GIRAUD Marius [Val-de-Marne]

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 17 septembre 1899 à Saint-Dizier-Leyrenne (Creuse), hameau de Lavilate, mort le 5 septembre 1992 à Villecresnes (Val-de-Marne) ; militant communiste puis socialiste, syndicaliste et coopérateur, fondateur et président de la coopérative l’Union des Électriciens ; militant culturel de Villecresnes et Périgny (Val-de-Marne) et à Boussy-Saint-Antoine (Essonne).

Marcel Body et Marius Giraud en 1981
Marcel Body et Marius Giraud en 1981

Fils d’un cultivateur et maçon et d’une fille de ferme, ses grands-parents maternels et paternels étaient maçons-émigrants à Paris. Le grand-père maternel avait été porté disparu pendant la Commune.

Marius Giraud fréquenta l’école primaire jusqu’à l’âge de dix ans car, après la mort accidentelle de son père, tué lors de l’abattage d’un arbre, il dut se placer comme garde-vacher et ne fréquenta plus l’école primaire que durant l’hiver, de novembre à mars ; il y resta jusqu’à l’âge de treize ans et l’obtention du Certificat d’études. Durant trois années, il fut alors garçon-maçon et, à l’âge de seize ans, il quitta la Creuse pour Paris.

Porteur aux Halles et apprenti-peintre en 1915-1916, garçon-maçon à Paris en 1916-1917, à Levallois en 1917-1918, il revint ensuite en Limousin. Il fut alors terrassier puis charpentier en fer au Palais-sur-Vienne (Haute-Vienne). En 1919-1920, il travailla à Cahors puis à Toulouse en qualité d’aide-couvreur en compagnie d’Albert Conte, chef de chantier à l’époque, ex-secrétaire du comité électoral d’Édouard Vaillant. À Saint-Dizier-Leyrenne, il adhéra, à cette époque, à la section socialiste qui, à l’unanimité, se prononça pour la Troisième Internationale et, de ce fait, devint membre du Parti communiste.

Mobilisé en 1920 au 12e régiment d’Aviation, il participa à l’occupation de la Rhénanie et fut libéré en mars 1922 ; il se retrouva garçon-maçon à Reims en avril. Il adhéra au syndicat du Bâtiment et fut élu secrétaire adjoint. En novembre 1923, il fut délégué au congrès de la CGTU tenu à Bourges au titre de délégué des syndicats CGTU des Cheminots de la Marne.

Au cours de l’année 1924 ; il eut une activité politique et surtout syndicale. Dès 1922, il suivit des cours de marxisme organisés par L. Forzy et par le professeur Inchelin qui mourut déporté en Allemagne au cours de la Seconde Guerre mondiale. L’année suivante, il participa aux manifestations contre l’occupation de la Ruhr. Il était alors secrétaire de l’Union des syndicats de la Marne. Congédié de l’entreprise du bâtiment où il travaillait, mis à l’index, il fut par la suite embauché par Péricat en qualité de cimentier.

Malade en 1925, Marius Giraud retourna dans la Creuse. En septembre 1925, il reçut un télégramme du Syndicat du Bâtiment de Reims le désignant comme délégué au congrès de la Fédération du Bâtiment (CGTU) à la Bellevilloise et lui indiquant que sa candidature était posée au secrétariat de cette même Fédération. Il fut en effet désigné au Congrès comme secrétaire de la Fédération avec Marcel Brout* et Teulade.

En 1927 et 1928, il s’occupa des questions administratives puis, à la demande de Boyer, directeur de la Bellevilloise, il se chargea de trouver un chef de chantier pour diriger la construction de la grande salle de la Bellevilloise. Il proposa Péricat qui fut accepté par le conseil d’administration.

En juin 1926, le Ve congrès de Lille le nomma membre du Comité central du Parti communiste (tendance opposée aux consignes de l’Internationale Communiste relatives au mouvement syndical). Désigné par la fédération communiste de la Creuse comme candidat aux élections législatives d’avril 1928 dans la circonscription de Bourganeuf, il fut battu par Riffaterre républicain socialiste au second tour par 5 639 voix contre 4 815.

