DEFRASNE Jean, Pierre, Charles

Par Maurice Carrez

Né le 27 juin 1924 à Paris (XVIIe arr.), mort le 17 novembre 2015 à Besançon (Doubs) ; professeur d’histoire, écrivain ; militant communiste (1945-1947) puis socialiste (1953-1989), secrétaire de la fédération du Doubs de la SFIO (1967-1971), conseiller municipal (1953-1959), adjoint au maire (1959-1983), puis premier adjoint (1983-1989) de Besançon ; président de la Société d’équipement du département du Doubs.

Son père, Victor Defrasne, issu d’une famille de paysans installée à Bouverans (Doubs), était devenu directeur d’école primaire dans la capitale. Dès son enfance, Jean Defrasne prit donc l’habitude de passer une bonne partie de ses vacances en Franche-Comté, soit dans le Haut-Doubs, soit à Besançon où son grand-père maternel était ouvrier horloger. Il aimait particulièrement participer aux travaux des champs qui le changeaient de sa vie de lycéen à Janson-de-Sailly. En 1940, suite à l’exode et à la retraite de son père, il vint habiter un an chez ses grands-parents bisontins. Il fréquenta alors la classe de philosophie du lycée Victor-Hugo. Il fut ensuite admis en hypokhâgne puis en khâgne au lycée Henri-IV à Paris.

C’est là qu’il découvrit l’engagement politique. À Henri-IV en effet, il y avait un groupe de résistance très actif, « Les volontaires de la liberté ». Le jeune homme ne participa à aucune action militaire, mais distribua avec ses camarades du matériel de propagande tout en assurant des liaisons avec d’autres structures clandestines. Comme il y avait de nombreux communistes parmi les adhérents, il se rapprocha d’eux. Il fit la connaissance de Pierre Hervé et fréquenta à l’UFU Albert Soboul et Émile Tersen. Entré à l’École normale supérieure en 1944, il y fonda une cellule en compagnie de quelques autres militants. Très actif, il organisait des conférences (Roger Garaudy, par exemple) et portait parfois la contradiction à des orateurs d’autres partis (Léon Blum}, 1947). Cet activisme ne plaisait guère au directeur Pofilet qui mit en garde les sept ou huit membres de la cellule, sans prendre toutefois de mesures de rétorsion. Il faut dire qu’il régnait alors rue d’Ulm une atmosphère de gauche.

Jean Defrasne participa aussi à de nombreux meetings au Vel’d’hiv, tout particulièrement à celui qui accompagna le retour de Maurice Thorez. Il lui arriva enfin de faire du prosélytisme jusque dans le Haut-Doubs. Il quitta toutefois le PCF à la fin 1947, en désaccord avec les grèves insurrectionnelles et le tournant de la guerre froide. Il avait par ailleurs d’autres soucis que la politique, puisqu’il était chargé de famille depuis peu (marié en 1946 avec Marie-Louise avec laquelle il eut trois enfants) et s’était beaucoup investi dans le travail de préparation à l’agrégation d’histoire qu’il réussit en 1948. De ce fait, quand il fut nommé professeur au lycée Victor-Hugo de Besançon à la rentrée 1948, il n’avait plus de carte qu’au Syndicat national de l’enseignement secondaire, où il milita au sein de l’établissement comme secrétaire de section. Il y devint en 1967 professeur en lettres supérieures puis première supérieure. Il était également intéressé par les activités des Clubs Unesco. Pendant trois ans, il fit ainsi une sorte de pause, malgré les efforts d’[André Vagneron-<133378] pour le faire réadhérer au PCF.

