CAMPION Léon, Louis, Octave, dit Léo.

Par Jean Puissant

Paris (France), 24 mars 1905 − Paris, 6 mars 1992. Caricaturiste, chansonnier, acteur, anarchiste et franc-maçon.

De père belge (hainuyer), comptable et de mère montmartroise, Léo Campion a sans doute une existence plus française que belge, mais sa nationalité belge n’est pas sans incidence sur son parcours. L’Action française exige à plusieurs reprises son expulsion. De plus, il réside longuement à Bruxelles (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale). Sa naturalisation ne modifie sans doute pas grand-chose sauf que « Si l’on peut toujours me foutre dedans, on ne peut plus me foutre dehors », note-t-il avec perspicacité.

Léo Campion arrive à Bruxelles à l’âge de vingt ans pour y accomplir son service militaire, à la suite duquel il se réengage (« service exemplaire » selon l’auditorat militaire). « J’avais alors les idées de tout le monde, c’est-à-dire que je n’en avais pas. » (CAMPION L., 1985). Il s’y lie d’amitié avec Marcel Dieu, dit Hem Day, libraire anarchiste et antimilitariste, à la suite « d’un repas gras de vendredi saint organisé par la Libre Pensée de Bruxelles en 1928 ». Il est à l’époque influencé par l’anarchiste espagnol Francisco Ascaso (qu’il a rencontré) et qui le rapproche de Hem Day, anarchiste militant, secrétaire du CIDA, le Comité international de défense anarchiste. Il est initié à la loge bruxelloise, Les Amis philanthropes, le 7 avril 1930.

Léo Campion s’investit dans le pacifisme et devient secrétaire de la section belge de l’IRG-WRI (Internationale des résistant(e)s à la guerre - War resister’s international) de 1931 à 1945. En 1932 est créé un comité maçonnique pour l’objection de conscience, présidé par David Blume. À ce titre, il prend part à des meetings en Belgique, en France (c’est l’occasion pour L’Action française d’exiger son expulsion) et en Angleterre. Pour protester contre de nouvelles mesures (projet de loi) annoncées par le nouveau ministre libéral de la Défense nationale, Albert Devèze, les deux amis renvoient leur carnet militaire le 28 février 1933, lui « signifiant par ce geste leur intention formelle de se refuser dorénavant à toute intervention directe ou indirecte à la Défense nationale… » « Journée de détente au Parc de Tervuren en compagnie de nos enfants. − Attendu que la guerre est un crime contre l’humanité. − Attendu que le gouvernement belge l’a implicitement reconnu en signant le pacte Briand-Kellog. − Attendu que le projet Devèze interdisant toute propagande pacifiste intégrale, ne peut être admis par des hommes probes et libres ». Rappelés par mesure disciplinaire, ils refusent d’obtempérer et sont arrêtés pour désertion en juin 1933. Jusqu’alors l’objection de conscience est surtout de l’ordre du « pacifisme flamingant », du côté francophone, beaucoup moins important, de l’ordre du religieux.

Le procès qui suit fait l’objet d’un important battage médiatique. Les deux compères participent en effet à l’époque à l’aventure du « Rouge et le Noir », organisation de débats publics (sur le modèle du « Club du faubourg à Paris) à l’origine d’un périodique du même nom (1927-1938). Ils en sont parmi les collaborateurs les plus actifs. Léo Campion prend la parole douze fois à la tribune du « Rouge et noir », Hem Day neuf fois, essentiellement à propos de l’antimilitarisme et du pacifisme. Campion y publie également des caricatures Mais leur collaboration cesse lorsque le directeur du « Rouge et noir » prend fait et cause pour le gouvernement d’Union nationale dirigé par Paul Van Zeeland (1935). L’hebdomadaire prend donc bruyamment fait et cause pour ses deux collaborateurs poursuivis. Ils sont défendus par les avocats, Maurice Beublet (communiste), Paul-Henri Spaak (à la gauche du Parti ouvrier belge - POB) et Ch. Moris (franc-maçon). Ils sont condamnés à deux ans pour Hem Day en situation de récidive et dix-huit mois de prison pour Campion. Lourdeur des peines qui relance l’agitation. Des meetings de soutien, suivis, sont organisés notamment par la Fédération des syndicats, la Jeune garde socialiste (JGS) et le POB de Bruxelles, le Secours rouge, la Ligue des femmes pour la paix, l’IRG, les VOS (Vlaamse oudstrijders, le CIDA), etc., à savoir tout ce que compte la gauche pacifiste. En appel, après une grève de la faim, les peines sont réduites. Ils sont renvoyés de l’armée le 14 août 1933, ce qui est leur objectif. « Le refus du service militaire est une assurance contre la mort, cette assurance sera viable dès qu’il y aura suffisamment d’assurés », conclut- il ! Le projet de loi, pour sa part, est mort-né.

