LUCAS Michel, Eugène, Auguste

Par Michel Rosier

Né le 21 février 1928 à Guingamp (Côtes-du-Nord) ; inspecteur général des affaires sociales ; militant socialiste ; secrétaire de la fédération PSU de la Sarthe et membre du bureau national ; syndicaliste FO.

Michel Lucas naquit dans une famille de catholiques pratiquants de la Bretagne du Nord, son père étant agent d’assurances (maréchal des logis, maître ferrant sur l’acte de naissance) . Après ses études secondaires à Saint-Brieuc, il opta pour le droit et la faculté de Rennes, finissant diplômé d’études supérieures de droit public et d’économie politique. Très tôt attiré par la politique, il fut d’emblée marqué par la personnalité d’Antoine Mazier*, adhéra au Parti socialiste SFIO puis le quitta en 1949, semble-t-il en raison de la répression opérée à Madagascar.

En 1952, Michel Lucas hésitait entre l’inspection du Trésor et l’inspection des lois sociales dans l’agriculture, optant finalement pour la seconde. Il fut affecté dans la Sarthe où il dut habiter jusqu’en 1966. La mise en place des lois sociales dans l’agriculture allait confronter Michel Lucas à un milieu souvent très conservateur dont une partie importante voyait son refus instinctif de la nouvelle législation excité depuis plusieurs années par le tribun d’extrême-droite Henri Dorgères. Michel Lucas dérangeait les puissantes organisations agricoles de la Sarthe que ménageait l’Administration dans un jeu de pouvoirs où demeuraient puissants des notables radicaux et socialistes. Le milieu était réticent, voire hostile, tant aux lois sociales qui s’appliquaient dans l’agriculture que dans les mutuelles où la représentation du personnel était un sujet inédit.

Michel Lucas militait par ailleurs à Force ouvrière, syndicat où le corps auquel il appartenait était bien représenté. C’est au titre de ce syndicat qu’il adhéra an avril 1955 au Comité de défense de Pierre Combe, second des services agricoles de la Sarthe, militant au PCF et au Mouvement de la paix menacé d’une mutation autoritaire. Tenu à une certaine discrétion en raison de sa fonction, Michel Lucas ne militait guère sur le plan politique. Toutefois, en relation avec Mazier, il ré-adhéra au Parti socialiste SFIO dans la Sarthe en 1958. Dans la perspective du 50e congrès SFIO de septembre, il signa la motion « Il faut négocier en Algérie » avec Mazier, Édouard Depreux, Daniel Mayer, etc. Il n’assistait pas au congrès fédéral tenu au Mans le dimanche 7 septembre 1958 mais s’expliquait dans un long courrier au secrétaire fédéral Robert Collet. Il y analysait la Constitution proposée au vote des Français et considérait que le parti devait impérativement recommander le « Non ». Il critiquait résolument la politique du secrétaire du parti, Guy Mollet et également « la position centriste des camarades Pineau, Jacquet* et Gazier » jugés complaisants à l’égard de Mollet et Lacoste. La position de Lucas était difficile dans la fédération où Christian Pineau faisait approuver massivement le « Non » tout en refusant de guerroyer contre Mollet. Sa motion ne recueillait localement aucun mandat.

Très vite, avec quelques militants sarthois, Lucas quitta la SFIO pour fonder le PSA (Parti socialiste autonome) et il milita fin décembre 1958 dans la section créée au Mans. Il était absent de la liste de l’Union des forces démocratiques (UFD) aux municipales de mars 1959, au Mans. Il fut élu à la délégation permanente du PSA au congrès de Montrouge en mai 1959. La même année, sa carrière prit un tournant lorsqu’il fut nommé inspecteur du contrôle général de la Mutualité sociale agricole au ministère de l’Agriculture. Il continua néanmoins à habiter Le Mans où son épouse exerçait dans l’enseignement.

Le 28 avril 1960, Michel Lucas fut nommé responsable fédéral sarthois du PSU, militant désormais ouvertement. Il engagea le jeune parti dans la lutte pour la paix en Algérie et contre l’OAS. En 1963, il fut suivi par la majorité des militants sarthois dans son adhésion au courant C animé par Jean Poperen*. À l’issue du congrès d’Alfortville en janvier 1963, puis du congrès de la Grange aux Belles de novembre 1963, il fut élu au comité politique national. Il intégra le bureau national à l’issue du congrès de Gennevilliers, en 1965. Il fut candidat le 3 octobre 1965 à une élection cantonale partielle dans le 1er canton du Mans, obtenant 521 voix et 4,04 % des suffrages exprimés, se désistant en faveur du candidat communiste. Il quitta la Sarthe pour l’Aube, son épouse ayant été affectée à Troyes et Bourneuf lui succéda à la direction du PSU sarthois en 1966. Il avait été au Mans administrateur de la Maison des jeunes et du Foyer des jeunes travailleurs et avait contribué activement à la mise en place locale de la convention collective des employés de maison. Il demeura au PSU dans son nouveau département et protesta contre l’exclusion de Jean Poperen dans Tribune Socialiste du 11 janvier 1968.

Il était devenu inspecteur adjoint (1961) puis inspecteur à l’Inspection générale de la Sécurité sociale, intégrant en 1967 l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS). Le 20 février 1962, il fut admis au club Jean Moulin auquel il resta fidèle pendant la décennie.

Adjoint au chef de l’IGAS en 1977, il en devint le patron en 1982 et le resta jusqu’en février 1993.

Il se maria à Vinay (Isère) le 24 février 1952 avec Danièle, Éliane Rogaele.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article138366, notice LUCAS Michel, Eugène, Auguste par Michel Rosier, version mise en ligne le 13 septembre 2011, dernière modification le 26 avril 2013.

Par Michel Rosier

SOURCES : Who’s who. — Arch. Dép. Sarthe (fonds Cabinet Préfecture et RG). — Archives de la fédération de la Sarthe du Parti socialiste SFIO. — Fonds PSU (AN 581 AP). — Michel Rosier, « Les vicissitudes des marges de la gauche dans la Sarthe : la difficulté d’être du PSU », Le Mans, La Province du Maine, juillet-décembre 2008. — Fonds du Club Jean-Moulin. — Portrait par Éric Favereau, Libération, 9 mai 1996. — Entretien avec Michel Lucas. — Notes de Gilles Morin. — Etat civil.

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