MICHAUT Paulette [née LEFEBVRE Paulette, Louise, Alphonsine, Alberte]

Par Jacques Girault, Danielle Papiau

Née le 14 juillet 1919 à Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), morte le 6 juillet 2006 à Nanterre (Hauts-de-Seine) ; institutrice  ; militante du SNI ; militante communiste, journaliste à l‘Avenir normand, directrice du journal Femmes françaises, membre du comité de la section PCF de Clamart (Seine, Haut-de-Seine) ; résistante.

Photo de P. Michaut dans la Revue des travailleuses, n° 6, décembre 1952

Paulette Lefebvre était issue d’une famille modeste. Sa mère, Henriette Lefebvre était blanchisseuse et son père Achille Lefebvre, fut boucher puis employé de bureau à la sécurité sociale. Le foyer était peu politisé mais Achille Lefebvre, après quatre ans de service militaire (1910-1914) et quatre ans de mobilisation durant la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle il combattit notamment au Chemin des Dames, affichait des positions antimilitaristes et anticléricales, plus généralement antiautoritaire . La famille habitait Mont-Saint-Aignan (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), dans la banlieue rouennaise de la rive droite.

Titulaire du certificat d’études primaires à douze ans, Paulette Lefebvre passa le brevet de l’enseignement primaire en 1935 et le brevet de capacité à l’enseignement qui lui ouvrait la voie de l’école normale de filles de Rouen. Sous l’influence de professeurs de gauche, elle fit l’expérience d’un premier engagement dans la solidarité aux enfants de l’Espagne républicaine et engagea une correspondance avec un instituteur républicain Manuel Berges Arderin (né le 22 septembre 1910 à Linyola en Espagne). Elle obtint en juillet 1939 le certificat d’aptitude pédagogique. L’année suivante elle s’inscrivit à la faculté de lettres de Caen (Calvados), obtint un certificat d’aptitude en philosophie et le diplôme de bachelier de l’enseignement secondaire. Elle se familiarisa durant cette période avec les idées communistes, notamment par les cours clandestins donnés par André Pican instituteur communiste, militant du syndicat des membres de l’enseignement laïc (CHTU) et du Parti communiste, organisateur des écoles du parti. Pican avait été suspendu de ses fonctions par l’inspecteur d’académie pour avoir refusé de condamner le pacte germano-soviétique. Elle bénéficia de l’aide de Valentin Feldman professeur de philosophie au lycée de Dieppe (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) en 1940 après sa démobilisation, puis révoqué comme juif, engagé dans la parution clandestine de l’Avenir normand et agent de liaison dans le réseau du Front national de libération pour la France.

À partir de l’automne 1940, Paulette Lefebvre participa à la mise en œuvre de « comités populaires féminins », qui se structuraient autour des revendications économiques contre le régime de Vichy et dans la résistance à l’occupant par la parution d’une presse clandestine, encadrés par des militantes communistes chevronnées, notamment Maria Rabaté et Germaine Pican pour la zone nord.

Arrêtée le 10 décembre 1943 en compagnie de Serge Vézier, résistant catholique déporté et décédé à Buchenwald, Paulette Lefebvre fut incarcérée à la prison Bonne-Nouvelle de Rouen. Libérée en févier 1944 elle se réfugia chez Yvonne Lafosse, institutrice à Jumièges (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) qu’elle avait connue à l’École normale de Rouen. Elle y rencontra Jean Lagarrigue (pseudo Raymond) technicien dans le pétrole, responsable départemental du Parti communiste, passé dans la Somme en novembre 1943 (pseudo Yves), lui aussi recherché par les autorités allemandes. En mai 1944 Lagarrigue devint commandant militaire inter-régional en charge de l’Oise et de la Somme. À la suite de l’assassinat d’un officier allemand, le 11 aout 1944 dans l’Oise, les Allemands encerclèrent le village de Noailles. Lagarrigue devenu colonel Boyer fut tué en tentant de s’enfuir.
Paulette Lefèvbre assura des responsabilités dans l’inter-région Normandie–Picardie. Dans un groupe FTP du Calvados dirigé par « Richard » (nom de guerre), cachés sur les bords de la Vire, Paulette Lefebvre et ses compagnons assistèrent aux bombardements qui précédaient le débarquement et tentèrent sans succès de reprendre contact avec les membres du Front national de Caen, le 6 juin 1944.

Après voir repris contact avec Roland Leroy responsable politique inter-régional basé à Jumièges, leur groupe qui avait intégré un aviateur de la RAF récemment abattu et un réfractaire du STO, fut chargé de passer rapidement dans la zone libérée pour organiser au grand jour le mouvement démocratique. Pour cela il leur fallut passer la ligne de front. Après avoir traversé la Seine au bac de Jumièges-Heurteauville accompagnés de Leroy, ils s’engagèrent dans un parcours chaotique dans le pays d’Auge, alors que les troupes américaines et canadiennes affrontaient les divisions de panzers pour la prise de Caen, qui ne fut assurée que le 9 juillet 1944. C’est à Sourdeval dans la Manche, après une bataille d’artillerie qui dura du 2 au 13 août et qui aboutit au retrait des allemands, qu’ils firent jonction avec les alliés, lors de l’entrée des blindés dans le village. Transférés à l’état-major des forces alliées, ils regagnèrent Caen libéré.

Paulette Lefebvre fut bénéficiaire de la médaille de la Résistance française (Journal officiel du 12 septembre 1945) et fut homologuée au grade FFI d’aspirant (pseudo Claudine, Danielle) par le comité militaire national des Francs-tireurs et partisans le 14 juin 1947.