Léo Campion participe à la création d’organes anarchistes bruxellois comme L’Action rationaliste belge (1932), Ce qu’il faut dire (1934-1936), Rébellion (Bruxelles, 1937), Rossinante (1938). Il collabore à Combat, favorable au Front populaire des forces de gauche (Bruxelles, 1936-1939). Il chante au cabaret bruxellois Le Grillon en 1937 (débuts à la scène).

En mai 1940, Léo Campion est arrêté et déporté au camp du Vernet (Ariège) avec d’autres anarchistes pacifistes, communistes et nationalistes flamands considérés comme suspects lors du déclenchement de la guerre. Les démarches du député communiste de Bruxelles, Albert Marteaux, et de nationalistes flamands permettent la libération de plusieurs d’entre eux. C’est dans ce camp qu’il rencontre Paul Colin, futur journaliste collaborateur, près duquel, revenu à Bruxelles, il intercédera en faveur d’Ernestan*. Actif pendant la guerre dans les milieux culturels, il bénéficie de « laisser passer » qui lui permet de travailler à Bruxelles comme à Paris, et de rendre quelque service à la résistance, motif pour lequel il se voit octroyer une médaille après la guerre.

En 1945, Léo Campion fonde, avec Marcel Antoine et Jean Leo, l’hebdomadaire satirique Pan. Chansonnier à Montmartre au théâtre des Dix heures, aux Deux ânes, au Caveau de la République, il est également acteur de théâtre (Rhinocéros de Ionesco dans la troupe de Renaud-Barrault), acteur de télévision et de cinéma (French-cancan de Renoir, La Lectrice) de Deville…

À consulter également PENNETIER C., notice complétée par ENCKELL M., CAMPION Léon, dans Dictionnaire des anarchistes, Site Web : maitron.fr.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article163877, notice CAMPION Léon, Louis, Octave, dit Léo. par Jean Puissant, version mise en ligne le 15 septembre 2014, dernière modification le 16 juillet 2020.

Par Jean Puissant

ŒUVRE : Le noyautage de l’armée, Bruxelles, 1935 (traduction néerlandaise) − Réflexions sur la violence, Flémalle, 1936 − Le drapeau noir, l’équerre et le compas, Wissous, 1978 (bibliographie) − J’ai réussi ma vie, Paris, 1985.

SOURCES : LAPORTE C., « Mort du chansonnier parisien… belge, Campion a rejoint ses potes Dhayyam, Sade et Allais… », Le Soir, mars 1992 − GOTOVITCH J., Du Rouge au Tricolore. Les communistes belges de 1939 à 1944. Un aspect de l’histoire de la Résistance en Belgique, Bruxelles, 1992, p. 98, 478 − Léo Campion et Hem Day, Autour d’un procès, Paris-Bruxelles, Éditions Pensée et Action, 1968 Journée de détente au Parc de Tervuren en compagnie de nos enfants. (1996) − FÜEG J.-F., Le Rouge et le Noir, la tribune bruxelloise non conformiste des années trente, Ottignies-Louvain-la-Neuve, 1995.

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