WICHENÉ Simon

Par Gilles Morin

Né le 3 mars 1911 à Paris (XIIe arr.), mort le 21 juillet 1963 à Paris (Xe arr.) ; cheminot, facteur aux écritures ; résistant ; responsable d’associations de déportés et de résistants ; militant pacifiste, anti-raciste et anti-colonialiste ; socialiste SFIO.

Fils de Jacob de Krom Jenny, de nationalité française, d’origine israélite, Simon Wichené effectua son service militaire du 15 avril 1932 au 31 mars 1933 au 151e RI à Metz (Moselle). Après avoir été à partir de 1931 vendeur dans diverses maisons, comme la Samaritaine, il fut employé comme facteur aux écritures à la gare de Paris-Nord, le 25 janvier 1937. Après avoir résidé rue Rodier, il s’installa à Aulnay-sous-Bois. Jusqu’en 1947, la police ne lui connaît pas d’activité politique. Il était pourtant actif depuis plus d’une décennie.

Simon Wichené était en 1935 militant socialiste dans le IXe arrondissement de Paris, membre de la tendance Gauche révolutionnaire de Marceau Pivert ; il écrivit dans le bulletin du courant. Wichené fit partie des Jeunesses socialistes dans le département de la Seine. Membre de l’aile gauche des JS, il en fut exclu en 1937 aux côtés de Lucien Weitz, Jean Meier, etc. Il fut ensuite militant du Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP), dont il fut le candidat lors d’une élection municipale partielle dans le IXe arrondissement de Paris en novembre 1938, puis en mars 1939 pour une cantonale dans le canton d’Aulnay-sous-Bois.

Y a-t-il identité avec « Simon Wichene », qui était en 1935 le secrétaire de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme dans le IXe arrondissement de Paris ?

Mobilisé comme soldat du 2 octobre 1939 au 31 juillet 1940 au 146e RI à Mayenne, il aurait appartenu à la Résistance ferroviaire et à Libération-Nord et permis, grâce à ses fonctions administratives à la SNCF, de faire employer des réfractaires du STO. Il fut arrêté comme résistant, sur dénonciation, dans la nuit du 15 au 16 avril 1944 à son domicile par les autorités allemandes. Il fut emprisonné tout d’abord à Enghien, puis à Maisons-Laffitte, où il fut torturé une semaine durant. Interné à Drancy comme Israëlite du 22 avril au 18 août 1944, il devint chef d’escalier et employé du service social. Il aurait fait paraître, avec Roger Salomon, un organe clandestin, La voix des camps.
Gérant-rédacteur, en janvier 1945, d’un journal reprenant le titre du journal clandestin de Drancy — qui se transforma en Hebdo-France en 1946 —, il était délégué à la propagande du conseil d’administration de l’Union des anciens internés raciaux, du camp de Drancy, Pithiviers et Beaune-la-Rolande, victimes du nazisme, dont le siège était situé 14, boulevard Montmartre à Paris (IXe arr.). Celui-ci prit en août 1946, le nom de Confédération générale des anciens internés et déportés des victimes de l’oppression et du racisme et Wichené en devint secrétaire général, étant en disponibilité de la SNCF depuis 1945. Elle comptait alors selon la police de huit à dix mille membres. Prenant la parole lors d’une réunion de l’association, le 4 février 1945, il prit à parti l’administration publique et les commissariats de police, à qui il reprochait de mal recevoir ses coreligionnaires et les communistes. Il était aussi secrétaire de la Fédération française de l’Union internationale contre le racisme et de l’Association des anciens de la Résistance du camp de Drancy et appartenait au Conseil d’administration de l’association Tribune populaire. La police le notait comme membre du comité de direction des jeux du cercle « Le Vendôme ».
En juin 1949, Roger Salomon, alias Jacques Darville, et Alexandre Monnot, dans une réunion de la Confédération générale des internés, accusa Wichené de trafic de cartes de naturalisation et de cartes de travailleur étranger, de dilapidation de dons et de fonds et de « jouer les dictateurs » à la tête de leur organisme. Un congrès extraordinaire d’information tenu le 29 novembre 1949, réunissant 175 présents, approuva la gestion de Wichené, dissout la Confédération et fonda l’Union internationale antiraciste (UIA) d’où furent exclu Salomon et Monnot. Elle publia en décembre 1949 Nos Combats, journal dont Wichené était propriétaire et rédacteur en chef et auquel collaborèrent Pierre-Bloch, qui était président d’honneur de l’Association et membre du bureau, Léon Boutbien, Marcel Capy, etc. Les buts de l’UIA étaient proches de ceux de la LICA mais elle s’occupait plus de cas particuliers, alors que la LICA prenait plutôt position dans des problèmes d’ordre général. Les 9 et 10 août 1955, l’UIA tint un congrès mondial à Paris, rassemblant des personnalités étrangères plutôt que des mouvements véritables. Gravement malade, Wichené, qui était le seul animateur de l’association et ne put se trouver de remplaçant, dut abandonner toutes ses activités de 1957 à 1959. L’association fut même dissoute en juin 1958 mais Wichené tenta de lui redonner vie en 1960 puis fonda en 1961 une association « Public-relations » qui continua à intervenir auprès des autorités administratives en faveur de particuliers. Depuis le 1er avril 1959, il était chef de service à RTF-service, organisme chargé de la liaison avec les auditeurs et téléspectateurs de la radio et de la télévision.
Redevenu membre du Parti socialiste SFIO à une date indéterminée, il intervint au congrès national d’août 1945 sur la réforme des statuts du parti en dénonçant le procédé consistant à présenter le projet du comité directeur en indiquant que Léon Blum en était l’auteur, jugeant que c’était une pression morale sur les militants et les sections. Il était alors membre de la section d’Aulnay-sous-Bois. Il fut candidat à la commission exécutive fédérale de la Seine en 1949 et secrétaire de section de Pavillons-Sous-Bois en 1952-53.
Simon Wichené, antiraciste et pacifiste, était en rapport avec des militants coloniaux depuis 1947 au moins, dont des représentants du Viet-Minh en Fance en 1947. En février 1948, il fonda L’écho de France et de l’Union française, qui paraissait bimensuellement, avec Marceau Pivert, Paul Louis, Max Salmon, Henri Barré et Roger Salomon. En 1955, il fut membre du secrétariat et trésorier du Mouvement Justice et Liberté Outre-mer, organisation anticolonialiste fondée par Jean Rous en 1953.
Marié avec Léontine Maury, il fut père d’un fils, Roger, né le 3 juin 1934 à Aulnay-sous-Bois.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article9556, notice WICHENÉ Simon par Gilles Morin, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 1er décembre 2020.

Par Gilles Morin

SOURCES : Arch. Claude Fuzier, dossiers Seine. — Arch. de l’OURS, correspondance Seine-et-Oise, Vosges. — Le Populaire, 6 avril 1937. — Le Temps, 29 novembre 1938. — Le Petit Journal, 13 mars 1939. — État civil. — Notes de Julien Chuzeville.

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