ECKHARDT, Émile, Georges

Par André Balent

Né le 16 avril 1882 à Cannes (Alpes-Maritimes), mort le 2 mars 1944 à Nîmes (Gard) ; maître d’hôtel, propriétaire du Grand Hôtel de l’Aigoual à Valleraugue (Gard) ; otage exécuté par pendaison par les Allemands (IX SS Panzer Division Hohenstaufen)

Émile Eckhard était le fils de Georges Eckhardt et de Marguerite Schmidt. Son père âgé de trente -sept ans en 1882, exerçait la profession de maître d’hôtel. Sa mère, Marguerite Schmidt, avait vingt-cinq ans à la même date. En 1919, veuve, elle était présentée comme « rentière ». Il était marié le 6 mars 1919 à Cannes avec Marie, Anna, Pierrine Soprani née le 2 novembre 1897 à Nice (Alpes-Maritimes). Pierrine Soprani, domiciliée à Cannes, 15 rue des Belges, chez ses parents, Pierre Soprani tailleur d’habits, et d’Anna Carria. Il appartenait à la religion réformée, au moins lorsqu’il résida dans le Gard : son nom figure en effet sur une plaque commémorative des membres de l’Église protestante d’Ardaillers morts pendant les conflits du XXe siècle. Conscrit de la classe 1902, il passa le conseil de révision en 1903. Maître d’hôtel de profession, il était, en 1919, hôtelier à Nice, rue Maccaroni. En 1944, il était propriétaire du grand Hôtel de l’Aigoual, situé à proximité de l’emblématique sommet, point culminant des Cévennes et de sa station météorologique. Après la mort tragique d’Émile Eckhard, le Grand Hôtel de l’Aigoual servit de cantonnement au maquis (AS) Bir Hakheim (Voir Jean Capel) à la fin du mois de mai 1944.
En 1943-1944, Laurent Olivès, pasteur réformé d’Ardaillers anima le maquis école (AS) implanté près du hameau qui regroupait nombre de réfractaires au STO (Voir Samama Maxime). C’était l’une des formations armées de la résistance qui avait attiré l’attention des forces d’occupation. La 9e division blindée SS Hohenstaufen engagée en 1943 sur les fronts de l’Est et des Balkans, commandée par Wilhelm Bittrich (1894-1979), repliée en Belgique fut mutée dans le Gard et installa son état-major à Nîmes le 20 février 1944. Elle fut aussitôt engagée dans des actions de « nettoyage » des maquis du sud-est du Massif Central.
Le 29 février 1944 Ardaillers fut occupé par les éléments de la 9e Panzer Division SS Hohenstaufen (350 hommes environ venus avec 47 véhicules). Le convoi allemand avait été repéré lors de son passage à Ganges (Hérault). Olivès fut averti. Il prévint aussitôt la trentaine de maquisards qui se trouvaient à Ardaillers et à proximité qui partirent dans les montagnes suivis par quelques villageois du hameau. Les Allemands pillèrent Ardaillers et mirent le feu au mas Gibert. Ils tirèrent à la mitrailleuse et au canon contre des maquisards qui fuyaient et qu’ils ne purent atteindre et tuèrent par balles un habitant d’Ardaillers, Émile Nadal qui voulait stopper l’incendie de sa maison. D’autres maisons du village atteintes par des projectiles d’artillerie prirent feu. La maison nommée « La Soureilhade » par les maquisards d’Ardaillers et qui leur servait de cantonnement fut incendiée. Six habitants furent pris en otages, parmi les agriculteurs du hameau demeurés dans le lieux et soupçonnés d’aider les maquisards. Ils furent ensuite remis à Sipo-SD de Nîmes qui les tortura : Émile Eckhardt propriétaire du Grand Hôtel de l’Aigoual, Hénoc Nadal, Louis Carle, Désir Jeanjean, Fernand Nadal et Joël Nadal. Deux d’entre eux, Fernand et Noël Nadal, furent libérés sans que l’on en sache la raison, à commencer par les deux intéressés. Le 2 mars, ils furent séparés des quinze hommes destinés à la pendaison alors que tous avaient été regroupés à l’école de la Croix de Fer, rue Bonfa, réquisitionnée par les Allemands. Les autres furent pendus à Nîmes, en trois lieux différents de la ville. En plus des otages d’Ardaillers, il y avait neuf hommes arrêtés le jour précédent à Driolle et Lasalle (Gard) et deux membres du maquis Bir Hakeim (Albert Lévêque et Fortuné Donati), tombés entre leurs mains, blessés, à Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard) et trahis alors qu’ils étaient soignés à Nîmes au centre hospitalier Gaston-Doumergue. Ils furent brutalement extraits de leurs lits de patients et conduits à l ‘école de l Croix-de-Fer où ils ne pouvaient tenir debout. Ceci étant dit, les SS cantonnés à Nîmes échouèrent dans leur tentative d’éradiquer les maquis des Cévennes, la majorité des combattants ayant réussi à leur échapper.
Quinze hommes furent donc pendus à Nîmes le 2 mars 1944. Eckhardt, interrogé le matin du 2 mars dans les locaux de l’école répondait en allemand Il demanda qu’on lui rende son automobile qui avait été prise par les soldats allemands. L’après-midi, vers deux heures, les prisonniers furent alignés au milieu de la cour de l’école. Eckhardt était le premier de la rangée de gauche. Certains observèrent aussi qu’il fut le premier à qui on attacha les mains dans son dos avec des cordes. Un témoin, le pâtissier Faucher, dont la maison faisait face à la cour de l’école put observer la scène. Le Feldgendarme Ernst Güttmann, lieutenant, chef du détachement cantonné à l’école de la Croix-de-Fer assista au départ des hommes destinés à la pendaison dirigea, le lendemain, le peloton d’exécution de SS qui massacra quinze villageois du hameau des Crottes (Ardèche). Les quinze hommes furent pendus dans trois endroits différents de Nîmes, aux principales sorties de la ville (routes d’Uzès, 3 ; de Montpellier : avenue Jean-Jaurès à son intersection avec la route de Montpellier, 6 ; de Beaucaire, 6). Les pendus furent hissés sur le toit des camions. Les cordes étaient attachées à des arbres (avenue Jean-Jaurès, alors avenue de la Camargue) ou sous un pont de chemin de fer, les camions reculaient afin de provoquer la mort des suppliciés qui portaient tous une pancarte avec l’inscription : « Ainsi sont traités les terroristes français ».

