VEILLARD Constant dit VEILLARD-LEBRETON

Par Gauthier Langlois

Né le 16 juin 1817 à Montreuil-le-Chétif (Sarthe), mort après 1874 ; cafetier à La Suze-sur-Sarthe (Sarthe) ; marié avec un enfant ; militant républicain démocrate-socialiste, insurgé de la Suze, les 4, 5 et 6 décembre 1851, en exil à Jersey puis à Londres.

Il est né au hameau des Tuilleries de François Veillard, marchand âgé de 58 ans et de Marie Chédor, âgée de 38 ans. Il épousa, le 21 février 1843 à La Suze-sur-Sarthe, Anne-Ortance Lebreton, fille d’un couple de boulanger. Conformément à la coutume locale, il associa le nom de son épouse au sien et se fit appeler désormais Veillard-Lebreton. Du couple naquit Paul Constant, au Mans le 15 février 1844.

Propriétaire du Café de France rue Cornet au Mans (Sarthe), il était aussi commis à la banque fondée dans cette ville par Trouvé Chauvel en 1840. Franc-maçon comme ce dernier, il était affilié à la loge « Les Arts et le commerce », orient du Mans, en 1840 et il en fut plusieurs fois l’orateur dans les années suivantes. Sous la IIe République il présida un moment la Société populaire locale, réunissant dans son café les républicains démocrates-socialistes de la ville. Le café abritait aussi l’imprimerie du journal Le Courrier de la Sarthe de Silly, devenu en 1849 Le Bonhomme Manceau de Philippe Faure, dont le gérant était François Bouteloup.

Au banquet démocratique offert, en septembre 1849, par les patriotes du Mans au représentant montagnard Joly, il fit un discours, publié dans le Bonhomme Manceau, dans lequel il exprimait ses convictions politiques en faveur d’une république universelle et prônait l’intervention armée pour soutenir les peuples européens dans combat de libération. Son discours commençait ainsi : « À la République universelle ! À la solidarité des peuples ! Citoyens, nous aspirons tous, nous démocrates, à une prompte réalisation des réformes sociales. Nous savons que sans ces réformes la révolution n’eût été qu’une amère dérision, qu’un crime vis-à-vis de l’Humanité. Mais ce que nous ne paraissons pas tous comprendre également, c’est que les réformes sérieuses ne pourront être réalisées qu’après l’émancipation d’une République sinon universelle, du moins européenne. (...) ».

Pour se conformer à la loi décret du 28 juillet 1848 restreignant la liberté de réunion, la société populaire siégeant au café Veillard fut déclarée à la mairie, le 12 décembre 1849, par l’imprimeur J. Tousch. Mais son activité ne se limitant pas à la simple lecture de journaux, elle fut considérée comme une société secrète et subit la répression des autorités. Ainsi, le 21 avril 1851, le préfet Migneret ordonna une descente dans le café. Les faits sont rapportés ainsi dans un article de l’Union du Mans : « La police, informée qu’une société secrète se réunissait dans une des salles du deuxième étage de l’hôtel connu sous le nom de Café de France, y a fait une perquisition. Au moment où M. le commissaire de police Rey et la gendarmerie entraient par la rue du Cornet, n°14, ils rencontrèrent M. Veillard-Lebreton qui descendait l’escalier, et qui, à leur vue, rebroussa chemin. Les agents, craignant avec raison qu’il ne donnât l’éveil assez à temps pour faire disparaître les preuves du flagrant délit, le rangèrent de côté et prirent les devants. Le cri de : « Voilà la police ! » fut alors poussé et porta l’effroi dans le local ; une volée de frères et amis décampèrent aussitôt dans tous les couloirs de l’officine où s’élucubrent les projets de la sociale. Les gendarmes en arrêtèrent cependant quelques-uns qui, réunis à ceux qui n’avaient pas été assez lestes pour quitter à temps la salle des séances, furent conduits au nombre de sept au parquet de M. le procureur de la république, où il a élu immédiatement procédé à leur interrogatoire. On remarque parmi eux le citoyen Pierre Lagogué, membre du conseil de surveillance du Bonhomme Manceau, celui-là même que 281 cabaretiers et patentés de la localité viennent d’imposer comme juge consulaire au commerce de l’arrondissement du Mans. Heureux pays que celui où les lois produisent de tels résultats ! Au nombre des pièces saisies, se trouvent un portait de Ledru-Rollin et un portait du citoyen Joigneaux, orné d’un triangle et portant cette légende : « Propagande démocratique et sociale » ».

À cette date Veillard avait cédé son café à un sieur Bilard pour s’installer, semble-t-il dans le village natal de sa femme, la Suze, situé à une vingtaine de kilomètres du Mans.

