CHARDENAL Charles Adolphe

Par Jean Maitron et Gauthier Langlois

Né le 7 décembre 1826 à Donchery (Ardennes), mort le 16 août 1888 à Ardenwood Milport (Écosse) ; enseignant puis rédacteur de journaux socialistes à Paris et à Rethel ; opposant au coup d’état du 2 décembre, exilé en Belgique puis à Jersey, il fit parti, avec Victor Hugo, de ceux qui furent expulsés de l’île en 1855. Réfugié en Écosse il s’y maria et y devint un professeur de français reconnu.

Son père Jean-Gabriel (1796-1863) était bottier et sa mère Anne-Marie Le Carme (1795-) était couturière. Fils de pauvres artisans, il fit néanmoins ses humanités et devint, à la fin de la monarchie de Juillet, maître d’études aux collèges de Metz puis de Reims.

Chardenal se trouvait à Paris, en mars 1848, rédacteur au Peuple constituant, et secrétaire de Lamennais.

Nommé en septembre maître d’études au collège de Rethel, il se lia avec les principaux démocrates socialistes de la ville : l’avocat Rolland, Bernard, Commun, Eugène La Mort, Neveux-Borgnet, Viet, etc. Le 29 octobre, il était l’un des commissaires du banquet démocratique de Rethel, où il portait un toast à l’enseignement gratuit et universel. Quelques jours après, il était expulsé d’un bal de Rethel par les « Blancs ». Il fut alors renvoyé du collège.

Il entra au Républicain des Ardennes, publié à Sedan, pour y faire campagne en faveur de la candidature de Ledru-Rollin à la présidence de la République. Il continua de rédiger le journal à peu près seul sous le sigle R (Rédaction). Il comparut devant la cour d’assises des Ardennes à Mézières, le 16 juillet 1849, pour délit de presse, ainsi que le gérant Hubin de Guer et fut condamné à six mois de prison. Voir Karcher Théodore.

Après le coup d’État du 2 décembre 1851 il fut à nouveau condamné, le 28 janvier 1852, à six mois de prison pour offenses au Prince Président. Mais il s’était réfugié en Belgique. C’est pourquoi la Commission mixte des Ardennes prononça contre lui l’éloignement. La décision était motivée ainsi : « Chardenal, Eugène, 24 ans, rédacteur Le Propagateur, domicilié actuellement à Donchery. Le sieur Chardenal, ancien séminariste, a été pendant quelque temps dans l’instruction publique ; il a été renvoyé par décision de l’université et s’est jeté dans le socialisme le plus avancé. Comme rédacteur du Républicain de Sedan et plus tard du Propagateur, il a été l’instrument le plus actif de la propagande socialiste. Ses relations avec les hommes les plus dangereux du département en faisaient presque un chef de parti. C’est un homme sans conviction, sans moralité. il est aujourd’hui voué complètement au mouvement révolutionnaire. Soit comme rédacteur du Républicain, soit comme rédacteur du Propagateur, il a été traduit devant la cour d’assises et le tribunal correctionnel où il a été condamné. »

Il s’installa ensuite à Jersey. Il fit partie des 36 proscrits qui signèrent, le 17 octobre 1855, la protestation rédigé par Victor Hugo contre l’expulsion de Jersey de Charles Ribeyrolles, du colonel Louis Pianciani et de Philippe Thomas. Cette signature lui valu, comme tous les autres, l’expulsion de l’île.

Il se réinstalla alors en Écosse où il épousa, le 30 mai 1857, Theresa Legendre (1816-1900) et où il exerçait, à Glasgow, le métier de professeur de français. Selon Charles Rémy : « En 1860, il occupait une chaire à l’Athénée de Londres. Il écrivit pour l’enseignement du français dans les écoles anglaises deux ouvrages, qui sont devenus classiques. Exilé de sa patrie, il avait conservé pour elle un culte particulier ; il avait mis sa propre maison à la disposition de ses compatriotes exilés comme lui. Il refusa de profiter de toutes les amnisties. Comblé d’honneurs en Angleterre, il y avait acquis en même temps une certaine aisance. Il mourut subitement en 1888. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article28478, notice CHARDENAL Charles Adolphe par Jean Maitron et Gauthier Langlois, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 21 novembre 2020.

Par Jean Maitron et Gauthier Langlois

ŒUVRE : — Banquet démocratique fixé au dimanche, 29 octobre 1848 (Signé : les Commissaires provisoires, Commun fils, Chardenal, Eug. Lamort.), Rethel, impr. de Beauvarlet, (s. d.). Il est l’auteur de plusieurs manuels d’apprentissage du français pour anglophones ayant connu de nombreuses rééditions dont : — French Exercises for Advanced Pupils, Glasgow : David Robertson, 1860. — Practical Exercises on french conversation, for the use of travellers an students, London ; Glasgow : Collins & Co, 1878. — First French Course, or Rules and exercises for beginners, London ; Paris : Hachette & Cie, [1898].

SOURCE : Arch. Dép. Ardennes, I U 975. — Généalogie sur Geneanet. — Victor Hugo, Œuvres complètes de Victor Hugo. Actes et paroles. 2 publiées par Paul Meurice, puis par Gustave Simon, 1937-1940, p. 123-125. — Charles Rémy, « CHARDENAL (A.-C.) », Almanach Matot-Braine, 1890. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Chardenal - Eugène », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013.

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