De retour à Paris, il déclina, en 1929 au congrès de Bordeaux, tout mandat syndical rétribué et reprit sa profession dans le bâtiment ; il prit part à des conférences du Secours Rouge en faveur de Claverie arrêté en Algérie pour s’être prononcé en faveur de l’indépendance.

De retour dans la Creuse, il rencontra Jacob qui, exclu du PC, le recruta, comme ouvrier du Bâtiment, pour l’électrification des campagnes. Il prit alors, début 1930, la décision de démissionner du Parti communiste, décision motivée par son désaccord avec la tactique « classe contre classe » et l’ingérence du Parti dans le mouvement syndical. En novembre 1931, il fut délégué au VIe congrès par la CGTU à Paris.

Il avait fondé, en 1930, l’association ouvrière appelée Union des Électriciens du Centre dont l’activité s’étendit à l’époque au plan départemental. De 1930 à 1933, il se consacra à l’action coopérative et au développement de l’association ouvrière dont le siège fut transféré, en 1933, au Pré-Saint-Gervais (Seine). À la demande de son ami Joseph Burguet, il sollicita sa réadmission au Parti socialiste pour y soutenir la tendance Marceau Pivert.

Les événements du 1934 l’incitèrent alors à lutter contre les Ligues factieuses, ce qu’il réalisa dans la Creuse avec Marcel Body et Joseph Burguet. L’unité d’action fut réalisée, pour la première fois depuis 1920, entre socialistes et communistes à Saint-Dizier-Leyrenne et à Bourganeuf. En mai 1935, il lui fut alors proposé d’être candidat aux élections municipales dans sa commune natale de Saint-Dizier. Élu au premier tour, il fut désigné à l’unanimité comme maire de la commune. Il conservera cette fonction jusqu’à la signature du Pacte germano-soviétique de 1939. Trois membres de la municipalité, dont le 1er adjoint, ayant approuvé le Pacte, il donna sa démission de maire.

En 1937, il fut délégué par la fédération socialiste de la Creuse (tendance proche de Marceau Pivert) au congrès de Marseille. En 1938, il fut délégué par la même fédération au congrès de Royan.

Mobilisé en 1939, Giraud fut interné en mars 1940, au camp de Saint-Benoît près d’Auffargis (Seine-et-Oise, Yvelines) dont il ne sera libéré que début mai à la suite de l’intervention de F. Charbit auprès de Camille Benassy chef de cabinet de Frossard ministre des Travaux Publics. Mis en affectation avant la débâcle, Marius Giraud reprit ses fonctions à la tête de l’Union des Électriciens.

Pendant l’Occupation, l’Union aida des militants allemands antihitlériens qu’envoyait Adrienne Montegudet*. À la Libération, il devint conseiller municipal du Pré-Saint-Gervais, poste qu’il abandonna bientôt puis il démissionna du Parti socialiste au temps de la guerre d’Algérie. Il participa, avec N. Harasse, à la formation de la Fédération coopérative du bâtiment et des travaux publics et devint membre de son conseil d’administration. Il participa également à la création de groupements coopératifs importants – dits de tous corps du bâtiment – pour les régions sinistrées, groupements interprofessionnels qui continuèrent leur activité dans la construction des HLM de la région parisienne et la reconstruction de Dunkerque, Le Havre, Dieppe, Saint-Nazaire. En dehors de ces activités, M. Giraud contribua à la fondation d’un Centre de ravitaillement pour les HLM du Pré-Saint-Gervais (alimentation et chauffage) et sympathisa activement avec la revue syndicaliste révolutionnaire fondée par Pierre Monatte, la Révolution Prolétarienne.

À partir de 1966, Marius Giraud a mené une action sociale sur différents plans à Villecresnes et Périgny (Val-de-Marne), notamment à partir de 1971 avec le Groupe d’études et de recherches de Boussy-Saint-Antoine (Essonne), groupe qui organisait conférences et études sur les problèmes économiques et sociaux de notre temps.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article73275, notice GIRAUD Marius [Val-de-Marne] par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 13 août 2009, dernière modification le 28 mai 2020.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Marcel Body et Marius Giraud en 1981
Marcel Body et Marius Giraud en 1981

SOURCES : Notes recueillies auprès de l’intéressé.— Etat civil.

ICONOGRAPHIE : L’album du 10 mai, Club socialiste du Livre, 1981, première photographie de l’album.

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