BOURDINAT Gervais

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 21 septembre 1831 à Bourges (Cher), mort le 7 février 1899 à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) ; entrepreneur en charpente et bâtiment à Paris ; communard, déporté en Nouvelle-Calédonie ; entrepreneur avec un certaine réussite à Nouméa, militant démocrate et anticlérical en Nouvelle-Calédonie.

Fils de François Decadi Bourdinat, journalier, et de Thérèse Devidé, Gervais Bourdinat demeurait à Paris, 25, rue Esquirol (XIIIe arr.), il était marié et père de deux enfants. Il était l’ainé de onze ans de Jean Bourdinat.
Pendant le 1er Siège de Paris, il fut simple garde à la 3e compagnie du 42e bataillon de la Garde nationale et continua sous la Commune. Le 15 avril 1871, il passa dans la 13e batterie d’artillerie et occupa plusieurs jours le fort de Bicêtre, les Hautes-Bruyères et Villejuif (Seine). De retour à Paris, il reprit son travail jusqu’au 19 mai, puis retourna au fort de Bicêtre et aux Hautes-Bruyères ; il rentra à Paris avec sa batterie, le 25 mai ; il aurait alors cessé tout service et fut arrêté à la mi-juin.
Il avait été condamné, en 1867, à 100 F. d’amende pour coups et blessures ; on le dit « partisan exalté de la Commune », et le 9e conseil de guerre le condamna, le 18 mars 1872, à la déportation simple et à la dégradation civique.
Il arriva en Nouvelle-Calédonie le 3 mai 1873 par le bateau l’Orne et fut autorisé dès novembre à résider à Nouméa où sa femme et ses deux enfants vinrent le rejoindre par le Fénelon. Il fut employé chez un entrepreneur, puis réunit 12 000 F environ provenant de la vente du matériel et de l’outillage qu’il avait dû laisser à Paris ; il monta un atelier rue D’Austerlitz ; les archives gardent la trace d’une plainte de son voisin, Maître Desjardins protestant contre le bruit causé par la machine à vapeur de la scierie. Il reçut des fonds qu’on lui avançait, soumissionna à de nombreuses entreprises. Il fut assesseur près du Tribunal de Commerce et vice-président de la Société de secours mutuels la Fraternité.

Il devint propriétaire de trois immeubles et selon l’administration l’« un des meilleurs sujets de la déportation » ; ayant bénéficié d’une remise de peine, le 4 janvier 1877, puis d’une remise de la résidence obligatoire, le 15 janvier 1879, il resta néanmoins en Nouvelle-Calédonie et devint membre de l’Union démocratique de propagande anticléricale. Conseiller municipal de Nouméa, il fut, ainsi que quatre autres élus, censuré par le Gouverneur mais tous les cinq furent réélus au second tour le 20 février 1881.
Vers 1887-1888, l’économie n’étant plus florissante, il fit paraître un avis indiquant que "vu le chômage actuel des affaires, il vient de prendre la carrière et le four à chaux de Creugnet".
Veuf en 1882, il se remaria en Nouvelle-Calédonie le 19 septembre 1883 avec Léonie Lenfant, veuve Varigault mais divorça le 20 janvier 1886.

Trois enfants étaient nés avant la déportation : une fille et Louis Eugène (1856) et Gervais en 1876. Louis eut trois enfants dont Gaston, Gervais, Charles, né le le 4 août 1879 à Nouméa qui fut avocat dans cette ville, bâtonnier de l’Ordre des avocats, conseiller général en 1912 et président du Comité républicain-démocrate.

De ses deux fils, l’un était avocat à Nouméa et l’autre commerçant.

Gervais Bourdinat recueillit des objets et armes traditionnelles kanaks qu’il envoya en France. Sa collection est présentée au Musée de Bourges en 2020.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article53702, notice BOURDINAT Gervais par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 3 août 2021.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/744 et H colonies 73. — Arch. PPo., listes d’amnistiés. — Patrice O’Reilly, Calédoniens, répertoire biobibliographique de la Nouvelle-Calédonie, Paris, Société des Océanistes, 1953. — Notes Jean-Pierre Gilbert. — Archives départementales du Cher, état civil de Bourges, registre des naissances. — Notes de Louis Bretonnière et de Roger Pérennès.

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