BASILLE Jean

Par Jean-Paul Nicolas

Né le 14 janvier 1921 à Raffetot (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), mort à Montivilliers (même département) en 2001 ; instituteur de Seine-Inférieure arrêté en 1941 ; déporté rentré de Buchenwald en 1945..

Jean Basille était le jeune frère de Maurice Basille mort à Auschwitz. Maurice était un militant politique et syndical de la raffinerie Standard à Notre-Dame-de-Gravenchon (Seine-Inférieure-Maritime). Les parents des deux frères, cheminots, quittèrent Saint-Pierre-du-Viger pour habiter Montivilliers à leur retraite en 1933. Là, il fréquenta l’école Primaire Supérieure et Professionnelle de Montivilliers jusqu’en 1938. En 1938, il entra à l’École Normale de Rouen. Ses convictions qui s’enracinaient dans la lutte antifasciste depuis 1936, l’amenèrent à militer avec les étudiants communistes dès 1938. À l’EN, les études duraient trois ans et la section de l’UEC (Union des Étudiants Communistes) comprenait au début des « Troisième année » comme Fernand Châtel, Michel Muzard, Joseph Dissoubray. Les réunions de l’UEC au sein de l’École Normale étaient clandestines car toute activité politique y était déjà interdite avant 1939. Au cours de sa scolarité à l’EN, Jean Basille a connu trois années intenses marquées par Munich, le Pacte germano-soviétique la drôle de guerre et l’interdiction du PCF, puis le début de l’Occupation avec le renforcement de la répression y compris dans l’Éducation Nationale.
Jean Basille participa ainsi à la vie du Parti à Rouen durant trois années scolaires dont les deux dernières furent totalement clandestines pour le parti qu’il avait choisi. Il suivit les cours politiques dispensés par le parti à Rouen et Sotteville. Ces cours continuèrent en 40 et 41 dispensés tour à tour par André Pican, Georges Déziré, les sœurs Yvonne et Madeleine Dissoubray, Valentin Feldman*. En 1941, il participait à diffuser la propagande du parti en compagnie d’Albert Castelli, Robert Pierrain* et Valentin Feldman. Il passa, en vacances scolaires chez sa mère à Montivilliers (près du Havre), les trois étés 1939,1940,1941. Fernand Châtel, son « Troisième année », qui était à présent devenu instituteur à Bléville, tout proche de Montivilliers, repris contact avec Jean durant les étés 40 et 41. Avec Fernand Châtel, initiateur de l’OS et des FTP en Seine-Inférieure, l’action ne s’arrêtait pas durant les vacances scolaires.
A la fin de ses trois années d’études, l’étudiant Jean Basille fit, en 1941, deux stages de probation dans deux villages de Seine-Inférieure l’un à Clères près de Rouen, l’autre à Rouville près de Bolbec. À Clères, le stage réunissait ses collègues de l’EN, Jean Basille exprimait ouvertement ses opinions anti-vychistes. À Rouville, il était stagiaire au sein d’une classe primaire, encadré par un instituteur titulaire qui était secrétaire de mairie du village et qui entretenait de très bons rapports avec la Préfecture. Les archives de la police de 1941 relatives à l’instituteur Jean Basille nous révèlent aujourd’hui qu’il s’était fait remarquer, et qu’on peut parler dans son cas de dénonciations consécutives aux stages de Clères ou (et) de Rouville.
La police de Rouen s’intéressait dorénavant aux deux frères Basille, à Maurice, syndicaliste du raffinage depuis 1933, à Jean, étudiant communiste depuis 1938. Une fiche préfectorale de renseignements postérieure à 1941 indiquait : De l’enquête effectuée par la Police Judiciaire de Rouen, il résulte que Basille a certainement un rôle très actif au sein du Parti Communiste clandestin dans la région de Lillebonne, et plus spécialement dans les milieux des maîtres-instituteurs pendant son stage à l’Ecole Primaire de Clères.
