PRÉVOT Gabriel [PRÉVOT Antoine, Abel, Gabriel]. Pseudonymes ELLEN ou ELLEN-PRÉVOT Gabriel

Par Justinien Raymond, Madeleine Rebérioux

Né le 11 août 1877 à Auch (Gers), mort le 5 juin 1952 à Toulouse (Haute-Garonne) ; professeur agrégé des lettres ; militant socialiste, député de Haute-Garonne (1910-1919) ; maire de Toulouse (1935-1940).

Gabriel Prévot
Gabriel Prévot
Député

Gabriel Prévot était le fils unique de Paul Prévost, chef de brigade des postes, résidant à Paris, qui faisait la liaison Paris-Toulouse, et de Bernarde Serre, sans profession. Il effectua ses études secondaires au lycée de Toulouse puis au lycée Henri IV à Paris, et intégra l’École normale supérieure en 1898. C’est là qu’il fit, en pleine Affaire Dreyfus, ses premières armes militantes en « risquant sa peau en Sorbonne aux cours du dreyfusard Buisson », comme il l’écrivit dans La Cité, le 21 novembre 1905. Il adhéra aussitôt à la fois au groupe « Unité socialiste » du Ve arrondissement de Paris et au Parti socialiste français de Toulouse, assez squelettique, au comité fédéral duquel il siégea. Jaurès avait également introduit ce normalien toulousain à la Dépêche à laquelle il collabora de 1903 à 1905 (il l’appellera plus tard sa « nourrice délicieuse »). Il fit partie en avril 1904 de l’équipe primitive des « dix-sept agrégés » (il ne l’était en fait pas encore) et se chargea de la rubrique paysanne où il acquit une certaine compétence ainsi que pour l’ensemble des « questions sociales » (fiche du préfet, Arch. Dép. 2 M 48).
Gabriel Prévot enseigna d’abord au lycée d’Aurillac (Cantal), puis à celui de Cahors (Lot), où il se maria le 18 décembre 1907 avec Marguerite Gibert, et fut reçu à l’agrégation des lettres en 1909.

Ce n’est pourtant pas dans le Lot où le socialisme était un peu moins qu’embryonnaire, mais dans la Haute-Garonne où son nom était déjà connu, ne fût-ce que par sa collaboration à La Dépêche, puis à La Cité, qu’il allait conduire sa carrière socialiste. Pendant trois ans, de 1905 à 1908, il fut délégué permanent de la fédération SFIO au Congrès national et il la représenta au congrès de Limoges (1906), plus tard, au congrès de Saint-Quentin (1911).

Son entrée dans la vie politique se fit immédiatement au niveau le plus élevé : en décembre 1905, il se présenta aux élections législatives dans la 2e circonscription de Toulouse, briguant l’ancien siège du socialiste indépendant Gustave Calvinhac, contre Couderc, le secrétaire de la mairie radicale avec qui il polémiqua sous le pseudonyme d’Ellen (allusion sans doute à sa culture grecque) qu’il accola plus tard tantôt à son nom, tantôt à son prénom. C’est à cette occasion qu’il rompit avec La Dépêche et que diverses pressions s’exercèrent sur Jaurès pour qu’il ne soutienne pas, lui, collaborateur régulier du grand quotidien, ce jeune loup (assez bénin, mais habile) jugé dangereux. Jaurès ne céda pas, et, les 16 et 17 décembre, La Cité publia en première page un appel chaleureux aux « démocrates résolus » et aux « ouvriers » pour qu’ils signifient « leur volonté d’émancipation intégrale [...] sur le nom de G.-E. Prévot dont ils connaissent déjà l’activité, l’ardente conviction et la compétence ». Prévot fut battu, mais de peu : 6 043 voix contre 6 488 à Couderc.

Il se présenta à nouveau dans la même circonscription aux élections générales d’avril-mai 1906. En tête au premier tour cette fois, avec 6 058 voix, il se retira au second dans le cadre d’un accord électoral passé avec le parti radical pour assurer l’élection du socialiste Albert Bedouce dans la 1ère circonscription. Mais le préfet, qui avait largement contribué au succès de cette négociation par différents moyens inégalement proches de la vérité (Arch. Dép. Haute-Garonne 2 M 48), avait été inquiet jusqu’à la dernière minute. Prévot s’était d’ailleurs déjà rabattu sur le conseil municipal : élu en février 1906, il le quitta en 1908 comme presque tous les socialistes, mais y rentra à nouveau en 1912 pour y exercer jusqu’en 1919 les fonctions d’adjoint au Travail et à la Prévoyance sociale.

Militant dévoué, il acceptait d’aller parler à la campagne où ses compétences le servaient, comme dans un grand meeting ou une réunion de quartier. « Son langage vif, net et précis » (l’expression est du commissaire central de Toulouse le 15 avril 1908, Arch. Dép. 4 M 112) savait n’exprimer de sa pensée que les aspects non délictueux. Avec une bonhomie plus apparente et beaucoup moins d’ampleur, il suivait d’assez près le modèle jaurésien. Invoquant un jour, pour prouver l’existence d’un impérialisme français, le cas de l’Algérie « où se ruent les capitalistes de tout acabit » (12 avril 1908, Arch. Dép. 4 M 112), il s’efforçait, un autre, d’expliquer à Bouglé, effrayé par le congrès d’Amiens, que les dirigeants de la CGT n’étaient que « des passionnés d’organisation et d’action ouvrière » (La Cité, 31 janvier 1907). Il participait aussi au Midi socialiste dont il était (en théorie) codirecteur avec Albert Bedouce.

