SCHOLEM Werner, dit K. Mar.

Par Pierre Broué

Né le 29 décembre 1895 à Berlin, assassiné le 17 juillet 1940 à Buchenwald ; militant communiste et oppositionnel.

Né dans une famille d’imprimeurs, frère aîné de Gerschom Scholem le futur philosophe, Wemer Scholem fit des études secondaires à Berlin et commença des études supérieures de droit et d’histoire à Göttingen et Halle. Membre des Jeu­nesses socialistes en 1912, il adhéra au SPD en 1913, rejoignit l’USPD en 1917 et connut à l’époque la prison. En 1919, il était journaliste au Volksblatt de Halle. In­dépendant de gauche, il rejoignit le VKPD après le congrès de Halle où il fut délé­gué. Le 1er janvier 1921, il entra dans la rédaction de Die Rote Fahne et en février, il devint le plus jeune député au Landtag de Prusse. Poursuivi pour avoir participé à l’action de mars, il resta quelque temps dans l’illégalité avant de passer plusieurs mois en prison. Dès sa sortie, il fut l’un des dirigeants les plus en vue de la gauche, responsable de l’organisation du district de Berlin. Lorsque cette tendance prévalut en 1924, il fut membre du Bureau politique et responsable de l’organisation de tout le parti, principal lieutenant de Ruth Fischer après l’arrestation de Maslow et dé­puté au Reichstag en 1924. En 1925, chef de la fraction ultra-gauche, il mit le Xe congrès en garde contre le risque de dépendance à l’égard de Moscou. Réélu au Comité central et au Bureau politique, il chercha, après la « lettre ouverte », à ras­sembler tous les éléments de gauche contre Thälmann et la politique dictée par Staline. A la conférence d’octobre 1925, où il présenta un contre-rapport face à Thälmann, il fut exclu du Comité central.
Dirigeant incontesté de la gauche, c’est lui qui organisa en septembre 1926 la collecte des signatures dans le KPD pour la « lettre des sept-cents » exprimant la solidarité avec l’Opposition unifiée en URSS. Exclu du KPD en novembre 1926, il fut ensuite l’un des dirigeants des « communistes de gauche » puis l’un des fondateurs et dirigeants du Leninbund. Il quitta ce dernier, en opposition à sa ligne pour la construction d’un « nouveau parti communiste » en 1928, sur une proposition qui n’était pas très éloignée de celle de Trotsky. Il se retira de la politique active, reprit ses études de droit, conservant des liens personnels avec Ruth Fischer et Maslow et collaborant épisodiquement à la presse du Leninbund. Trotsky s’efforça de le ga­gner en lui envoyant en 1931 son fils L. Sedov. Scholem envisagea un instant de se rendre à Prinkipo pour y visiter l’exilé mais y renonça suite à l’argument de Trotsky, selon lequel un homme comme lui ne pouvait quitter l’Allemagne au moment dé­cisif. Il accepta de collaborer à l’organe de l’Opposition de gauche allemande, si­gnant K.M. ou K. Mar. de remarquables articles, fréquemment cités mais non iden­tifiés, sur la vie interne de la direction et de l’appareil du KPD. Il rencontra une fois par semaine E.H. Ackerknecht et lui communiqua des informations politiques qui furent régulièrement transmises à Trotsky. Dans les premiers jours du régime hit­lérien, il réussit à passer en Tchécoslovaquie. Décidé à s’engager dans un travail clandestin avec l’Opposition de gauche, il revint en Allemagne et commit l’erreur de chercher à passer à son domicile où il fut arrêté en mars 1933. Il fut particuliè­rement maltraité au camp de Buchenwald en tant que « juif » et « communiste », considéré comme « trotskyste » par ses camarades de détention et se comporta avec un grand courage, ce qui lui valut finalement d’être assassiné par ses gardiens.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216868, notice SCHOLEM Werner, dit K. Mar. par Pierre Broué, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 17 juin 2020.

Par Pierre Broué

SOURCES : R. Fischer, Stalin and der deutsche Kommunismus. Der Übergang zur Konterrevo­lution, Francfort, 1950. — P. Broué, « La gauche allemande et l’opposition russe », in Cahiers Léon Trotsky, no. 2, 1985. — P. Broué, Trotsky, Paris, 1989. — Zimmermann, Leninbund, op. cit. — Drechsler, SAPD, op. cit. — Weber, Wandlung, op. cit.

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