Octobre 1941 : Jean Basille devait effectuer sa première rentrée scolaire en tant qu’enseignant à Envermeu (arrondissement de Dieppe). Alors qu’il se rendait à son tout premier poste, Jean en fut empêché par la police qui l’arrêta à l’entrée de l’école juste avant son rendez-vous avec le directeur, le 2 octobre 1941. Une perquisition à son domicile permit de trouver, selon la police, " toute une documentation communiste" et notamment des timbres de solidarité au profit des emprisonnés et de leurs familles destinés à être vendus aux sympathisants.
Jean Basille fut condamné à 5 ans de prison et à 60 000 Francs d’Amende pour propagande communiste par le Tribunal Spécial de Rouen en date du 19 novembre 1941. D’abord détenu jusqu’en janvier 1942 en Seine-Inférieure, il fut transféré à la centrale de Poissy où il fut mis 10 mois à l’isolement pour avoir diffusé des tracts patriotiques dans la prison le 14 juillet 1942. En septembre 1943, nouveau transfert à la centrale de Blois, puis en février 1944 le gouvernement français livra tous les détenus politiques aux Allemands. Jean Basille fut déporté au camp souche d’Auschwitz dans le convoi où se trouvait le général Delestraint ainsi que Marcel Paul. Après douze jours passés à Auschwitz-Birkenau, son groupe fut convoyé à Buchenwald, là, Jean travaillait dans une usine pour l’armée allemande.
Il était chef de groupe dans un bataillon de choc de la résistance du camp quand il participa à l’insurrection libératrice du 11 avril 1945. Interviewé dans les années quatre-vingt dix, Jean Basille déclarait à ce sujet : "Nous avons pris les armes, libéré le camps, et nous sommes partis à la chasse aux soldats allemands. Les Américains, très étonnés, nous ont « rattrapés » vers 6 heures le soir".
Rentré en France le 8 mai 1945, Jean Basille reprit du service dans l’Éducation Nationale à l’école Jules Ferry de Montivilliers où il fit toute sa carrière comme instituteur de CM1 jusqu’à sa retraite en 1976. Il va sans dire que cet instituteur, ancien déporté de Buchenwald, jouissait d’une grande popularité dans la ville de Montivilliers.
Il avait gardé toutes ses convictions sans toutefois, semble-t-il, aller jusqu’à réintégrer l’appareil du Parti communiste d’après-guerre.
Il s’exprima à plusieurs reprises sur le sort de son frère Maurice qui, arrêté trois semaines après lui, périt en septembre 1942 à Auschwitz. Il pensait que son frère aîné était inscrit au carnet B en Seine-Inférieure et qu’il avait été arrêté dans le sillage de Maurice, militant fiché et surveillé par la Police.
L’ouverture récente des archives de la Sûreté a montré que Maurice Basille ne figurait pas au carnet B parmi les militants de pointe sélectionnés par les autorités de Police. Par contre l’engagement de Jean Basille au sein des étudiants communistes de Rouen dans la période très dangereuse des années 1939, 1940 et 1941, le fit repérer par la police française qui lui fit payer, par un emprisonnement à l’âge de vingt ans débouchant sur Buchenwald, son engagement et ses convictions politiques.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article178447, notice BASILLE Jean par Jean-Paul Nicolas, version mise en ligne le 7 février 2016, dernière modification le 8 septembre 2020.

Par Jean-Paul Nicolas

SOURCES : Témoignage de Monique Phillipart fille de Maurice Basille (2008). — Arch.dép. de Seine-Maritime : état-civil ; les arrêté(e)s de 40-44 : 51W410 ; témoignage sonore de Jean Basille recueilli par les ADSM en 1983. — Interview-portrait de Jean Basille, vers 1990, dans un bulletin municipal de Montivilliers fourni par sa nièce Mme Phillipart.

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