196564, notice WEJNBERG Felica (Félicie) par Daniel Grason, version mise en ligne le 29 octobre 2017, dernière modification le 31 octobre 2017.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. Carton 14 rapport hebdomadaire des Renseignements généraux du 12 juillet 1943, BA 2298, GB 130, KB 25. – Dominique Rémy, Les lois de Vichy, Ếd. Romillat, 1992. – Site internet CDJC.

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