En 1952, les choses changèrent. Raymond Vauthier, figure connue de la SFIO, lui demanda de faire une chronique régulière dans Le Comtois, chronique qu’il tint pendant sept ans. Jean Defrasne entra à la SFIO un peu plus tard, sans doute en 1953, au moment de la campagne pour les municipales. Il fut classé d’emblée à la gauche du parti du fait de ses antécédents et de l’intérêt qu’il portait aux thèses développées par Gilles Martinet, l’homme fort du parti. Mais à Besançon, la SFIO locale restait globalement dans la ligne nationale. La section était encore assez ouvrière et restait sous la coupe de Jean Minjoz, ancien ministre, ancien maire et député, figure respectée du socialisme local. Minjoz s’efforçait d’être ouvert avec les militants qu’il avait su galvaniser pour la campagne municipale. Il respectait les idées de Jean Defrasne, bien qu’il ne les partageât pas toutes. Ce dernier fut rapidement élu à la commission administrative de la section de Besançon puis de la fédération du Doubs. On pensa même à sa candidature pour les législatives de 1956 dans le Haut-Doubs. Mais pour finir, il se consacra à la campagne de Jean Minjoz. Au niveau national, les choses étaient moins simples. Au congrès de Puteaux, en 1954, il avait représenté la minorité hostile à la CED (polémiquant à ce sujet avec le docteur Maître dans le Comtois) et à Guy Mollet. Lors des affrontements qui ouvrirent la voie à la scission menée plus tard par Robert Verdier et Edouard Depreux autour du PSA, il ne fut pas choqué par les idées des dissidents ; mais, comme il était opposé à une scission, il resta membre de la SFIO. Il était cependant en désaccord avec les orientations de Robert Lacoste et Max Lejeune sur l’Algérie, car il restait partisan de la négociation. Cela dit, il était choqué par les premiers attentats du FLN et ébranlé par la propagande officielle. Le revirement de Guy Mollet, selon ses propres termes, lui « fit mal », mais « d’une certaine manière, il en comprit les raisons ». Après 1956, il se rapprocha du courant Gaston Defferre qui prônait la négociation et repoussait la répression systématique, sans pour autant souhaiter l’indépendance directe. Bien qu’il eût de l’admiration pour Pierre Mendès France dans les années 1950, Jean Defrasne garda l’impression après 1956 qu’il était un idéologue plutôt qu’un homme d’action. Il ne le suivit donc pas en 1958 contre de Gaulle pour lequel il était certes méfiant, mais n’éprouvait pas de craintes particulières (il pensait même au contraire qu’il pourrait tirer le pays du guêpier algérien). Il y avait en outre des ministres socialistes au gouvernement, ce qui l’incita à tempérer ses positions vis-à-vis du général. Il eut une petite altercation avec Raymond Vauthier qui refusait de voter en faveur du oui au référendum. Pourtant, en 1959, Jean Defrasne ne regretta pas d’entrer dans l’opposition.

Cette année-là, pour la première fois, il fut élu à la municipalité de Besançon. Il commença par occuper le poste d’adjoint aux sports et aux marchés. Ancien basketteur, il avait une véritable passion pour les questions sportives. Il contribua pendant trois mandats successifs à de nombreuses réalisations d’équipements. Il siégeait aussi au comité directeur du RCFC, le club de football professionnel de la ville. Ce ne fut pas facile car certains membres de la section socialiste étaient par principe hostiles à des subventions pour les clubs non-amateurs. Concernant le deuxième volet de son poste, il participa de près à la rénovation des abattoirs et à la construction du nouveau marché couvert. Cette activité municipale, ajoutée à ses obligations professionnelles (il fut en charge de la Première supérieure au lycée Pasteur à partir de 1963), lui prenait beaucoup de temps. Il fut amené pourtant à militer davantage au sein de la SFIO départementale. Lors de la campagne pour le référendum d’octobre 1962, il s’engagea dans l’opposition au gaullisme. En 1963, Il participa au mouvement « Horizon 80 » en faveur de la candidature Defferre à la présidentielle et fut très affecté par l’échec final de l’opération. Comme l’élection présidentielle de 1965 avait pour un temps rapproché les forces de gauche (ce pour quoi il était à la section de Besançon l’un des moins réticents), il fut élu premier secrétaire de la fédération du Doubs en 1967, fonction qu’il exerça jusqu’au congrès d’Épinay en 1971. Il eut ainsi à gérer au plan départemental la très difficile campagne présidentielle de Defferre en 1969. Il eut pendant ces années à la fois de bons rapports avec André Boulloche et Jean Minjoz, en dépit de différences d’appréciation sur certains sujets. Lors de la préparation du congrès d’Épinay, il épousa clairement le point de vue savaryste, par méfiance à l’égard de François Mitterrand et du CERES. Quand il fut question de construire le nouveau PS, il eut l’impression d’être poussé sur la touche. Il fut remplacé par Marcel Domon, un montbéliardais, ancien membre des clubs, à la tête de la fédération du Doubs. Dès lors, il concentra son activité publique sur la municipalité où, de 1971 à 1977, il eut, en plus des sports, la charge des problèmes d’enseignement. Seules exceptions à cette règle : une candidature au conseil général en 1973 sur Besançon-Est, où il fut battu de justesse par l’UDR Raymond Tourrain, et la fonction de mandataire départemental du candidat Mitterrand en 1974. Il publia également à cette époque un certain nombre d’ouvrages d’histoire à l’usage des étudiants ou d’un public de curieux.

