Saumur (Maine-et-Loire). 20 août 1944.

Par Michel Thébault

Une unité allemande placée en défense sur la Loire, dans le secteur de Saumur, prit le 19 août 1944 onze civils en otage à Saint-Lambert-des-Levées (Maine-et-Loire). Ils furent massacrés le lendemain 20 août 1944 à Saint-Hilaire-Saint-Florent, commune aujourd’hui rattachée à Saumur.

La IIIème Armée américaine du général Patton, progressant rapidement au nord de la Loire, parvint dans les environs immédiats d’Angers (Maine-et-Loire) dès le 7 août 1944 (la ville étant libérée le 10 août). Tours plus à l’est fut libérée le 15 août. Les routes vers le nord et la région parisienne se trouvèrent par la même coupées. Cependant l’armée alliée, pour des raisons stratégiques (privilégiant une avance rapide vers le nord et l’est), ne franchit pas le fleuve, confiant la sécurité de son flanc droit aux forces des FFI. Les unités allemandes en repli tentèrent donc de longer la Loire par le sud, traversant le sud du Maine-et-Loire, de l’Indre-et-Loire, du Loir-et-Cher et de l’Indre, utilisant les axes secondaires, et circulant de jour comme de nuit pour échapper aux attaques de l’aviation alliée et au harcèlement des maquis locaux. Des unités allemandes en position défensive sur la rive sud du fleuve eurent l’ordre de s’y maintenir afin de protéger le repli général des forces du sud-ouest. Ainsi, Le 5 août 1944 des unités allemandes prirent des positions de combat dans la ville de Saumur et sur les coteaux de la rive sud de la Loire. Placés sous le commandement du major Eckert environ 1500 hommes étaient chargés de défendre le front de Saumur, entre Trêves-Cunault et Candes et d’empêcher le franchissement du fleuve. Le repli accompli, les dernières unités quittèrent définitivement le département le 29 août. Cette situation militaire difficile s’accompagna fin août – début septembre de nombreux massacres de civils (l’historien Marc Bergère op. cit. estime ce nombre pour le Maine-et-Loire à environ 79 dans 29 communes pour le seul mois d’août 1944).

Harcelées par les forces FFI et dans la crainte de l’approche des troupes américaines, les troupes allemandes montrèrent d’évidents signes de tension, procédant à Saumur à des tirs d’artillerie le 17 août sur les quartiers au nord du fleuve, puis les jours suivants en incendiant des maisons et en arrêtant et exécutant des civils. Le 19 août 1944, une unité allemande prit vers 16 heures 30 onze otages (plus une petite fille de 11 ans arrêtée avec sa mère et qui fut libérée le lendemain matin) parmi la population civile de Saint-Lambert-des-Levées, une commune située en face de Saumur (et qui lui est aujourd’hui rattachée), de l’autre côté de la Loire. Dans la soirée le groupe fut conduit en barque à Saumur où les habitants sans doute suspectés d’aider la Résistance furent interrogés par la Feldgendarmerie, la question principale étant : « Avez-vous vu des hommes porteurs de rubans aux trois couleurs ». Le lendemain 20 août dans des conditions et à une heure imprécises les onze personnes, six hommes et cinq femmes, furent conduits sur un terrain militaire en bord de Loire au lieu-dit Le Breil près de la confluence du Thouet et de la Loire (à l’époque sur la commune de Saint-Hilaire-Saint-Florent, aujourd’hui également rattachée à Saumur), et abattus dans le dos, les yeux bandés, d’une rafale de mitrailleuse, avant d’être inhumés sommairement dans une fosse de DCA. Les corps ne furent retrouvés, exhumés et identifiés que le 9 mars 1945. Une cérémonie funéraire eut lieu le mercredi 14 mars 1945.

Liste des victimes :

BOULANGER Auguste 72 ans
CHÂTEAU Jean Baptiste 60 ans
COCHIN Albert 47 ans
COCHIN Marie née NICIER 42 ans
DUBLÉ Marie née BÉAL 73 ans
FOUCHER Maurice 26 ans
FOUQUEREAU Ernestine née DUBLÉ 49 ans
FOUQUEREAU Gustave 56 ans
GUIGNAUDEAU Yvonne née DEROUARD 61 ans
LE BRETON Germaine née GUION 47 ans
PINEAU François 67 ans

Un monument commémoratif du au sculpteur Alfred Benon fut dressé en 1946 à Saint-Lambert-des-Levées, à proximité de la cité Saint-Jacques où la plupart des victimes avaient été arrêtées avec l’inscription :"Aux fusillés d’Août 1944 - Aux déportés - Aux Victimes de la barbarie Nazie" et une artère prit le nom d’Avenue des Fusillés. Une stèle commémorative fut également dressée au Breil avec l’inscription : "A cet endroit, le 9 mars 1945 a été découvert un charnier contenant 11victimes, hommes et femmes du Saumurois, Fusillés le 20 Août 1944 par le Nazisme - Souviens-toi ".

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article244556, notice Saumur (Maine-et-Loire). 20 août 1944. par Michel Thébault, version mise en ligne le 30 décembre 2021, dernière modification le 7 janvier 2022.

Par Michel Thébault

SOURCES : Marc Bergère, Une société en épuration. Épuration vécue et perçue en Maine-et-Loire. De la Libération au début des années 50, Éditeur Presses Universitaires de Rennes. 2004 — Augustin Girouard, Le Charnier de Saumur, Société des Lettres, Sciences et Arts du Saumurois, tome n° 96, janvier 1947, pages 63 à 71 — Mémorial genweb.

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