TASSY Marius, Étienne, Baptistin

Par Renaud Poulain-Argiolas

Né le 27 décembre 1905 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort le 8 mai 1982 à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) ; cultivateur, puis cheminot ; militant communiste de Miramas (Bouches-du-Rhône) puis de Port-de-Bouc, où il fut conseiller municipal ; syndicaliste CGT ; résistant ; secrétaire du syndicat CGT des cheminots.

Marius Tassy (années 1920)

Fils de Gustave, Jules Tassy, cultivateur originaire d’Entrecasteaux (Var) et de Marie, Virginie Poésy, domestique née à Beuil (Alpes-Maritimes), puis cultivatrice avec son mari à la Verdière (Var).

À sept ans, Marius Tassy perdit sa mère. Lui et sa sœur aînée furent alors séparés : le garçon fut recueilli par un oncle (Louis Pourchier) et une tante à Peynier (Bouches-du-Rhône) où il apprit le travail agricole, tandis que la fille fut placée à l’orphelinat, avant d’entrer au couvent.
La Première Guerre mondiale éclata peu après. Beaucoup d’instituteurs furent mobilisés. Il fréquenta donc assez peu les bancs de l’école. Pour se faire de l’argent, il allait travailler chez les paysans des environs en le cachant à son oncle.

En 1925, il fit son service militaire à Coblence (Allemagne).
Il épousa en 1930 Juliette, Alexandrine Marsiglia, issue d’une famille de bouchers. Le couple déménagea à Miramas, où Marius Tassy avait été embauché par la compagnie ferroviaire PLM (Paris-Lyon-Méditerranée). Ils eurent deux enfants, dont l’aînée, Paulette Tassy, devint plus tard militante.
Connaissant peu de monde à Miramas, les Tassy se lièrent d’abord avec les ruraux originaires de Peynier comme eux. Marius sympathisa avec les oncles de leur propriétaire à Miramas, les frères Gavaudan (voir Edouard Gavaudan), liés aux idées communistes. Après son travail à la gare, il les aidait à faire les foins dans leur champ, à l’emplacement actuel du stade Méano. Sa fille, heureuse de ces moments partagés avec son père, l’accompagnait sur une charrette tirée par un âne. A cette époque, Miramas était une commune rurale où l’activité industrielle se concentrait surtout autour de la gare.

Adhérent à la CGT, Marius Tassy participa avec enthousiasme aux rassemblements de 1936 et aux grèves de 1938. Après la déclaration de guerre de 1939, il fut mobilisé pendant 6 mois. Pendant qu’il était au front, la direction de PLM écrivit à sa femme pour réclamer la restitution de cartes de transports permettant à leur famille de se déplacer gratuitement. Cette dernière refusa.
En 1941, il fut nommé sous-chef de manœuvre à Port-de-Bouc. Cela n’empêcha pas son domicile de Miramas d’être perquisitionné en son absence par cinq hommes de « La Cinquième » (police ferroviaire) qui se firent passer pour des assureurs. Il était soupçonné du vol de la moitié d’une locomotive… Les hommes ne trouvèrent évidemment rien. Sa fille supposa plus tard que ces différentes actions visaient à intimider les cheminots connus pour leur activité syndicale. Il semblerait toutefois que les sympathies communistes de Marius Tassy (que sa famille ignorait) étaient connues des autorités depuis un certain temps.
Le 2 août 1941, le nom de Tassy figurait dans le rapport 11.248 RI/SP que le commissaire principal de première classe Seignard, chef des services de la Police spéciale de Marseille, adressa à l’intendant régional de police. Ce rapport contenait une liste de vingt-huit cheminots communistes de Miramas, dressée à la demande de l’intendant régional. Certains des militants cités étaient des conseillers municipaux déchus en 1940 suite au pacte germano-soviétique. A propos de Tassy, il était mentionné qu’il vivait au 16, avenue d’Istres à Miramas, était brigadier manœuvre et avait été radié de l’affectation spéciale le 30 novembre 1939. Cette dernière information pourrait expliquer qu’on ait préféré l’envoyer au front plutôt que de le garder en service au chemin de fer.