Opposant au coup d’État du 2 décembre 1851, très impliqué dans le milieu républicain sarthois, Veillard-Lebreton tenta une action violente à la mairie du Mans mais devant son échec, il rejoignit ses amis Félix Pierre et Trouvé Chauvel à la Suze où il fut l’un des chefs de l’insurrection républicaine des 4, 5 et 6 décembre 1851. Recherché pour ces faits, il avait réussi à s’enfuir. En janvier 1852 les autorités publièrent, par voie de presse et d’affiches, l’avis de recherche suivant :

« Le gouvernement vient de donner l’ordre de faire rechercher et arrêter partout où elles seront trouvées les personnes dont les noms suivent :
1. Trouvé Chauvel ex-banquier ex-ministre, âgé de 45 ans ;
2. Jean-Michel Cutivel, âgé de 40 ans ;
3. [Félix] Pierre, ex-greffier de justice de paix, âgé de 43 ans ;
4. [Constant] Veillard-Lebreton, ex-limonadier, âgé de 34 ans ;
5. Trouvé-Freslon tanneur, âgé de 47 ans ;
6. Édouard Trouvé, commis de banque ;
7. Silly, ex-rédacteur de journal ;
8. [Jean] Milliet, ex-capitaine de la garde nationale, âgé de 50 ans ;
9. Sylvain Parfait Fameau, avoué, âgé de 43 ans.
Des mandats d’amener ont été décernés contre ces neufs personnes, qui ont pris la fuite et qui sont inculpées d’être auteurs ou complices de l’insurrection qui a eu lieu à La Suze (Sarthe). »

Malgré les efforts des autorités Veillard-Lebreton échappa à l’arrestation. Aussi, la Commission mixte de la Sarthe, entérinant un état de fait, le condamna par contumace à la déportation en Algérie. Elle motiva sa décision par les attendus suivants : « Considérant, en ce qui concerne les sieurs Pierre et Veillard, que le premier s’est arrogé le commandement lors de l’insurrection de la Suze ; qu’il était un des deux chefs militaires qui dirigeaient tous les mouvements de l’insurrection, présidaient à la construction des barricades et au désarmement de tous les citoyens ; qu’il doit donc supporter la plus grande responsabilité de ces événements, et cela avec d’autant plus de raison que sa conduite politique antérieure et la propagande démagogique à laquelle il se livrait n’a fait que préparer ces événements et qu’à l’égard du second, le sieur Veillard, que connu depuis longtemps par la propagande démagogique dont il s’était fait une industrie et un moyen d’influence, il a été l’un des principaux agents des désordres de toute nature dans le département de la Sarthe ; qu’il a été le principal auteur de l’insurrection de la Suze ; que c’est lui qui a arrêté le courrier, saisi les dépêches et que deux jours auparavant il a tenté de s’emparer de l’hôtel de ville du Mans à la tête d’un attroupement de 13 ou 14 personnes ; que par ses actes anciens, comme par ses actes récents il mérite toute la sévérité de la justice, la commission, etc. »

Veillard-Lebreton avait choisi, avec ses compatriotes Jean-Michel Cutivel Sylvain Fameau, Ariste Trouvé Chauvel, Louis Lair et Philippe Faure, de se réfugier à Jersey. Selon Pascal Duprat, « Obligé de vivre à l’étranger, il se voyait condamné à la misère avec sa famille. Marie Bougeant, qui avait élevé sa femme et qui était attachée à son service depuis un grand nombre d’années, a pris la résolution de partager son exil. Elle l’a suivi a Jersey et lui a remis une somme d’environ trois-mille francs, fruit précieux de ses épargnes, pour l’aider à reprendre son industrie. »

Il s’installa ensuite à Londres, où il résidait en 1859, 25 Oxford Market. Il y exerçait de hautes responsabilités dans la franc-maçonnerie. Le 9 décembre il présida en son domicile la réunion extraordinaire du Suprême Grand Conseil du rite oriental de Memphis. C’était à ce rite qu’était affilié la loge des Philadelphes dont on sait le rôle qu’elle joua dans la création de la première Internationale. À la mort de son fils en 1874, il résidait toujours à Londres où il était négociant.

Son fils Paul Constant, négociant à Londres en 1862 puis à Saint-Nazaire à partir de 1866, fit carrière comme sous-préfet sous la IIIe République : à Saint-Nazaire en 1871, à Bernay (Eure) en 1872, à Ambert (Puy-de-Dôme) en 1873. Il décéda à Saint-Nazaire le 26 mars 1874.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article38621, notice VEILLARD Constant dit VEILLARD-LEBRETON par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 26 novembre 2020.

Par Gauthier Langlois

SOURCES : Archives de la Sarthe, acte de naissance. — Bnf, Fichier Bossu fiche 1, Fichier Bossu fiche 2, Notice autorité. — « Banquet démocratique offert par les patriotes du Mans au citoyen Joly », Le Bonhomme Manceau, 14 septembre 1849, p. 67-68. — L’Union, du Mans. — La Gazette du Languedoc, 24 avril 1851. — Pascal Duprat, Les tables de proscription de Louis Bonaparte et de ses complices, Liège, Redouté imprimeur-libraire, 1852, p. 303. — La Croix, 28 juillet 1922.— Gazette des Tribunaux, 23 janvier 1852. — Journal de Toulouse, 27 janvier 1852. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Veillard - Constant », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013. — Léon Guyon, « Un journaliste de 1848 : Philippe Faure », La Révolution de 1848, n° 17 (nov.-déc. 1906), et n° 18 (janv.-févr. 1907). — Corinne Châble, Journal d’une insurrection, Saint-Michel-sur-Orge, la Faiseuse d’histoires, 2014.

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