MARTIN Antide [MARTIN Pierre, Antide]

Né à Lyon le 15 décembre 1811, mort le 9 août 1882 ; notaire à Saint-Étienne (Loire) ; conseiller général de la Loire ; conseiller municipal de Paris en 1878.

Ce riche bourgeois possédait une des plus grosses études de notaire de Saint-Étienne, située place du Peuple. Il publia anonymement à Lyon en 1833 un Nouveau catéchisme républicain, par un Prolétaire, qu’on pouvait se procurer aux bureaux des journaux républicains la Glaneuse, le Précurseur et l’Écho de la Fabrique.
Il fut condamné par la Cour des pairs en avril 1835 — voir Baune E. — et ne cessa de s’affirmer comme un opposant à la monarchie de Juillet, notamment au sein de la Société des Droits de l’Homme.

En 1848, il fit partie du Comité provisoire qui avait chassé la municipalité pour la remplacer par des élus du peuple. Avec l’avocat Eugène Duché, il se fit l’inlassable commis-voyageur de la République. Nommé « maire provisoire » de Saint-Étienne, il fut candidat à la Constituante, et fut élu conseiller général. Il s’efforça de donner quelque cohésion au bloc ouvrier stéphanois, notamment par la fondation d’une société d’assistance mutuelle, la Société populaire qui, dissoute le 3 janvier 1851, fut « amèrement regrettée par les ouvriers ». Il fut candidat à la Législative et mena une active campagne, par réunions publiques et banquets, mais ne fut pas plus élu en mai 1849 qu’en avril 1848.
Au moment de la réaction, tous les opposants se rencontraient dans son étude, car il exerçait une très grande influence sur la classe ouvrière et dans tous les milieux républicains. Un rapport préfectoral le dépeignait comme « l’orateur favori des foules, disposant de la paix et de la guerre au sein d’une population agglomérée de plus de 80 000 âmes, dont les trois quarts d’ouvriers ». Durant toute la seconde République, il s’efforça, avec opiniâtreté, d’obtenir un tarif pour les ouvriers rubaniers.

Au moment du coup d’État de 1851, il fut expulsé du territoire français. Son sort était joué dès que le sous-préfet de Saint-Étienne eut alerté le préfet de la Loire en ces termes :« M. Martin, qui commande à la population ouvrière, qui peut, dans un cas donné, l’empêcher de se soulever, doit avoir et a, certainement, la puissance de la pousser à l’intervention et de lui faire prendre les armes... Il dispose donc d’une force immense, redoutable, qui fait échec à l’autorité... M. Martin ne doit-il pas être éloigné d’un théâtre où sa puissance est un véritable danger public ? Je crois, pour mon compte, que s’il est des coupables à Saint-Étienne qui avaient rêvé et comploté la ruine de la société, M. Martin est le plus coupable de tous. Homme d’une remarquable intelligence, d’une habileté que tout le monde se plaît à reconnaître, d’un talent de parole distingué, d’une entente des affaires et d’une exactitude hors ligne... »
« En décembre 1851, a écrit Antide Martin, j’ai été poursuivi le premier à Saint-Étienne. Non seulement le général de Castellane a donné l’ordre spécial de me conduire à Lyon et de m’expédier ensuite à Cayenne, mais encore on en voulait à ma position de notaire. »
Il y eut pourtant des grincheux pour juger qu’on lui avait réservé un traitement privilégié. Ainsi Vaillant, transporté à Lambessa, qui disait :« Au coup d’État où était-il donc ? Lorsque tant de citoyens furent emprisonnés dans la nuit du 1er janvier 1852, il était, dit-on, caché à Saint-Étienne. Sous la protection d’hommes haut placés, il a vendu son étude à l’amiable. Antide Martin s’exilait dans les bureaux du Crédit mobilier dirigé par M.M. Perrève (40 000 francs par mois) » (L’Éclaireur, 21 février 1869).
D’autres encore lui reprocheront de n’avoir fait aucune politique active de 1851 à 1867. Voir Basty, Blanc Rh., Boudarel J.-M., Boudarel P., Bouzol, Chabal, Delaye V., Sirdey Th., et Vaillant lui-même (L’Éclaireur, 21 février 1869). Quoi qu’il en soit, en 1857, Antide Martin, figurait encore sur une liste de suspects.

Le 4 juillet 1868, il fut l’un des signataires du manifeste coopératif publié par La Réforme, dont il était l’un des rédacteurs. En février 1869, avec Cohadon, il tenta en vain de lancer une souscription d’actions du Nouveau Crédit au Travail, destiné à remplacer le défunt Crédit au Travail de Béluze.

Sous la Commune de Paris, Antide Martin assista ès-qualités, le 28 avril 1871, à la tenue des Vénérables des Loges parisiennes, qui se prononça par huit voix contre six contre la manifestation du lendemain en faveur de la Commune de Paris. Voir Thirifocq Eugène.

En 1878, il devint conseiller municipal de Paris (quartier de l’Hôpital-Saint-Louis) en remplacement d’un autre coopérateur, Degouve-Denuncques. En 1877, il fut encore, avec Favelier, le fondateur d’une société coopérative, le Comptoir des Producteurs et des Consommateurs.
Voir Basson, Favelier.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article224612, notice MARTIN Antide [MARTIN Pierre, Antide], version mise en ligne le 20 mars 2020, dernière modification le 16 avril 2021.

ŒUVRES : Nouveau catéchisme républicain, indiquant à tout citoyen ses droits, ses devoirs et la forme de gouvernement qui convient le mieux à la dignité et au bonheur d’un peuple, Lyon, chez Baron, 1833, in-8, 87 p.

SOURCES : Arch. Dép. Loire, 10 M 33 et 10 M 37. — Arch. du Grand Orient (Bibl. Nat.) Cote 1 632. Vol. II. Manifestation du 29 avril 1871. — Gaumont, Histoire générale de la Coopération en France, t. I. — G. Duveau, La Vie ouvrière en France sous le Second Empire.

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