La famille Tassy emménagea aux cités SNCF de Port-de-Bouc en août 1942 au 16, rue de la Gafette. Marius Tassy était actif dans le Parti communiste clandestin, dirigé au niveau local par Charles Scarpelli.
En novembre 1942, l’armée allemande défilait dans la ville. En tant que cheminot, il disposait d’un Ausweiss (laisser-passer) l’autorisant à sortir régulièrement après le couvre-feu de 20h pour faire face aux cas de déraillements.
Ce n’est qu’après la Libération que sa famille découvrit qu’il faisait partie d’un triangle de résistance cheminote actif sur le triage de Caronte, avec César Cauvin, et un certain Carrière, et que ses obligations professionnelles nocturnes faisaient office de couverture respectable. Une nuit, il se cacha dans le canal pour échapper à la vigilance des Allemands, alors qu’il ne savait pas nager.
En 1943, lorsque sa famille fut évacuée sur ordre de l’occupant et qu’il fut seul dans son logement, il hébergea des militants communistes recherchés : Paul Argiolas et Georges Lazzarino. Il cacha également un cheminot blessé, Louis Michon, qui préféra rester chez lui plutôt que d’être conduit à l’hôpital où on l’aurait inévitablement arrêté.

Après la guerre, Marius Tassy s’engagea davantage syndicalement. Il recevait chez lui Cauvin, Carrière et d’autres syndicalistes comme Scarpelli ou Joseph « Zé » Nunez*, qui devinrent des figures importantes lors du lock-out des Chantiers et Ateliers de Provence de 1949.
Lorsque Cauvin partit à la retraite, c’est Tassy qui endossa à son tour le rôle de secrétaire du syndicat CGT des cheminots.
Sur le plan politique, il fut candidat sur la liste menée par René Rieubon en 1953. Il fit ainsi deux mandats consécutifs comme conseiller municipal jusqu’en 1965.
Suite à une opération du rein en 1957, la SNCF lui aménagea un poste à l’huilerie Verminck de Caronte. Passionné de pêche, il passait une partie de son temps libre au bord de l’eau.
Apprécié de ses camarades de travail, c’est d’ailleurs une canne à pêche et un moulinet qu’ils lui offrirent lors de son pot de départ à la retraite en 1960. Préoccupé par la guerre d’Algérie (son fils avait été mobilisé), il fit savoir son émotion de recevoir un tel cadeau, mais que son plaisir aurait été plus grand encore s’il avait vu ses collègues s’unir face aux sombres événements à venir.
Il fut ensuite responsable de la section des cheminots retraités de Port-de-Bouc.
Concernant l’Algérie, il participa à différentes initiatives pour la paix et pour s’opposer au putsch des généraux (comme les rassemblements d’avril 1961).

Vers 1963-65, Marius Tassy occupa une fonction de concierge à « la Tour », rue Nationale, dans le quartier de La Lèque. Il y faisait des rondes en veillant à l’ordre et à la propreté. Il fut également un temps gardien au camping de Bottaï, dans la partie côtière de la commune, où il recevait les visiteurs sous une tente.
En octobre 1970, il emménagea avec sa femme au rez-de-chaussée du bloc 3 du Groupe Paul Langevin. Ils avaient notamment comme voisins les Domenech (voir Albert Domenech) et les Brocca (voir Élisabeth Argiolas), qui faisaient partie de leur famille.

En 1981, il fut victime d’une hémiplégie. Il mourut quelques mois plus tard.
Le 10 mai 1982, son enterrement donna lieu à un rassemblement important : la foule traversa la ville depuis son domicile, marchant jusqu’à la mairie avant de revenir au cimetière communal, drapeaux de la CGT et du PCF déployés. Le maire René Rieubon rendit un vibrant hommage à son courage et à son engagement dans la Résistance.

Marius Tassy est enterré avec sa femme et leur fille Paulette.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article230797, notice TASSY Marius, Étienne, Baptistin par Renaud Poulain-Argiolas, version mise en ligne le 15 mai 2021, dernière modification le 19 mai 2021.

Par Renaud Poulain-Argiolas

Marius Tassy (années 1920)
Marius Tassy (années 1950)
Louis Michon, le cheminot blessé que Tassy cacha pendant l’Occupation.
Marius Tassy, départ à la retraite, 1960.
Août 1961, visite à la colonie municipale de Lure (Alpes), dépendant de la ville de Port-de-Bouc. De gauche à droite (à partir du milieu) : Fifi Santoru, Zé Nunez et Marius Tassy (alors conseiller municipal).

SOURCES : Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 142 W 6. — Articles de La Marseillaise de 1960 et 1961. — Articles nécrologiques de journaux locaux de 1982. — Propos recueillis auprès de son fils Yves et de sa belle-fille Yvette (née Domenech). — Souvenirs d’enfance rédigés par sa fille Paulette Argiolas (née Tassy). — Notes de Sébastien Avy.

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