FRÉCHARD Charles. Pseudonyme : ALEXANDRE Albert [version DBK]

Par Claude Pennetier

Né le 15 mars 1898 à La Petite-Raon (Vosges), mort le 21 juillet 1981 à Clamecy (Nièvre) ; tourneur sur métaux ; secrétaire de la Région troyenne du Parti communiste de 1929 à 1930 ; élève de l’ELI ; secrétaire d’André Marty de 1934 à 1947 ; dirigeant communiste du XIIIe arr. de Paris ; déporté en Allemagne.

Fils d’un garde forestier et d’une tisserande, Charles Fréchard fréquenta l’école primaire jusqu’à l’âge de treize ans et obtint son certificat d’études. Il commença à travailler en 1912 comme apprenti mécanicien à Senones (Vosges). En 1915 il vint travailler dans la région parisienne comme tourneur sur métaux en particulier chez Renault et Salmson. Il fit son service militaire de 1917 à 1920 pendant trois ans et demi dans l’artillerie de campagne et servit au front huit mois.

Dès sa libération du service militaire en juillet 1920, Charles Fréchard adhéra au Parti socialiste puis au Parti communiste. Installé à Troyes (Aube), il fut, en 1929-1930, secrétaire de la région troyenne du PC.

Dans son autobiographie Charles Fréchard déclarait avoir « résisté avec la majorité du comité régional de l’Aube à l’application de la tactique classe contre classe et voté le retrait de [leur] candidat [pour] le radical Robert » en 1928. Bien que n’ayant participé alors à aucun travail fractionnel il avait « suivi les responsables Oudin, Plard et Cuny » qui, eux, menaient selon lui un tel travail. Il reconnut son erreur lors d’une conférence départementale présidée par André Ferrat. Déchargé de ses fonctions à la commission syndicale, il resta au comité régional et en devint secrétaire en août 1929. En juillet 1930, l’exclusion de René Plard provoqua des réactions violentes des communistes troyens contre Fréchard, et lorsqu’en août eut lieu la discussion à Paris sur cette exclusion celle-ci fut annulée et Fréchard retiré du secrétariat régional. En septembre 1930, il partit comme élève à l’École léniniste internationale de Moscou sous le pseudonyme d’Albert Alexandre. Les appréciations portées sur Fréchard à l’École ne furent pas très enthousiastes. On y reconnut certes son assiduité, sa bonne élaboration de matériel, son attachement et son dévouement mais on déplorait ses difficultés à « tirer de justes conclusions lesquelles ne sont pas toujours suffisamment réfléchies », et une incompréhension de « certains points de construction du socialisme (particulièrement en ce qui concerne les conditions de vie de la classe ouvrière) ». Auguste Havez* parle « d’intelligence moyenne » et Henri Barbé « d’intelligence au-dessous de la moyenne ». Barbé juge qu’ayant commis « dans sa région des fautes sectaires… il ne s’[était] pas complètement débarrassé de ses faiblesses ». Sans « spécialité définie, il pourrait être un dirigeant de rayon industriel ou d’une région de moindre importance ».

Après l’École léniniste internationale, Charles Fréchard s’installa à Paris en 1933 et devint, dès février 1934, le secrétaire d’André Marty. Il l’aida dans ses travaux municipaux jusqu’en juin 1936 puis dans ses travaux parlementaires. Domicilié dans le XIIIe arr. — fief de Marty — il fut secrétaire à l’organisation de la section communiste.

Non mobilisé en septembre 1939, Charles Fréchard travailla dans diverses usines. La police l’arrêta au début de l’année 1941. Il s’évada du camp de Fort-Barraux (Isère) le 7 juin 1941, mais fut repris à La Roche-du-Glun près de Tain-l’Hermitage (Drôme). Il séjourna dans plusieurs prisons avant d’entrer le 18 août 1944 au camp de Compiègne d’où il partit en déportation en Allemagne. L’avance américaine le libéra le 30 avril 1945.

Charles Fréchard redevint secrétaire parlementaire d’André Marty qu’il jugeait « exigeant et brutal » (entretien du 25 août 1976). De son côté, Marty* le qualifiait sévèrement et trouvait son comportement « ultra-sectaire » aussi se sépara-t-il de lui en 1946 (Arch. Marty, note du 1er juin 1956) mais lui demanda de travailler à nouveau à son service en 1947, une nouvelle expérience qui ne dura que quelques mois. Retourné à l’usine, il assura le secrétariat de la section communiste et du comité d’entreprise de la SNECMA jusqu’à son licenciement en 1950. Après un passage de deux ans chez Renault, Fréchard entra dans une entreprise qui devint Thomson CFS et y travailla jusqu’à sa retraite en 1963.

Charles Fréchard resta trente-quatre jours à la prison de la Santé après la manifestation du 28 mai 1952 contre le général américain Ridgway. L’ancien secrétaire de Marty* approuva et alimenta par son témoignage les accusations portées contre André Marty à partir de mai 1952 et se félicita de la subtilisation par son successeur Jacques Kahn de « plusieurs valises de documents ayant trait à l’activité du PCF que Marty comptait sans doute utiliser contre le Parti » (lettre du 26 août 1976). Mais, à la différence de Kahn qui écrivit dans ses souvenirs : « Ce qu’on aurait absolument dû éviter à son égard [de Marty], ce furent les imputations calomnieuses, le qualifiant de policier, sans rapport avec les faits établis » (« Persiste et signe », p. 131), Fréchard affirmait encore en août 1976 : « Toute sa carrière politique [de Marty] a donc été basée sur le mensonge, sur une gloire non méritée après qu’il se fut désolidarisé de la révolte. Sur ce piédestal usurpé, étant entre les mains de la police, il est monté jusqu’à la direction du PCF et de la IIIe Internationale. Belle carrière d’un pauvre type. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article73182, notice FRÉCHARD Charles. Pseudonyme : ALEXANDRE Albert [version DBK] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 10 août 2009, dernière modification le 4 octobre 2010.

Par Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, 495 270 672 : questionnaires biographiques des 16 août 1930 et 1er septembre1930 ; dossier ELI ; autobiographie du 1er juin1932. — Arch. A. Marty (J. Maitron, B XIX, P. VI et note Marty, 1er juin 1956). — Lettre de Ch. Fréchard à Jean Maitron, La Chapelle-Saint-André, 26 août 1976 et entrevue avec Jean Maitron, La Chapelle-Saint-André, 25 août 1976. — Notice par Jean Maitron, Claude Pennetier et René Lemarquis, DBMOF.

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