Délégué départemental de François Mitterrand pour les élections présidentielles de 1974, il participa activement en 1977 à la campagne unitaire de la gauche pour les municipales. Il devint adjoint à l’urbanisme ainsi que président de la SEDD et la SAIEMB. Il eut sous sa responsabilité la mise en place du POS ainsi que la réalisation ou la rénovation de plusieurs quartiers. Il s’investit aussi beaucoup sur le terrain, avec des réunions de quartiers régulières et de nombreuses rencontres avec ses concitoyens. Il ne militait pratiquement plus au sein de la section socialiste. En 1981 toutefois, il reprit momentanément du service pour soutenir la campagne législative de Joseph Pinard. Il se sentait à cette époque à la fois mauroyiste et rocardien, mais n’avait guère le loisir de l’exprimer dans les instances du PS. C’est en 1983, après le départ d’Henri Huot, qu’il fut choisi comme premier adjoint au maire de Besançon, charge très lourde qui mobilisa pratiquement toute son activité, dans une conjoncture pas toujours facile. Au moment de la crise avec les communistes et le retrait de leurs délégations d’adjoints par le maire, il soutint ce dernier sans avoir cependant de rôle particulier dans cette affaire. Il avait déjà pris du recul avec l’activité politique directe. Il fut néanmoins déçu en 1989, quand on lui fit sentir qu’il fallait du renouvellement à la municipalité et qu’il avait en quelque sorte fait son temps. Il en fit cependant assez vite son deuil, ayant à cette époque des ennuis de santé. Il se consacra à nouveau à des activités intellectuelles, écrivant quelques livres d’histoire et pour la jeunesse, tenant une chronique dans BVV, le journal municipal, et prenant des responsabilités dans l’Académie des sciences, belles lettres et arts de Besançon. À la fin des années 1990, il n’avait plus de carte au PS dont il restait seulement sympathisant.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21808, notice DEFRASNE Jean, Pierre, Charles par Maurice Carrez, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 8 novembre 2021.

Par Maurice Carrez

ŒUVRE choisie :
Contes et légendes de Franche-Comté, 1951. — Franche-Comté et Francs-Comtois, 1955 (Prix Louis Pergaud). — Contes et légendes du Berry (1956). — Episodes et récits de la Renaissance (1960). — (avec Michel Laran) Histoire, le monde de 1848 à 1914, Hachette, 1962. — La gauche en France, de 1789 à nos jours, Que sais-je ?, 1972. — Histoire de la collaboration, Que sais-je ? 1982. — L’occupation allemande en France, Que sais-je ?1985. — L’antiparlementarisme en France, Que sais-je ? 1990. — Histoire d’une ville, Besançon : le temps retrouvé, 1990. — Histoire des associations françaises, 2004. — Mystères et légendes au pays des dieux, 2007.

SOURCES : Entretiens avec Jean Defrasne (15 et 19 mars 1999). — Témoignages d’Henri Huot (6-11 septembre 1997), Gilbert Carrez (20 février 1998) et André Vagneron (16 février 2004). — Le Comtois (1952-1959). — L’Est Républicain (1971-1989).

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