En 1910, il enleva enfin le siège de député de Toulouse II : il obtint 6 754 voix au premier tour et fut élu au second. Il siégea, à la Chambre, en particulier à la commission de l’Enseignement. En 1914, il gagna près de 2 000 voix au premier tour (il en obtint 8 644), il lui fallut pourtant affronter encore Couderc au second tour pour l’emporter. Après avoir lutté activement contre la loi militaire des trois ans avec l’ensemble du Parti socialiste, notamment en parlant le 23 mars 1913 au grand rassemblement de Toulouse présidé par Ferroul, Ellen-Prévot soutint la politique de défense nationale jusqu’à la fin de la guerre, sans rejeter l’idée d’une reprise des relations socialistes internationales. Le 3 août 1917, au sein du groupe parlementaire socialiste, il déclara admettre la continuation de la participation d’Albert Thomas au cabinet Ribot, à la condition qu’il obtienne du gouvernement les passeports pour les socialistes qui se rendraient à la conférence internationale de Stockholm.

En 1919, Ellen-Prévot fut battu avec tous les candidats de la liste SFIO à l’exception de Vincent Auriol. Il avait recueilli 23 677 voix sur 134 245 inscrits (17,6 %). Il entra cependant au conseil général en octobre 1920 en se présentant comme un socialiste « aussi fermement modéré aujourd’hui dans mes conceptions que je l’étais il y a quinze ans ».

Aux approches du congrès de Strasbourg (février 1920), avec la quasi-unanimité de sa fédération, Ellen-Prévot se prononça pour l’adhésion à la IIIe Internationale. Mais les conditions dans lesquelles intervint la scission à Tours (décembre 1920) le maintinrent dans la minorité au sein de la SFIO. Après avoir échoué aux élections sénatoriales de 1924, par deux fois il tenta de retrouver un siège de député. En 1928, dans la 2e circonscription de Toulouse qu’il avait déjà représentée, il recueillit au premier tour 8 130 voix, derrière le candidat radical-socialiste, Ernest Beluel (8 306 voix), et devant le communiste Marcel Bergé (2 311 voix) ; il fut battu au second tout avec 9 332 contre 9 672 à Beluel, élu en raison du maintien du candidat communiste. Communistes et radicaux utilisèrent contre lui son appartenance aux conseils d’administration de trois sociétés : Paris-Maroc, Produits chimiques et blanc de Comires, Société anonyme des Ferronneries du Midi.

Ellen-Prévot avait rencontré des difficultés avec sa fédération, et la Voix des Travailleurs du 8 février 1930 parla de sa « réintégration » au Parti socialiste SFIO. il venait de se remarier à Paris (IXe arr.) avec Pauline Manzi. il s’était lancé dans les affaires et c’est en qualité d’industriel, toujours sous le drapeau de la SFIO, qu’il se présenta aux élections législatives de 1932 dans la circonscription de Villefranche : le candidat socialiste y avait obtenu 1 687 voix en 1928 ; Ellen Prévot en recueillit 2 154 sur 12 910 inscrits, derrière Henri Auriol, alliance démocratique, élu par 5 887, et Carrère, radical-socialiste, 3 557. Ce fut sa dernière campagne électorale nationale. Faut-il penser que son éloquence spontanément quelque peu maniérée, l’avait aidé dans son ascension politique avant 1914 et le desservit ensuite ?

Après les élections municipales de mai 1935, Gabriel Prévot succéda cependant à Etienne Billières, décédé dans un accident d’avion en février 1935, comme maire de Toulouse, et le demeura jusqu’à sa révocation en 1940. Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur le 11 juillet 1935.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article127395, notice PRÉVOT Gabriel [PRÉVOT Antoine, Abel, Gabriel]. Pseudonymes ELLEN ou ELLEN-PRÉVOT Gabriel par Justinien Raymond, Madeleine Rebérioux, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 5 avril 2021.

Par Justinien Raymond, Madeleine Rebérioux

Gabriel Prévot
Gabriel Prévot
Député
Maire de Toulouse en 1935
En 1936

ŒUVRE :Collaboration à La Dépêche, 1903-1905, L’Humanité, 1904-1906, La Cité, 1905-1908, Le Midi socialiste, 1908-1912. — Le Socialisme aux champs, avec un article préface de Jean Jaurès*, Toulouse, 1905, 40 p. Bibl. Nat. 8° S Pièce 9 881 (articles parus dans la Dépêche et l’Humanité).

SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Arch. Dép. Haute-Garonne, 2 M 48 et 4 M 112 et 114. — Arch. Dép. Gers, état civil. — Encyclopédie socialiste d’Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes II, op. cit., p. 98 à 108, et La France socialiste, op. cit., pp. 376 et 377. — Comptes rendus sténographiques des congrès du Parti socialiste SFIO. — L’Humanité, 12 mai 1910. — La Voix des travailleurs, 1928-1930. — Biographie extraite du Dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940 (Jean Jolly), mise à jour en 2014. — Notes d’Alain Dalançon.

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