Secrétaire départementale de l’Union des femmes françaises du Calvados, de septembre 1944 à décembre 1944, elle assura de nombreuses réunions entre Honfleur, Mondeville, Lisieux, Caudebec, Saint-Pierre-sur-Dives, Vire et Caen participant au comité régional de l’organisation à Rouen. Promue par Maria Rabaté dirigeante du Comité des femmes de France de la zone-nord, elle devint membre du comité directeur de l’Union des femmes françaises.

Paulette Lefebvre devint rédactrice à l’Avenir Normand, alors quotidien communiste de la Seine-Maritime et réalisa de nombreuses enquêtes de terrain notamment chez les dockers de Rouen, de Dieppe et d’Anvers.

Elle se marie le 20 décembre 1947 à la mairie du Petit-Quevilly (Seine-Maritime) avec Victor Michaut membre du bureau politique, secrétaire fédéral de Seine-Maritime et député de Rouen (1945-1951).

En 1949, lorsque le couple s’installa à Clamart, Paulette Michaut devint rédactrice puis directrice du journal Femmes Françaises qui devint Heures claires des femmes françaises. Elle intervient en 1952 au congrès de l’Union démocratique des femmes allemandes à Berlin. Engagée dans la campagne de promotion de l’accouchement sans douleur, elle reçut en juillet 1952 comme directrice du journal, une lettre du docteur Fernand Lamaze courroucé contre les erreurs médicales publiées par le journal.

Dans les années 1950, l’UFF engagea une campagne contre « la presse du cœur » (Nous Deux, Intimité), accusée de produire un flot d’histoires sans lien avec la réalité, de faire accepter les inégalités et de détourner des combats sociaux et politique. Elle trouva des alliés dans la presse catholique (Témoignage chrétien) qui accusait cette presse de démoralisation et de constituer un opium pour les femmes. En 1951, un appel pour constituer « un comité pour la dignité de la presse féminine » fut publié dans Rénovation journal catholique et dans Femmes françaises. Au IVe congrès de l’UFF, en 1952, Paulette Michaut présenta un rapport sur la presse féminine. Elle devient secrétaire du « Comité pour la dignité de la presse féminine » présidé par Marcelle Auclair (Marie Claire), qui regroupait un grand nombre de personnalités du monde catholique, protestant, universitaire et culturel aux côtés de membres de l’UFF (Eugénie Cotton, Nicole de Barry, Renée Mirande, Lucy Prenant, Elsa Triolet) et organise une série d’initiatives militantes (gala, conférences) pour alerter l’opinion publique. Mais le comité se transforma en association en 1952 et crée un bulletin « le vrai visage de la presse du cœur. » Cette prise d’autonomie ne convenait pas à la direction de l’UFF qui organisa une initiative concurrente : un congrès pour la dignité de la presse féminine en décembre 1953 sabordant le comité. La direction du journal fut accusée « d’avoir fait preuve de faiblesse politique, d’un manque de travail collectif et d’absence de camaraderie ». Paulette Michaut fut directement mise en cause sans être nommée.

En 1954 à l’occasion de la naissance de son quatrième enfant, elle reprit son poste d’institutrice. Nommée comme institutrice à l’école primaire, à Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine) puis à Clamart à l’école Jules Ferry, elle milita à la sous-section locale du Syndicat des instituteurs, au comité local d’action laïque et à la section du parti communiste de Clamart comme membre du comité de section.

En février 1976, après une période de congé pour longue maladie, elle prit sa retraite. Son activité militante s’interrompit du fait de ses problèmes de santé. Elle termine sa vie, de 2003 à 2006 à la maison de retraite La Chamade à Nanterre (Hauts-de-Seine).

Paulette Michaut eut quatre enfants. Danielle née en 1945 hors mariage et trois garçons avec Victor Michaut François né en 1949, Gérard en 1951 et Jean-Yves en 1954.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article195201, notice MICHAUT Paulette [née LEFEBVRE Paulette, Louise, Alphonsine, Alberte] par Jacques Girault, Danielle Papiau, version mise en ligne le 6 septembre 2017, dernière modification le 3 mars 2022.

Par Jacques Girault, Danielle Papiau

Photo de P. Michaut dans la Revue des travailleuses, n° 6, décembre 1952

SOURCES : Archives familiales. — Service historique de la Défense, Vincennes GR 16 P 353097. — Paulette Michaut, « Contre ce mur épais, il faut une pioche solide », in La revue des travailleuses, n°6, décembre 1952 (source : BNF Gallica). — « L’histoire vécue du 6 juin 44, le jour J en Normandie », l’Humanité, 8 mai 1985. — Pierre Roche, Les instituteurs communistes à l’école du parti (1949-1954), thèse de doctorat en Sciences de l’éducation, 1988. — Sandra Fayolle, L’Union des femmes française, une organisation de masse du parti communiste, thèse de Sciences politiques, 2005. — Camille Lefebvre, A l’ombre de l’histoire des autres, Paris, Editions EHESS, 2022. — Dominique Loiseau, L’Union des Femmes Françaises pendant les Trente Glorieuses : entre « maternalisme », droit des femmes et communisme, dans « Le Mouvement Social », n°265, 2018, p. 37-53. — Discours de Denise Meunier lors de sa remise de la légion d’honneur en 2014. — Renseignements fournis par la famille de Paulette Michaut. — Entretien Roland Leroy, mai 2017. — Notes d’Alain Dalançon.

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