Les actes de l’état civil de Nîmes n’indiquent pas les lieux exacts des décès. Ils se contentent de signaler simplement l’heure approximative (« vers dix-huit heures »). Les corps auraient dû être exposés pendant 24 heures. Toutefois, l’indignation de la grande majorité de la population nîmoise, incita les forces d’occupation à écourter la durée de l’exposition. Le général Wilhelm Bittrich, commandant de la division Hohenstaufen aurait peu apprécié le principe d’exécutions publiques de « terroristes » par pendaisons. Il fit détacher les cadavres des pendus et les fit enterrer peu après en un lieu inconnu. Le préfet du Gard, le très pro-allemand Chiappe, conscient de l’émoi des Nîmois, fit aussi pression afin de détacher les pendus au plus tôt. Un agriculteur de Jonquières-Saint-Vincent (Gard), dans la vallée du Rhône, Joseph Quiot, surprit des soldats allemands en train d’enterrer des cadavres dans un champ de luzerne. Deux jours plus tard, le propriétaire du champ, Louis Dany vérifia la présence de cadavres. Il prévint la préfecture du Gard. Les cadavres furent exhumés après la Libération.
L’acte de décès d’Émile Eckhardt fut inscrit sur le registre de l’état civil de Nîmes le 16 septembre 1944, sur déclaration de Jean Flandin, secrétaire de police à Nîmes. Émile Eckhardt reçut la mention « Mort pour la France » (décision du ministère des Anciens combattants et victimes de guerre du 14 mars 1946, inscrite en mention marginale de son acte de décès). Son nom figure sur la plaque commémorative des morts des deux guerres mondiales apposée dans le temple réformé d’Ardaillers.

Voir : Nîmes (Gard), Pendaisons publiques, 2 mars 1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article219526, notice ECKHARDT, Émile, Georges par André Balent, version mise en ligne le 15 octobre 2019, dernière modification le 4 janvier 2020.

Par André Balent

SOURCES : Arch. dép. Alpes-Maritimes, état civil de Cannes, actes de naissance et de mariage d’Émile Eckhardt et mentions marginales ; 01 R 550 et 01 R 557, listes des recrues des classes 1902 et 1903 des Alpes-Maritimes. — Arch. com. Nîmes, acte de décès d’Émile Eckhardt et mentions marginales. — Olivier Bertrand, Les imprudents, Paris, Le Seuil, 2019, 334 p. [p. 223]. — Gérard Bouladou, Les maquis du Massif Central méridional 1943-1944. Ardèche, Aude, Aveyron, Gard, Hérault, Lozère, Tarn, Nîmes, Lacour Rediviva, 2006, 617 p. [En particulier, pp. 149-150, p. 320]. — Claude Émerique, « Les pendus de Nîmes », in La Résistance dans le Gard, Paris, AERI, CDROM et livret d’accompagnement, 36 p. Paris, 2009. — Aimé Vielzeuf, Bloc-notes 44 (Dans le Gard, en attendant la liberté), Nîmes, Lacour, 1994, 150 + XXXII p. [voir plus particulièrement les pp. 27-29 et 31-33]. — Aimé Vielzeuf, En Cévennes et Languedoc. Au temps des longues nuits, Nîmes, Lacour, 2002, 276 p, le chapitre III, « de l’affaire de Saint-Hippolyte-du-Fort aux pendaisons de Nîmes (28 février-2 mars 1944) », pp. 104-195, plus particulièrement les pp. 152, 166-167. — René Maruéjol, Aimé Vielzeuf, Le maquis Bir Hakeim, nouvelle édition augmentée, préface d’Yves Doumergue, Genève, Éditions de Crémille, 1972, 251 p. [pp.68-71]. — Site MemorialGenWeb consulté le 15 octobre 2019.

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